PHOTOS et IMAGINAIRE: 2026 N°2
RÊVERIE
La photo "représente" la réalité du monde captée. Des éléments matériels, mais vivants avec des cycles plus ou moins lents selon l'être de chacun. Je clique sur du réel, mais en même temps je sens mon imaginaire titillé qui se met à vagabonder car nous sommes faits du même tissu, certains disent de la même poussière d'étoile. À partir de là, j'imagine sur des tout petits détails du monde. Réalité + imaginaire se font se rapprocher. Nature & Culture se rencontrent. Tout cela donne du piquant à mes balades dans les sous-bois. La photographie est comme une sorte de seuil, où le réel et l’imaginaire se rencontrent. Capter la matière, feuilles, mousses, insectes : dans un geste, qui ouvre une brèche vers l’invisible. Bref, une façon de ne pas m'ennuyer et de rester en éveil pendant les mêmes balades sur les mêmes chemins forestiers qui ne sont pourtant jamais identiques. Le réel m’offre la texture, la densité, la présence, l’imaginaire m’offre l’inattendu, la poésie. L'imaginaire est à la portée de tous.
Remise depuis peu à la photo ; je piste le petit détail de la nature, les détails parlent mais ils parlent aussi de moi… Le détail devient un miroir, mais un miroir sans intention, sans morale, sans récit. Juste un fragment du monde qui me renvoie à ma propre présence. Comme si la nature me disait : « Je te vois dans la manière dont tu me regardes. » L'imaginaire n'est pas le premier en cette affaire ; mon attention doit juste regarder, pister, être à l'affût et laisser faire le vagabondage de la pensée, quand la "proie" est découverte. C’est l’attention qui ouvre la porte à l'imaginaire.
Haïkus, tankas et haïbun accompagnent les photos.
Le haïbun est une composition littéraire mêlant prose et haïku.
Ce qui reste quand la vague se retire
Sur le sable, les coquilles sont des survivances, elles abritaient des fragilités.
Le dur protégeait la fragilité.
Leur dureté n’est pas une puissance : c’est une trace. Elles ont porté la vie comme un souffle tendre, un corps mou qui cherchait son chemin dans l’eau. Quand la vague les abandonne, il ne reste que l’armure vide, le dur sans le vivant. Le dur sans la fragilité.
Nous, humains, avançons avec la chair en avant. Notre squelette étant au-dedans, caché sous la chair.
Le dur maintient le fragile. Notre squelette est caché, tenu dans l’ombre, comme si la vie avait choisi de protéger le dur pour laisser le fragile affronter le monde. La peau, les muscles, les organes, tout ce qui peut se blesser, sont ce qui nous permet de sentir, d’aimer, de trembler. Le mou est l’audace. Le dur gardera la mémoire.
Entre les coquillages et nous, une même loi silencieuse : ce qui survit n’est pas ce qui vit. La solidité est un reste, la fragilité une manière d’être au monde.
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