PHOTOS et IMAGINAIRE: 2026 N°2
RÊVERIE
La photo "représente" la réalité du monde captée. Des éléments matériels, mais vivants avec des cycles plus ou moins lents selon l'être de chacun. Je clique sur du réel, mais en même temps je sens mon imaginaire titillé qui se met à vagabonder car nous sommes faits du même tissu, certains disent de la même poussière d'étoile. À partir de là, j'imagine sur des tout petits détails du monde. Réalité + imaginaire se font se rapprocher. Nature & Culture se rencontrent. Tout cela donne du piquant à mes balades dans les sous-bois. La photographie est comme une sorte de seuil, où le réel et l’imaginaire se rencontrent. Capter la matière, feuilles, mousses, insectes : dans un geste, qui ouvre une brèche vers l’invisible. Bref, une façon de ne pas m'ennuyer et de rester en éveil pendant les mêmes balades sur les mêmes chemins forestiers qui ne sont pourtant jamais identiques. Le réel m’offre la texture, la densité, la présence, l’imaginaire m’offre l’inattendu, la poésie. L'imaginaire est à la portée de tous.
Remise depuis peu à la photo ; je piste le petit détail de la nature, les détails parlent mais ils parlent aussi de moi… Le détail devient un miroir, mais un miroir sans intention, sans morale, sans récit. Juste un fragment du monde qui me renvoie à ma propre présence. Comme si la nature me disait : « Je te vois dans la manière dont tu me regardes. » L'imaginaire n'est pas le premier en cette affaire ; mon attention doit juste regarder, pister, être à l'affût et laisser faire le vagabondage de la pensée, quand la "proie" est découverte. C’est l’attention qui ouvre la porte à l'imaginaire.
Haïkus, tankas et haïbun accompagnent les photos.
Le haïbun est une composition littéraire mêlant prose et haïku.
Ces algues rejetées sur le sable ressemblent à des exilées d'un monde dont elles portent encore la mémoire salée.
Poussées par les vagues, les algues ont quitté les profondeurs où elles sont nées. Là-bas, elles dansaient au rythme des courants, parlaient le langage de l'eau et du sel . Ici, sur la plage, elles ne sont plus qu'un amas brun que le sable recouvre peu à peu.
Personne n'écoute les algues échouées. Leur expérience de l'océan ne sert plus à grand-chose sur cette terre sèche où d'autres lois règnent. Elles se dessèchent dans un monde dont elles ne possèdent ni les mots ni les codes.
Je regarde ces laissées-pour-compte de la mer et je pense à nous.
Nous, les humains.
Les esprits des anciens se sont formés sur les ruines encore fumantes de guerres que nous n'avons pas connues mais dont nos parents portaient la mémoire.
"Plus jamais ça."
Nous avons appris la prudence devant les passions collectives, la méfiance envers les absolus, la valeur du compromis. Aujourd'hui souffle un autre vent. Les certitudes reviennent vêtues de couleurs nouvelles, celles des mensonges et des faux-semblants. Les radicalités, les extrêmistes occupent l'espace.
Parfois, nous cherchons notre respiration, nous les vieilles algues.
Mais l'air devient irrespirable.
Algues sur le sable
dans leurs replis reste encore
Les algues semblent vaincues, mais elles enrichissent aussi la plage. Peut-être que les anciens, même lorsqu'ils ne comprennent plus entièrement l'époque, déposent malgré tout quelque chose d'essentiel dans le sable du temps.
L'automne a commencé son travail.
Sur l'arbre, une feuille se recroqueville.
Le brun de l'automne a gagné presque toute sa surface.
Le soleil l'éclaire encore.
Tout annonce sa fin, tout semble dire : « Il est temps de lâcher prise. »
Pourtant, au milieu de cette usure, quelques veines vertes demeurent.
Je reste là à l'observer.
La feuille ne vaincra pas l'hiver. Elle le sait. Mais elle retarde l'effacement. Elle garde jusqu'au bout ce qui la fait être elle-même.
Alors ma pensée s'envole vers moi, vers les humains…
Nous vieillissons dans une époque agitée où les moqueries remplacent parfois les arguments, où le vacarme couvre souvent la nuance, où l'autre n'est plus adversaire mais ennemi à abattre.
Beaucoup renoncent, se réfugiant dans le "quant à soi".
Beaucoup se laissent emporter par le courant dominant, comme une feuille déjà détachée de sa branche.
Ils épousent le vent.
Mais d'autres continuent à résister.
Ils veulent rester accrochés à l'arbre des vivants qui les a fait naître.
Ils préservent une parole honnête, un sens de la justice, une bienveillance sans naïveté. Ils protègent leurs valeurs comme cette feuille protège ses dernières lignes de sève.
Ils savent qu'ils ne sauveront pas le monde à eux seuls. Pourtant ils refusent de trahir ce qu'ils estiment juste dans leur âme et conscience.
Résister au temps, ce n'est peut-être pas ne pas mourir.
C'est conserver, jusqu'au dernier souffle, quelques nervures vertes dans le cœur.
*Les promesses du chêne
Sous un vieux chêne, la terre est constellée de glands. Ils sont des centaines à joncher le sol parmi les feuilles sèches. Les traces de l'automne s'avancent. Chaque gland semble porter une promesse silencieuse. Pourtant, je sais que presque aucun ne deviendra un chêne.
Certains sont déjà vides. La coque demeure intacte, mais l'intérieur a été dévoré. Ils ressemblent à certaines paroles humaines : elles conservent leur forme, leur éclat, leur assurance. De loin, elles promettent l'avenir. De près, elles ne contiennent plus rien.
D'autres sont sains. Toute la forêt sommeille en eux. Pourtant, ils tomberont sur une terre trop sèche, sous la dent d'un sanglier ou trop de compétition entre végétaux. Leur échec ne sera ni faute ni faiblesse. Seulement la rencontre malheureuse entre une promesse et le monde.
Je pense alors aux graines politiques que les hommes sèment dans les esprits. Certaines sont creuses mais séduisantes. Certaines portent une véritable force de vie mais naissent dans des sols devenus hostiles. D'autres encore rêvent d'être autre chose qu'elles-mêmes. Elles refusent leur nature, poursuivent une image inaccessible, croyant qu'il suffit de vouloir pour devenir.
La forêt, elle, ne ment pas. Elle attend. Elle est réalité !
Parmi tous ces glands dispersés, un seul trouvera peut-être l'humidité nécessaire, la clairière favorable, l'année clémente. Un seul enracinera son espérance, sa promesse.
Sous le vieux chêne
les glands ignorent lesquels
porteront le ciel.
Je regarde ces glands percés, abîmés ou déjà condamnés, aucun ne semble savoir son destin. Ils reposent tous avec la même dignité sur la terre. La nature, contrairement aux hommes, ne distribue pas d'étiquettes de vainqueurs ou de perdants. Elle laisse simplement une chance à chaque espérance.
Être humain, ce n'est ni vouloir posséder l'infini ni renoncer à lui. C'est marcher vers lui.
Ne pas cesser de rêver l'infini mais accepter d'habiter le fini et de supporter l'incomplétude, là où nous sommes.
Ne pas nier la réalité vécue
Habiter l'espace entre les deux.
Entre la terre et le ciel
*SOLITUDE D'UNE FEUILLE D'AUTOMNE
Cette feuille n'a pas choisi l'automne pour tomber.
Durant des mois, elle a bu la lumière sans savoir qu'elle préparait déjà sa chute.
Sur la branche, elle partageait vent et pluie avec ses sœurs. Puis un matin, presque sans bruit, la sève s'est retirée d'elle.
Maintenant, elle gît sur le chemin. Nul cortège. Nulle cérémonie. Seulement le soleil d'octobre qui souligne ses nervures et ses blessures
Je la regarde. Nous parlons souvent de la mort de nos êtres aimés, rarement de celle que chacun accomplit seul.
Par pudeur certainement… Par peur?
Chaque vivant meurt à lui-même. Personne ne peut franchir ce seuil à sa place. Même entourés de tendresse, nous devons lâcher la branche de vie avec nos propres mains.
Pourtant cette solitude n'est pas un abandon. La feuille ne disparaît pas. Déjà la terre l'attend. Ce qui semble une fin n'est qu'un changement de conversation entre le ciel et la terre.
LA FORÊT ESPIÈGLE SE MOQUE
Dans l'écorce rugueuse, cette excroissance orangée ressemble vraiment à une langue tirée par un vieil arbre farceur.
Depuis quelques jours, les idées s'accumulent, s'enroulent les unes autour des autres, fabriquant leurs labyrinthes . Je marche, mais je pense encore. Je regarde, mais peut-être sans voir tout à fait.
Et voilà que l'arbre me répond.
Pas avec des mots. Avec une langue.
Une langue orange, sortie d'une fente de l'écorce comme celle d'un enfant surpris en pleine bêtise. Est-ce une réprimande ? Une manière de dire : « Tu réfléchis trop » ? Ou au contraire une taquinerie bienveillante : « Allez, vieux cerveau, cesse un instant de tourner en rond dans sa tête. Regarde-moi donc. »
Peut-être que l'arbre ne se moque pas de moi.
Peut-être qu'il joue avec humour avec mon cerveau.
Après tout, les forêts peuvent bien s'offrir parfois le luxe de tirer la langue aux apprentis philosophes de passage.
Une minuscule feuille projette son ombre face au soleil
Je regarde cette tache sombre qui reproduit les dentelles du vivant. Elle semble agrandie, presque plus affirmée que la plante dont elle dépend. Pourtant elle n'est qu'une absence de lumière dessinée par une présence de matière.
Peut-être en est-il ainsi chez les humains.
Le passage de la feuille végétale à la psyché humaine,se fait vite dans mon esprit.
L'ombre des choses glisse doucement vers les profondeurs de l'inconscient.
Chaudron des pulsions et des refoulements chez Freud, où bouillonnent les désirs cachés, les refoulements, un feu couvert dont les fumées remontent parfois dans nos paroles et nos gestes.
Cet inconscient s'élargit encore chez Jung pour devenir cette part d'ombre éternelle, cet alter ego invisible et incontournable que tout être porte en lui;
Là aussi il y a parfois "remontée" quand nous sommes envahis par plus grand que soi, quand notre conscience rejoint et fusionne avec celle du monde naturel.
Comme la feuille et son ombre sur la pierre, nous marchons avec une compagne silencieuse. Nous croyons souvent regarder le monde ; c'est parfois notre ombre qui regarde à travers nous.
Car vouloir supprimer toute ombre reviendrait à supprimer la chose elle-même. Là où il y a vie, il y a obstacle à la lumière. Là où il y a conscience, il y a encore de l'inconnu, de l'inconscience, de l'OMBRE.
Et l'ombre, au lieu d'être une ennemie, devient la signature discrète de notre profondeur.
*Échoués en Terre hostile
Ma première vision est celle d'un morceau de ciel qui s'expose dans une fragilité désarmante sur le sable.
C'est une méduse bleue échouée dans un autre monde que le sien.
C'est une vie, prise au piège dans le ressac impitoyable. Les bulles d'écume blanche l'encerclent, comme pour témoigner de sa défaite. Son corps gélatineux, si transparent et adapté aux abysses, est devenu lourd et inerte.
Méduse sur une terre qui n'est pas la sienne.
La vie se retire lentement d'elle. Bientôt, le soleil et l'air transformeront cette merveille de l'océan en une simple flaque d'eau, et elle s'évaporera, ne laissant derrière elle qu'une trace invisible sur le grain du sable. Un être conçu pour un milieu qui l'a rejeté dans un autre invivable pour son organisme.
Cette image résonne en moi d'une manière effrayante. Je regarde cette méduse et j'y vois le reflet de ma propre humanité face à une marée inhumaine que je ne contrôle pas.
Je suis propulsée, sans carte ni boussole, dans un monde géopolitique en folie. La carte des nations se redessine sous mes yeux par des courants de force brutale que je pensais dépassés. La complexité et la violence des conflits, la vitesse des changements, la remontée de murs qu'on disait tombés… tout cela crée une impression d'échouage collectif de nos humanités.
Je ne me reconnais plus dans le monde qui se dessine.
J'ai été éduquée dans l'illusion d'une stabilité relative, et me voici sur un rivage qui m'est étrange et étranger., Je ne m'y suis pas préparée. Tout comme la méduse, face à des forces qui me dépassent, les humanistes risquent, eux aussi, de voir leur essence se dissoudre dans cette folie.
Ma première vision est celle d'un morceau de ciel qui s'expose dans une fragilité désarmante sur le sable.
C'est une méduse bleue échouée dans un autre monde que le sien.
C'est une vie, prise au piège dans le ressac impitoyable. Les bulles d'écume blanche l'encerclent, comme pour témoigner de sa défaite. Son corps gélatineux, si transparent et adapté aux abysses, est devenu lourd et inerte.
Méduse sur une terre qui n'est pas la sienne.
La vie se retire lentement d'elle. Bientôt, le soleil et l'air transformeront cette merveille de l'océan en une simple flaque d'eau, et elle s'évaporera, ne laissant derrière elle qu'une trace invisible sur le grain du sable. Un être conçu pour un milieu qui l'a rejeté dans un autre invivable pour son organisme.
Cette image résonne en moi d'une manière effrayante. Je regarde cette méduse et j'y vois le reflet de ma propre humanité face à une marée inhumaine que je ne contrôle pas.
Je suis propulsée, sans carte ni boussole, dans un monde géopolitique en folie. La carte des nations se redessine sous mes yeux par des courants de force brutale que je pensais dépassés. La complexité et la violence des conflits, la vitesse des changements, la remontée de murs qu'on disait tombés… tout cela crée une impression d'échouage collectif de nos humanités.
Je ne me reconnais plus dans le monde qui se dessine.
J'ai été éduquée dans l'illusion d'une stabilité relative, et me voici sur un rivage qui m'est étrange et étranger., Je ne m'y suis pas préparée. Tout comme la méduse, face à des forces qui me dépassent, les humanistes risquent, eux aussi, de voir leur essence se dissoudre dans cette folie.
Écume et sable,
L'azur s'y dissout sans bruit,
Monde insensé.
PS du 12/10/2026Je dois dire que ce qui se passe dans le monde actuel me dépasse et me fiche le moral dans mes chaussettes. Une colère sourde aussi vis-à-vis de certains humains.
De plus, je vois cette nature de plus en plus violente elle aussi… Nous l'avons tant maltraitée, elle reprend des droits que nous lui avons confisqués.
Dans le temps, dans l'Histoire des hommes, mes ancêtres paysans bretons ou artisans burgondes, au moins vivaient dans leurs villages ou villes avec la préoccupation de leur famille, de leur entourage, du pays (quand des nouvelles leur en parvenaient).
Actuellement notre planète entière frappe à nos portes et même les force…
De quoi flipper…
Et quand je file me ressourcer dans la nature (forêt ou mer), eh bien un de ces "détails" photographiques dont je suis friande conduit mon imaginaire vers ce que j'apprends et sais du monde humain. La nature elle-même se met à me renvoyer le miroir de nos folies.
*" L'ENTRE-DEUX"
Je regarde cette femme mature, seule, face à une mer calme, le dos aux bruits de la ville.Elle est assise "entre-deux".Assise sur une poutre usée entre le sable et l'eau. L'ancienne n'est pas simplement assise : elle s'est posée exactement sur une frontière. Le bruit, c'est
ce qu'il y a derrière. Une
rumeur sourde qui monte de la ville,
un
fracas d'egos se dégageant du monde des hommes. Rythme fou d'un monde qui ne sait plus s'arrêter.
Ses
pas l'ont menée ici, à
la limite de la terre et de l'eau.
Elle
n'est plus tout à fait d'ici,
pas
encore d'ailleurs. Un
instant de repos, une
pause sur ce vieux bois usé, semblant indiquer lui aussi un "entre-deux".
Devant,
c'est
l'autre rive, un
banc de sable ocre où se reposent les mouettes.
Plus
loin, le
bleu absolu, la ligne mystérieuse de l'horizon, le
chant de la marée qui efface tout, éternel
retour du flux et du reflux, immobilité apparente.
Elle
regarde, sans
rien dire.
Pour moi qui la regarde, elle est la porte, le seuil fragile entre le vacarme et la paix.
Une ancienne passeuse des temps…
Une
ancienne passeuse des temps…
Dos
au bruit du monde
Dans l'entre-deux des mondes
La dame écoute.
LA RÉALITÉ et L'IMAGINAIRE
Deux chaises, un canot, la mer calme. Rien, personne à l'horizon.Et pourtant l'absence travaille davantage mon esprit que la présence.Je pourrais simplement constater : deux sièges vides, une embarcation tirée sur la plage, l'horizon sans événement.
Mais le cerveau n'aime guère les pensées inachevées, les phrases avec des trous…
Alors naissent mille et une histoires pour remplir l'absence des chaises et du canot.
Très vite un récit remplace déjà les précédents. Les absents sont devenus pêcheurs, rêveurs, contrebandiers, ornithologues ou enfants partis conquérir une île imaginaire.
La réalité, elle, demeure silencieuse. Je ne saurai rien d'eux. Rien du vrai récit…
Peu importe !
Mais peut-être que le véritable sujet de la photographie n'est pas leur absence. Peut-être est-ce ce mécanisme discret qui transforme trois indices ordinaires en mille récits possibles. Le monde dépose quelques objets devant nous ; notre esprit se charge du reste.
Deux chaises vides. Et soudain une bibliothèque entière.
Mer immobileentre les sièges désertsreviennent les contes
*Deauville...
et/ou derrière les principes
Je croyais connaître Deauville sans vraiment la connaître.
Il suffisait de prononcer son nom pour que surgissent aussitôt les images rangées dans mes tiroirs mentaux : ville de riches, vitrines de luxe, célébrités de passage, cinéma américain, foule sur les planches. J'avais bâti ce décor à distance, pierre après pierre, jusqu'à en faire une vérité. Une vérité confortable, car elle m'évitait de vraiment regarder et d'avoir des certitudes.
Cela rassure, les certitudes.
Le hasard a voulu que j'habite à sa frontière. La vie nous surprend parfois. Alors, certains jours, je m'y aventure malgré mes convictions.
Et là, lorsque le principe se tait, les choses apparaissent autrement.
Je découvre une ville élégante sans arrogance, où subsistent les traces d'une Belle Époque encore visibles. Une architecture anglo-normande préservée et respectée, je croise des librairies, des galeries, des affiches d'exposition. Une ville d'art et de culture plus qu'un simple décor de carte postale. (je recommande les Franciscaines).
Sur les planches, je marche en souriant. Les noms célèbres gravés sur les barrières semblent moins importants que les petites scènes ordinaires qui s'y déroulent. Je regarde tristement amusée ces nombreux "petits toutous à sa maman". Solitude ? Compagnie ? Tendresse déplacée ? Je n'en sais rien. Le réel ne livre jamais complètement ses raisons.
Les préjugés rassurent ; ils dessinent le monde avant même qu'on le regarde. Mais parfois une simple marche sous un ciel normand suffit à leur faire perdre leurs voix.
Ville mal aiméeles colombages défontmes vieilles lunettes.
*LE COUPLE et le PARAPLUIE
Sur la plage, je vois deux silhouettes sous un parapluie, face à la mer. Je ne les vois pas se regarder. Ce couple regarde autre chose, ensemble.
La mer, l'infini, la beauté du paysage ?
La pluie tombe sans hâte sur la plage déserte.
Je me rappelle, alors, cette phrase : qu'aimer ce n'est pas se regarder l'un l'autre, mais regarder ensemble dans la même direction. C'est beau.
Les couples y arrivent-ils tous ?
Monsieur Temps est un patient sculpteur d'harmonie et de désharmonie. Il travaille les regards de l'un sur l'autre et de l'autre sur l'un. Les rêves changent de forme, les blessures déplacent l'horizon.
Les jours ordinaires usent davantage que les tempêtes.
Au début, il suffit de marcher côte à côte vers l'immensité de l'avenir que nul ne connaît.
Plus tard, le miracle est peut-être ailleurs : continuer à reconnaître, dans le regard de l'autre, un paysage qui n'est plus tout à fait le nôtre. Accepter que les directions divergent parfois.
Quel couple parvient vraiment à être sous le même parapluie en restant lui-même ?
Et pourtant quelques-uns s'en approchent. Non parce qu'ils regardent toujours la même ligne d'horizon, mais parce qu'ils reviennent, année après année, partager le silence devant elle.
Peut-être que la fidélité n'est pas de regarder toujours dans la même direction, mais de continuer à chercher ensemble où regarder lorsque le paysage a changé.
Sous l'unique ombrela même pluie pour deux corpset mille horizons
PS du 8octobre 2026:
En fait, à mon avis et à mes expériences de couple
:
1+1=1 c'est la soumission de l'un à l'autre. "Un" disparaît dans "l'autre".
1+1=2 c'est la bagarre. Chacun défendant son territoire.
1+1=3 c'est se respecter chacun dans un troisième terme : LE COUPLE
* LA MER AVANCE
Marée descendante.
Je marche sans but précis, accompagnée seulement par le ressac et le cri de quelques oiseaux.
Puis quelque chose arrête le rythme tranquille de ma promenade et de ma rêverie.
Au pied de la côte repose un fragment de falaise. La roche, arrachée à la terre, a entraîné avec elle des pans d'ouvrages humains. Ce qui avait été dressé pour tenir, protéger ou délimiter gît maintenant sur le sable, mêlé aux pierres et aux varechs.
Je reste immobile un moment. Nous parlons souvent des droits des hommes sur la nature : construire, fixer, retenir, gagner du terrain. Pourtant la mer continue d'écrire sa propre loi sur les côtes. Lentement, sans colère. Grain après grain, hiver après hiver.
Ce morceau de côte tombé n'est pas seulement un éboulement. C'est un rappel.
Chute de la falaise mais aussi chute de la prétention humaine.La nature possède elle aussi son espace, son temps, sa dynamique profonde. Ce que nous appelons érosion est peut-être simplement la mémoire du monde qui refuse d'être entièrement domestiqué.
Au bord des vagues,
les murs retournent aux pierres
travail des marées.
Écume et sable,
L'azur s'y dissout sans bruit,
Monde insensé.
Je dois dire que ce qui se passe dans le monde actuel me dépasse et me fiche le moral dans mes chaussettes. Une colère sourde aussi vis-à-vis de certains humains.
De plus, je vois cette nature de plus en plus violente elle aussi… Nous l'avons tant maltraitée, elle reprend des droits que nous lui avons confisqués.
Dans le temps, dans l'Histoire des hommes, mes ancêtres paysans bretons ou artisans burgondes, au moins vivaient dans leurs villages ou villes avec la préoccupation de leur famille, de leur entourage, du pays (quand des nouvelles leur en parvenaient).
Actuellement notre planète entière frappe à nos portes et même les force…
De quoi flipper…
Et quand je file me ressourcer dans la nature (forêt ou mer), eh bien un de ces "détails" photographiques dont je suis friande conduit mon imaginaire vers ce que j'apprends et sais du monde humain. La nature elle-même se met à me renvoyer le miroir de nos folies.
Le bruit, c'est ce qu'il y a derrière. Une rumeur sourde qui monte de la ville, un fracas d'egos se dégageant du monde des hommes. Rythme fou d'un monde qui ne sait plus s'arrêter.
Ses pas l'ont menée ici, à la limite de la terre et de l'eau. Elle n'est plus tout à fait d'ici, pas encore d'ailleurs. Un instant de repos, une pause sur ce vieux bois usé, semblant indiquer lui aussi un "entre-deux".
Devant, c'est l'autre rive, un banc de sable ocre où se reposent les mouettes. Plus loin, le bleu absolu, la ligne mystérieuse de l'horizon, le chant de la marée qui efface tout, éternel retour du flux et du reflux, immobilité apparente.
Elle regarde, sans rien dire.
Pour moi qui la regarde, elle est la porte, le seuil fragile entre le vacarme et la paix.
Une ancienne passeuse des temps…
Une ancienne passeuse des temps…
Dos au bruit du monde
Dans l'entre-deux des mondes
La dame écoute.
Je pourrais simplement constater : deux sièges vides, une embarcation tirée sur la plage, l'horizon sans événement.
Mais le cerveau n'aime guère les pensées inachevées, les phrases avec des trous…
Alors naissent mille et une histoires pour remplir l'absence des chaises et du canot.
Très vite un récit remplace déjà les précédents. Les absents sont devenus pêcheurs, rêveurs, contrebandiers, ornithologues ou enfants partis conquérir une île imaginaire.
La réalité, elle, demeure silencieuse. Je ne saurai rien d'eux. Rien du vrai récit…
Peu importe !
Mais peut-être que le véritable sujet de la photographie n'est pas leur absence. Peut-être est-ce ce mécanisme discret qui transforme trois indices ordinaires en mille récits possibles. Le monde dépose quelques objets devant nous ; notre esprit se charge du reste.
Deux chaises vides. Et soudain une bibliothèque entière.
*Deauville...
et/ou derrière les principes
Je croyais connaître Deauville sans vraiment la connaître.
Il suffisait de prononcer son nom pour que surgissent aussitôt les images rangées dans mes tiroirs mentaux : ville de riches, vitrines de luxe, célébrités de passage, cinéma américain, foule sur les planches. J'avais bâti ce décor à distance, pierre après pierre, jusqu'à en faire une vérité. Une vérité confortable, car elle m'évitait de vraiment regarder et d'avoir des certitudes.
Cela rassure, les certitudes.
Le hasard a voulu que j'habite à sa frontière. La vie nous surprend parfois. Alors, certains jours, je m'y aventure malgré mes convictions.
Et là, lorsque le principe se tait, les choses apparaissent autrement.
Je découvre une ville élégante sans arrogance, où subsistent les traces d'une Belle Époque encore visibles. Une architecture anglo-normande préservée et respectée, je croise des librairies, des galeries, des affiches d'exposition. Une ville d'art et de culture plus qu'un simple décor de carte postale. (je recommande les Franciscaines).
Sur les planches, je marche en souriant. Les noms célèbres gravés sur les barrières semblent moins importants que les petites scènes ordinaires qui s'y déroulent. Je regarde tristement amusée ces nombreux "petits toutous à sa maman". Solitude ? Compagnie ? Tendresse déplacée ? Je n'en sais rien. Le réel ne livre jamais complètement ses raisons.
Les préjugés rassurent ; ils dessinent le monde avant même qu'on le regarde. Mais parfois une simple marche sous un ciel normand suffit à leur faire perdre leurs voix.
Sur la plage, je vois deux silhouettes sous un parapluie, face à la mer. Je ne les vois pas se regarder. Ce couple regarde autre chose, ensemble.
La mer, l'infini, la beauté du paysage ?
La pluie tombe sans hâte sur la plage déserte.
Je me rappelle, alors, cette phrase : qu'aimer ce n'est pas se regarder l'un l'autre, mais regarder ensemble dans la même direction. C'est beau.
Les couples y arrivent-ils tous ?
Monsieur Temps est un patient sculpteur d'harmonie et de désharmonie. Il travaille les regards de l'un sur l'autre et de l'autre sur l'un. Les rêves changent de forme, les blessures déplacent l'horizon.
Les jours ordinaires usent davantage que les tempêtes.
Au début, il suffit de marcher côte à côte vers l'immensité de l'avenir que nul ne connaît.
Plus tard, le miracle est peut-être ailleurs : continuer à reconnaître, dans le regard de l'autre, un paysage qui n'est plus tout à fait le nôtre. Accepter que les directions divergent parfois.
Quel couple parvient vraiment à être sous le même parapluie en restant lui-même ?
Et pourtant quelques-uns s'en approchent. Non parce qu'ils regardent toujours la même ligne d'horizon, mais parce qu'ils reviennent, année après année, partager le silence devant elle.
Peut-être que la fidélité n'est pas de regarder toujours dans la même direction, mais de continuer à chercher ensemble où regarder lorsque le paysage a changé.
PS du 8octobre 2026:
En fait, à mon avis et à mes expériences de couple
:
1+1=1 c'est la soumission de l'un à l'autre. "Un" disparaît dans "l'autre".
1+1=2 c'est la bagarre. Chacun défendant son territoire.
1+1=3 c'est se respecter chacun dans un troisième terme : LE COUPLE
Marée descendante.
Je marche sans but précis, accompagnée seulement par le ressac et le cri de quelques oiseaux.
Puis quelque chose arrête le rythme tranquille de ma promenade et de ma rêverie.
Au pied de la côte repose un fragment de falaise. La roche, arrachée à la terre, a entraîné avec elle des pans d'ouvrages humains. Ce qui avait été dressé pour tenir, protéger ou délimiter gît maintenant sur le sable, mêlé aux pierres et aux varechs.
Je reste immobile un moment. Nous parlons souvent des droits des hommes sur la nature : construire, fixer, retenir, gagner du terrain. Pourtant la mer continue d'écrire sa propre loi sur les côtes. Lentement, sans colère. Grain après grain, hiver après hiver.
Ce morceau de côte tombé n'est pas seulement un éboulement. C'est un rappel.
La nature possède elle aussi son espace, son temps, sa dynamique profonde. Ce que nous appelons érosion est peut-être simplement la mémoire du monde qui refuse d'être entièrement domestiqué.
Au bord des vagues,
les murs retournent aux pierres
travail des marées.
*Blessure du vivant
Dans le sous-bois, rien ne crie. La douleur du vivant n’a pas de voix, seulement des signes.
Ce champignon posé contre l’écorce, gonflé comme une chair qui aurait trop retenu, laisse couler comme un sang épais.
Sur lui, je projette que la forêt a trouvé un moyen pour dire ce qu’elle ne peut plus cacher.
La blessure n’est pas spectaculaire : elle est lente, patiente, presque invisible. Elle ne cherche pas à me convaincre. Elle me montre juste le résultat de l'avidité et de l'inconscience humaine.
Le vivant saigne sans haine. Il saigne parce qu’il est vivant, parce qu’il a été touché, parce qu’il continue malgré tout à se tenir dans le monde.
Mais il déborde, il brûle, il emporte avec lui tout le vivant si nous ne nous arrêtons pas.
Plaie forestière
Le monde saigne en secret.
Arrête-toi, humain.
La forêt se montre dans le secret des choses minuscules.Il faut parfois se pencher bien bas pour voir monter la vie.Sous les feuilles sèches, le cyclamen ne se presse pas.
Sa tige s’élève en spirale, lente, presque hésitante, comme si chaque millimètre devait être négocié avec la terre et le ciel.
Un fil vivant qui cherche la lumière sans rompre le lien avec l’ombre.
La future fleur repose là, offerte, vulnérable.
Elle ne sait pas qu’elle est protégée.
La tige ne sait pas qu’elle protège.
Le cyclamen est une plante de sous-bois, une plante qui connaît la patience.
Je vois la tige qui s’enroule délicatement autour de la fleur, sans jamais la toucher, comme si le monde végétal avait inventé sa propre manière de dire la tendresse.
Oui, je ressens beaucoup de tendresse et de délicatesse dans la naissance d'une fleur.
Dans le sous-bois, rien ne crie. La douleur du vivant n’a pas de voix, seulement des signes.
Ce champignon posé contre l’écorce, gonflé comme une chair qui aurait trop retenu, laisse couler comme un sang épais.
Sur lui, je projette que la forêt a trouvé un moyen pour dire ce qu’elle ne peut plus cacher. La blessure n’est pas spectaculaire : elle est lente, patiente, presque invisible. Elle ne cherche pas à me convaincre. Elle me montre juste le résultat de l'avidité et de l'inconscience humaine.
Le vivant saigne sans haine. Il saigne parce qu’il est vivant, parce qu’il a été touché, parce qu’il continue malgré tout à se tenir dans le monde.
Mais il déborde, il brûle, il emporte avec lui tout le vivant si nous ne nous arrêtons pas.
Plaie forestière
Le monde saigne en secret.
Arrête-toi, humain.
Sous les feuilles sèches, le cyclamen ne se presse pas. Sa tige s’élève en spirale, lente, presque hésitante, comme si chaque millimètre devait être négocié avec la terre et le ciel. Un fil vivant qui cherche la lumière sans rompre le lien avec l’ombre.
La future fleur repose là, offerte, vulnérable. Elle ne sait pas qu’elle est protégée. La tige ne sait pas qu’elle protège.
Le cyclamen est une plante de sous-bois, une plante qui connaît la patience.
Je vois la tige qui s’enroule délicatement autour de la fleur, sans jamais la toucher, comme si le monde végétal avait inventé sa propre manière de dire la tendresse.
Oui, je ressens beaucoup de tendresse et de délicatesse dans la naissance d'une fleur.
*La spirale du presque rien
S’approcher de plus en plus près de la banalité, c’est comme avancer vers une simple coquille d’escargot posée dans l’herbe.
À distance, ce n’est qu’un objet commun, sans importance.
Mais approchons-nous.
Penchons-nous…
Et alors les stries deviennent des vallées, la courbe un chemin, la matière un récit qui s'écrit peu à peu.
En zoomant, le monde semble se resserrer dans une spirale, et pourtant il s’ouvre dans des détails invisibles vus de loin.
Je découvre sans cesse plus de beauté, non pas parce qu’elle s’ajoute, mais parce qu’elle se révèle, comme si le réel avait besoin qu’on ralentisse et qu'on s'approche pour devenir visible.
Jusqu’où peut-on s’approcher du mystère de la création ?
Il y a un seuil où la banalité cesse d’être banale : elle devient une énigme.
Une spirale qui ne finit pas, un motif qui se répète sans se répéter,..
"Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?"
Le rien n’a pas de texture, pas de souffle, pas de trace.
Le quelque chose, lui, se déploie, se plie, se replie, persiste.
Et ce quelque chose ne semble pas finir, comme si le monde, même dans ses plus petites formes, portait une spirale de vie.
Le monde semble se déployer dans la spirale.
Spirale du monde
le vivant se souvient
en avançant.
S’approcher de plus en plus près de la banalité, c’est comme avancer vers une simple coquille d’escargot posée dans l’herbe. À distance, ce n’est qu’un objet commun, sans importance. Mais approchons-nous. Penchons-nous… Et alors les stries deviennent des vallées, la courbe un chemin, la matière un récit qui s'écrit peu à peu. En zoomant, le monde semble se resserrer dans une spirale, et pourtant il s’ouvre dans des détails invisibles vus de loin. Je découvre sans cesse plus de beauté, non pas parce qu’elle s’ajoute, mais parce qu’elle se révèle, comme si le réel avait besoin qu’on ralentisse et qu'on s'approche pour devenir visible. Jusqu’où peut-on s’approcher du mystère de la création ? Il y a un seuil où la banalité cesse d’être banale : elle devient une énigme. Une spirale qui ne finit pas, un motif qui se répète sans se répéter,.. "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?" Le rien n’a pas de texture, pas de souffle, pas de trace. Le quelque chose, lui, se déploie, se plie, se replie, persiste. Et ce quelque chose ne semble pas finir, comme si le monde, même dans ses plus petites formes, portait une spirale de vie. Le monde semble se déployer dans la spirale. Spirale du monde le vivant se souvient en avançant.
Ceux qui prennent, ceux qui tombent
Dans la lumière du matin, le gui forme une boule verte dans les branches.
Il semble prospère, presque joyeux, comme une excroissance de vie supplémentaire.
Mais il ne donne rien.
Il siphonne la sève, il détourne le flux, il vit en prenant la vie d'un autre.
La forêt ne juge pas.
Elle laisse faire, comme elle laisse mourir.
Elle sait que même le parasite est une forme de passage :
un détour de la vie; une expérience.
Les humains, parfois, ressemblent au gui.
Ils prélèvent, ils tirent, ils consomment la sève de la Terre.
Comme si la source était infinie.
Ils oublient que la vie n’est pas un droit, mais une relation.
Et que si l’hôte s’effondre, le parasite tombe avec lui.
Les cellules cancéreuses, elles aussi, croient gagner.
Elles prolifèrent, elles envahissent, elles dévorent.
Mais leur victoire est une défaite :
elles tuent ce qui les porte,
et meurent dans la chute du corps qu’elles ont ravagé.
Ainsi va le vivant :
Ce qui prend sans rendre se condamne.
Ce qui s’isole se perd.
Ce qui détruit son hôte se détruit lui-même.
Gui sur l’arbre mort
la vie qui prenait s’éteint
avec son refuge.
Dans la lumière du matin, le gui forme une boule verte dans les branches. Il semble prospère, presque joyeux, comme une excroissance de vie supplémentaire. Mais il ne donne rien. Il siphonne la sève, il détourne le flux, il vit en prenant la vie d'un autre.
La forêt ne juge pas. Elle laisse faire, comme elle laisse mourir. Elle sait que même le parasite est une forme de passage : un détour de la vie; une expérience.
Les humains, parfois, ressemblent au gui. Ils prélèvent, ils tirent, ils consomment la sève de la Terre. Comme si la source était infinie. Ils oublient que la vie n’est pas un droit, mais une relation. Et que si l’hôte s’effondre, le parasite tombe avec lui.
Les cellules cancéreuses, elles aussi, croient gagner. Elles prolifèrent, elles envahissent, elles dévorent. Mais leur victoire est une défaite : elles tuent ce qui les porte, et meurent dans la chute du corps qu’elles ont ravagé.
Ainsi va le vivant : Ce qui prend sans rendre se condamne. Ce qui s’isole se perd. Ce qui détruit son hôte se détruit lui-même.
Gui sur l’arbre mort la vie qui prenait s’éteint avec son refuge.
Un cœur jeune dans un corps qui vieillit
Ce matin, la forêt semble me parler à voix basse de l'automne qui vient.
Une feuille, moitié vivante, moitié passée, me rappelle que le temps n’est pas un ennemi mais une teinte de la vie.
Le cœur, lui, ne suit pas la chronologie : il garde sa pulsation d’oiseau, son élan de source.
Le corps, plus lent, plus lourd, devient un paysage où le cœur veut continuer de courir.
Le cœur court mais le corps qui le contient le freine, l'enserre, l'étouffe.
Vieillir, ce serait donc apprendre à écouter ce décalage, cette étrange musique où la jeunesse intérieure frappe encore contre les parois d'un corps qui ne peut plus la suivre.
On avance avec ses zones brunes, ses bords usés, mais au centre quelque chose reste vert, presque insolent.
Ce vert-là ne demande rien : il persiste.
Il est la preuve que la vie ne se retire jamais d’un seul coup, qu’elle demeure en îlot, en braise, en noyau.
Vieillir, c’est porter ce noyau comme un secret.
Cœur encore vert
dans la feuille du matin
le souffle la traverse
Ce matin, la forêt semble me parler à voix basse de l'automne qui vient.
Une feuille, moitié vivante, moitié passée, me rappelle que le temps n’est pas un ennemi mais une teinte de la vie.
Le cœur, lui, ne suit pas la chronologie : il garde sa pulsation d’oiseau, son élan de source. Le corps, plus lent, plus lourd, devient un paysage où le cœur veut continuer de courir.
Le cœur court mais le corps qui le contient le freine, l'enserre, l'étouffe.
Vieillir, ce serait donc apprendre à écouter ce décalage, cette étrange musique où la jeunesse intérieure frappe encore contre les parois d'un corps qui ne peut plus la suivre.
On avance avec ses zones brunes, ses bords usés, mais au centre quelque chose reste vert, presque insolent. Ce vert-là ne demande rien : il persiste. Il est la preuve que la vie ne se retire jamais d’un seul coup, qu’elle demeure en îlot, en braise, en noyau. Vieillir, c’est porter ce noyau comme un secret.
Cœur encore vert dans la feuille du matin le souffle la traverse
*Le trou bleu
Après le trou noir du monde, voici le trou bleu du ciel.
Une déchirure dans la masse des nuages, un passage vers un trou bleu lumineux.
Un trou bleu dans les nuages gris que personne n’a demandé.
Mais il est là, comme une toile de fond bleu; derrière les nuages.
Un nuage n’a pas besoin de permission pour traverser le ciel : il suit le flux du vent, il obéit à la grande respiration du monde.
Le temps de la météo change sans cesse.
Rien ne s’y attache, rien ne s’y fige.
Les formes se font et se défont, les ombres glissent, les lumières se déplacent. Tout passe, tout se transforme, tout s’efface sans drame.
Le bouddhisme nous dit : "Laissez filer vos pensées comme des nuages dans le ciel."
Mais nous, les humains, nous ne savons pas faire cela.
Nous nous attachons à nos pensées comme à des cordes.
Nous croyons qu’elles sont nous, qu’elles disent quelque chose de notre identité, de notre valeur, de notre histoire. Alors le ciel bleu de la conscience se rétrécit, se rapetisse et devient un trou bleu dans une prison, et parfois il disparaît.
On s’identifie, alors; au temps émotionnel.
On confond un nuage avec le ciel lui-même.
Et certaines pensées deviennent des prisons : des murs que nous avons construits sans le savoir, des portes que nous avons verrouillées de l’intérieur.
Pourtant, au-dessus de tout cela, le trou bleu demeure.
Une ouverture qui ne demande rien, qui ne juge rien, et où tout passe comme des nuages.
Un passage où la lumière revient, où le vent circule, où la conscience nous rappelle qu’elle est vaste.
captifs des pensées un souffle dans le trou bleu défait les barreaux.
Naissance et mort se frôlent dans la forêt comme deux souffles qui ne s’opposent pas.
Sur le tronc couché, la mousse, le lierre, les champignons s’ouvrent à la lumière,et juste à côté, une feuille brune se délite en silence.
Des vies minuscules, offertes au matin, ignorant qu’elles sont déjà promises à la nuit.
Dans ce théâtre sans rideau, rien n’est séparé : ce qui naît porte déjà la forme de ce qui s’éteint.
Chez l’humain, pourtant, quelque chose résiste.
Il sait.
Et il détourne les yeux.
Comme cette femme de la fable, serrant son enfant mort contre elle, cherchant un grain de moutarde dans une maison où la mort n’est jamais entrée.
Elle voulait croire à une exception, à une brèche dans la loi du monde.
Mais chaque porte qu’elle frappait lui disait la même chose :
La mort est passée ici aussi.
Et la vie continue.
L’homme est le seul vivant qui tente de séparer ce que la nature unit.
Il veut la naissance sans la fin, la lumière sans l’ombre.
Il veut que le monde soit un berceau, jamais un seuil.
Mais la forêt, elle, ne ment pas : elle montre la vérité dans chaque détail, sans cruauté, sans consolation.
haïku
Sur le bois tombé
une graine germe encore
l’enfant n’est plus là
Après le trou noir du monde, voici le trou bleu du ciel. Une déchirure dans la masse des nuages, un passage vers un trou bleu lumineux.
Un trou bleu dans les nuages gris que personne n’a demandé.
Mais il est là, comme une toile de fond bleu; derrière les nuages.
Un nuage n’a pas besoin de permission pour traverser le ciel : il suit le flux du vent, il obéit à la grande respiration du monde.
Le temps de la météo change sans cesse. Rien ne s’y attache, rien ne s’y fige. Les formes se font et se défont, les ombres glissent, les lumières se déplacent. Tout passe, tout se transforme, tout s’efface sans drame.
Le bouddhisme nous dit : "Laissez filer vos pensées comme des nuages dans le ciel."
Mais nous, les humains, nous ne savons pas faire cela. Nous nous attachons à nos pensées comme à des cordes. Nous croyons qu’elles sont nous, qu’elles disent quelque chose de notre identité, de notre valeur, de notre histoire. Alors le ciel bleu de la conscience se rétrécit, se rapetisse et devient un trou bleu dans une prison, et parfois il disparaît.
On s’identifie, alors; au temps émotionnel. On confond un nuage avec le ciel lui-même. Et certaines pensées deviennent des prisons : des murs que nous avons construits sans le savoir, des portes que nous avons verrouillées de l’intérieur.
Pourtant, au-dessus de tout cela, le trou bleu demeure. Une ouverture qui ne demande rien, qui ne juge rien, et où tout passe comme des nuages. Un passage où la lumière revient, où le vent circule, où la conscience nous rappelle qu’elle est vaste.
Naissance et mort se frôlent dans la forêt comme deux souffles qui ne s’opposent pas. Sur le tronc couché, la mousse, le lierre, les champignons s’ouvrent à la lumière,et juste à côté, une feuille brune se délite en silence. Des vies minuscules, offertes au matin, ignorant qu’elles sont déjà promises à la nuit. Dans ce théâtre sans rideau, rien n’est séparé : ce qui naît porte déjà la forme de ce qui s’éteint.
Chez l’humain, pourtant, quelque chose résiste. Il sait. Et il détourne les yeux.
Comme cette femme de la fable, serrant son enfant mort contre elle, cherchant un grain de moutarde dans une maison où la mort n’est jamais entrée. Elle voulait croire à une exception, à une brèche dans la loi du monde. Mais chaque porte qu’elle frappait lui disait la même chose : La mort est passée ici aussi. Et la vie continue.
L’homme est le seul vivant qui tente de séparer ce que la nature unit. Il veut la naissance sans la fin, la lumière sans l’ombre. Il veut que le monde soit un berceau, jamais un seuil. Mais la forêt, elle, ne ment pas : elle montre la vérité dans chaque détail, sans cruauté, sans consolation.
haïku
Sur le bois tombé une graine germe encore l’enfant n’est plus là
L’histoire de Kisa Gotami
Il était une fois une femme, Kisa Gotami, qui n’avait qu’un seul enfant. Elle l’aimait évidemment de tout son cœur. Seulement un jour, malheureusement, alors qu’il commençait à peine à faire ses premiers pas, l’enfant vint à mourir.
Dévastée par cette mort et plongée dans un profond chagrin, Kisa Gotami, se mit désespérément à la recherche d’un remède qui rendrait la vie à son fils. Fille d’un homme très riche, elle alla à la rencontre de tous ceux qui pourraient le ressusciter. Les gens commençaient à penser qu’elle était devenue folle. Un homme sage voyant son état lui dit d’aller voir le Bouddha. Lui saurait quoi faire.
Kisa Gotami alla voir le Bouddha et lui demanda :
« Peux-tu préparer un remède qui rendra la vie à mon enfant ?
– J’en connais l’existence, lui répond le Bouddha mais, pour le préparer, j’ai besoin de certains ingrédients.
Soulagée, la femme dit :
– Quels ingrédients te faut-il ?
– Apporte-moi une poignée de graines de moutarde fait le Bouddha. Chacune de ces graines devra provenir d’un foyer qui n’a jamais connu la mort. »
La femme acquiesce et alla de maison en maison, à la recherche de graines de moutarde.
Dans chaque maison, les gens acceptent de lui remettre cette graine, mais, quand elle leur demande si quelqu’un est mort dans cette maisonnée, elle ne peut trouver aucun foyer que la mort n’ait visité. Ici, une fille, là, un serviteur, là encore, un mari ou un parent est décédé. Elle chercha pendant des mois et des mois entiers.
Alors, Kisa Gotami réalisa qu’elle était incapable de trouver un foyer affranchi de la douleur de la mort. Voyant qu’elle n’était pas seule dans son chagrin, elle commença à accepter que le corps de son enfant reste sans vie.
Elle retourna voir le Bouddha qui lui déclara avec une infinie compassion : « Tu croyais être la seule à avoir perdu un fils. La loi de la mort veut que, parmi toutes les créatures vivantes, il n’y ait nulle permanence. »
La recherche de Kisa Gotami lui a appris que personne n’échappe à la douleur de la perte d’un être cher. Cet éclaircissement n’a nullement atténué sa douleur mais lui a permis d’accepter cette triste réalité de l’existence.
Dévastée par cette mort et plongée dans un profond chagrin, Kisa Gotami, se mit désespérément à la recherche d’un remède qui rendrait la vie à son fils. Fille d’un homme très riche, elle alla à la rencontre de tous ceux qui pourraient le ressusciter. Les gens commençaient à penser qu’elle était devenue folle. Un homme sage voyant son état lui dit d’aller voir le Bouddha. Lui saurait quoi faire.
Kisa Gotami alla voir le Bouddha et lui demanda :
« Peux-tu préparer un remède qui rendra la vie à mon enfant ?
– J’en connais l’existence, lui répond le Bouddha mais, pour le préparer, j’ai besoin de certains ingrédients.
Soulagée, la femme dit :
– Quels ingrédients te faut-il ?
– Apporte-moi une poignée de graines de moutarde fait le Bouddha. Chacune de ces graines devra provenir d’un foyer qui n’a jamais connu la mort. »
La femme acquiesce et alla de maison en maison, à la recherche de graines de moutarde.
Dans chaque maison, les gens acceptent de lui remettre cette graine, mais, quand elle leur demande si quelqu’un est mort dans cette maisonnée, elle ne peut trouver aucun foyer que la mort n’ait visité. Ici, une fille, là, un serviteur, là encore, un mari ou un parent est décédé. Elle chercha pendant des mois et des mois entiers.
Alors, Kisa Gotami réalisa qu’elle était incapable de trouver un foyer affranchi de la douleur de la mort. Voyant qu’elle n’était pas seule dans son chagrin, elle commença à accepter que le corps de son enfant reste sans vie.
Elle retourna voir le Bouddha qui lui déclara avec une infinie compassion : « Tu croyais être la seule à avoir perdu un fils. La loi de la mort veut que, parmi toutes les créatures vivantes, il n’y ait nulle permanence. »
La recherche de Kisa Gotami lui a appris que personne n’échappe à la douleur de la perte d’un être cher. Cet éclaircissement n’a nullement atténué sa douleur mais lui a permis d’accepter cette triste réalité de l’existence.
Enseignement bouddhiste
Nous sommes impuissants face à la mort qui touche tous les humains. Regarder la mort en face nous invite à savourer chaque instant de la vie et à développer la compassion envers autrui.
L'histoire de la tasse en porcelaine
Un maître spirituel montre sa tasse préférée à ses élèves et leur dit :« Pour moi, cette tasse est déjà brisée. J'aime boire mon thé dedans. Elle retient l'eau magnifiquement. Quand le soleil la frappe, elle reflète la lumière avec éclat. Mais quand le vent la renversera ou qu'elle glissera de ma table et se brisera sur le sol, je dirai simplement : "Bien sûr".
C'est parce que je sais qu'elle est fragile que chaque instant passé avec elle est précieux.
Sa valeur n'existe que parce qu'elle a une fin.
Si cette tasse était éternelle et incassable, je ne la regarderais même plus. »
Nous sommes impuissants face à la mort qui touche tous les humains. Regarder la mort en face nous invite à savourer chaque instant de la vie et à développer la compassion envers autrui.
Un maître spirituel montre sa tasse préférée à ses élèves et leur dit :« Pour moi, cette tasse est déjà brisée. J'aime boire mon thé dedans. Elle retient l'eau magnifiquement. Quand le soleil la frappe, elle reflète la lumière avec éclat. Mais quand le vent la renversera ou qu'elle glissera de ma table et se brisera sur le sol, je dirai simplement : "Bien sûr".
C'est parce que je sais qu'elle est fragile que chaque instant passé avec elle est précieux.
Sa valeur n'existe que parce qu'elle a une fin.
Si cette tasse était éternelle et incassable, je ne la regarderais même plus. »
Le tronc est court, presque un vestige.
On dirait un corps qui a été interrompu, un souffle coupé net.
Autour, la forêt respire sans se presser, et le ciel, lui, ne semble pas se souvenir de ce qui a été perdu.
Pourtant, au milieu de cet arbre nu, une couronne verte s’est ouverte.
Des branches neuves, comme des bras qui se réinventent.
Une volonté silencieuse, sans drame, sans plainte.
L’arbre n’a pas cherché à redevenir ce qu’il était :
il a simplement repris vie là où la vie voulait encore passer.
Une vie qui prend la forme d'un cœur qui bat encore
Nous ne sommes pas comme l’arbre.
Le tronc est court, presque un vestige. On dirait un corps qui a été interrompu, un souffle coupé net. Autour, la forêt respire sans se presser, et le ciel, lui, ne semble pas se souvenir de ce qui a été perdu.
Pourtant, au milieu de cet arbre nu, une couronne verte s’est ouverte. Des branches neuves, comme des bras qui se réinventent. Une volonté silencieuse, sans drame, sans plainte. L’arbre n’a pas cherché à redevenir ce qu’il était : il a simplement repris vie là où la vie voulait encore passer.
Une vie qui prend la forme d'un cœur qui bat encore
Nous ne sommes pas comme l’arbre.
Nous portons la mémoire de ce qui a été coupé.
Nous savons ce que nous avons perdu,
et parfois nous restons longtemps à regarder le vide,
comme si un trou noir avait aspiré passé, présent et avenir.
Nus comme cet arbre au bord du trou noir
Mais il y a en nous une force qui ressemble à celle de l’arbre :
Une force organique, presque végétale.
Une force qui ne fait pas de bruit.
Au bord du trou noir
quand l'homme n’a plus rien, plus de récit, plus de certitude
quelque chose en lui, très lentement, recommence à pousser.
Une petite branche de sens.
Un geste minuscule.
Un souffle qui dit : « encore ».
Ce n’est pas un retour triomphal.
C’est un retour discret, comme une feuille qui s’ouvre dans l’ombre.
La résilience n’est jamais spectaculaire :
Elle est une reprise du vivant,
une manière de dire que la chute n’est pas la fin du mouvement.
tanka
Au bord du noir
je n’avais plus de forme
puis une branche
a frôlé mon silence
et j’ai repris souffle
Nous portons la mémoire de ce qui a été coupé. Nous savons ce que nous avons perdu, et parfois nous restons longtemps à regarder le vide, comme si un trou noir avait aspiré passé, présent et avenir.
Nus comme cet arbre au bord du trou noir
Mais il y a en nous une force qui ressemble à celle de l’arbre :
Une force organique, presque végétale. Une force qui ne fait pas de bruit.
Au bord du trou noir quand l'homme n’a plus rien, plus de récit, plus de certitude quelque chose en lui, très lentement, recommence à pousser. Une petite branche de sens. Un geste minuscule. Un souffle qui dit : « encore ».
Ce n’est pas un retour triomphal. C’est un retour discret, comme une feuille qui s’ouvre dans l’ombre. La résilience n’est jamais spectaculaire : Elle est une reprise du vivant, une manière de dire que la chute n’est pas la fin du mouvement.
tanka Au bord du noir je n’avais plus de forme puis une branche a frôlé mon silence et j’ai repris souffle
* Le trou noir du monde
Le matin se lève comme un animal inquiet.
Dans les journaux, les cartes du monde ressemblent à des chairs ouvertes, des corps fragiles, des frontières qui saignent, des peuples pris dans les mâchoires d’hommes qui confondent pouvoir et grandeur. Les pays raisonnables cherchent une issue, mais leurs voix se perdent dans le vacarme des extrêmes, comme le cri des oiseaux noyés par un moteur de tank ou de drone.
Le mensonge, la mauvaise foi, la propagande règnent en maître.
L’argent, ce métal abstrait, tourne comme une planète folle.
Il dicte les peurs, creuse les dettes, dévore les promesses.
Je ne comprends pas ses lois, seulement son ombre maléfique : elle s’étend sur les visages, elle durcit les gestes, elle fait naître la haine de l’autre.
Elle creuse les inégalités, affame certains ; enrichit d’autres.
Dans mon pays, les discours s’entrechoquent comme des pierres.
Les mensonges des extrêmes et les promesses des autres montent plus vite que les arbres, et les colères poussent dans les rues comme des herbes toxiques. J’entends que chacun veut plus, encore plus, même quand le sol se dérobe.
Au centre de tout cela, un trou noir.
Il aspire les certitudes, les repères, les saisons.
Il avale les voix qui tentent de dire « assez ».
Tout va mal : les guerres, les drames climatiques, la sécheresse, les ambitions des politiques, les gens désespérés qui immigrent dans des rêves d’illusions.
Et pourtant, au bord du gouffre, je veux croire que quelque chose résiste : une luciole, un souffle, un reste de vivant qui refuse de disparaître.
Trou noir du monde
dans la nuit dévorante
une graine veille
Le matin se lève comme un animal inquiet. Dans les journaux, les cartes du monde ressemblent à des chairs ouvertes, des corps fragiles, des frontières qui saignent, des peuples pris dans les mâchoires d’hommes qui confondent pouvoir et grandeur. Les pays raisonnables cherchent une issue, mais leurs voix se perdent dans le vacarme des extrêmes, comme le cri des oiseaux noyés par un moteur de tank ou de drone.
Le mensonge, la mauvaise foi, la propagande règnent en maître.
L’argent, ce métal abstrait, tourne comme une planète folle. Il dicte les peurs, creuse les dettes, dévore les promesses. Je ne comprends pas ses lois, seulement son ombre maléfique : elle s’étend sur les visages, elle durcit les gestes, elle fait naître la haine de l’autre.
Elle creuse les inégalités, affame certains ; enrichit d’autres.
Dans mon pays, les discours s’entrechoquent comme des pierres. Les mensonges des extrêmes et les promesses des autres montent plus vite que les arbres, et les colères poussent dans les rues comme des herbes toxiques. J’entends que chacun veut plus, encore plus, même quand le sol se dérobe.
Au centre de tout cela, un trou noir. Il aspire les certitudes, les repères, les saisons. Il avale les voix qui tentent de dire « assez ».
Tout va mal : les guerres, les drames climatiques, la sécheresse, les ambitions des politiques, les gens désespérés qui immigrent dans des rêves d’illusions.
Et pourtant, au bord du gouffre, je veux croire que quelque chose résiste : une luciole, un souffle, un reste de vivant qui refuse de disparaître.
Trou noir du monde dans la nuit dévorante une graine veille
*La Méduse
Sur le sable, la méduse repose comme un avertissement.
Son nom, déjà, fait reculer : un mot chargé de brûlure, de douleur, de récits de baignades gâchées.
Un mot qui n’a rien de la grâce de son corps, ni de la lente chorégraphie qu’elle déploie dans l’eau.
Un mot qui rappelle un mythe ancien terrifiant
Elle ne sait rien de la peur qu’elle inspire, ni du dégoût que son nom transporte. Elle n’a pas de mémoire, pas de récit, et pourtant elle nous renvoie à nos propres hésitations : s’approcher, se retirer, regarder, détourner les yeux.
Je m'approche pourtant, avec une curiosité d'enfant.
Elle m'impressionne, belle et mystérieuse.
Elle n’est pas un monstre, seulement un être déplacé, privé de son élément, offert à la lumière comme malgré elle.
Dans l’eau, elle est presque immatérielle.
Sur le sable, elle devient une chose visqueuse, affalée.
Et c’est là que l’humain se révèle : si la méduse était comestible, apprivoisée par nos cuisines, intégrée à nos usages, nous la regarderions autrement.
Nous lui inventerions des vertus, des terroirs, des recettes.
Nous lui trouverions une noblesse, comme nous le faisons pour tant d’animaux que nous n’avons appris à aimer qu’en les mangeant.
Mais la méduse ne nous sert à rien, qu'à nous blesser dans les baignades.
Alors nous la craignons, la détestons. .
Sur le sable, la méduse repose comme un avertissement. Son nom, déjà, fait reculer : un mot chargé de brûlure, de douleur, de récits de baignades gâchées. Un mot qui n’a rien de la grâce de son corps, ni de la lente chorégraphie qu’elle déploie dans l’eau.
Un mot qui rappelle un mythe ancien terrifiant
Elle ne sait rien de la peur qu’elle inspire, ni du dégoût que son nom transporte. Elle n’a pas de mémoire, pas de récit, et pourtant elle nous renvoie à nos propres hésitations : s’approcher, se retirer, regarder, détourner les yeux.
Je m'approche pourtant, avec une curiosité d'enfant.
Elle m'impressionne, belle et mystérieuse. Elle n’est pas un monstre, seulement un être déplacé, privé de son élément, offert à la lumière comme malgré elle.
Dans l’eau, elle est presque immatérielle. Sur le sable, elle devient une chose visqueuse, affalée. Et c’est là que l’humain se révèle : si la méduse était comestible, apprivoisée par nos cuisines, intégrée à nos usages, nous la regarderions autrement. Nous lui inventerions des vertus, des terroirs, des recettes. Nous lui trouverions une noblesse, comme nous le faisons pour tant d’animaux que nous n’avons appris à aimer qu’en les mangeant. Mais la méduse ne nous sert à rien, qu'à nous blesser dans les baignades. Alors nous la craignons, la détestons..
*Là où naît la beauté
Devant le coucher de soleil, je sens toujours la même secousse douce, comme si quelque chose en moi se souvenait d’un très ancien langage.
La lumière descend, les couleurs se mêlent, et ce simple glissement du jour vers la nuit ouvre un passage.
Je ne regarde pas seulement: je me sens regardée.
La beauté ne vient pas du ciel, ni de la mer, ni des fleurs qui s’ouvrent.
Elle surgit en moi, comme une réponse involontaire, un soulèvement du cœur.
Un arbre, un oiseau, une fleur qui tremble dans le vent , rien de tout cela ne cherche à être beau.
Et pourtant, je murmure : Oh… que c’est beau.
Ce n’est pas un jugement, ni une idée.
C’est un accord.
Une harmonie entre la nature et moi
Celle qui surgit comme une source intérieure dès qu’un fragment du monde s’accorde soudain avec quelque chose en nous.
Un point de rencontre entre le monde et ce que je porte de plus nu.
La beauté n’a aucune valeur marchande parce qu’elle n’est pas un objet :
C'est un événement intérieur, une résonance, un instant où le vivant se reconnaît.
Elle ne s’achète pas, elle ne se possède pas.
Elle nous traverse, puis s’en va, comme une vague qui ne laisse que le sable plus clair.
Ciel en feu
mon cœur s’ouvre
sans rien demander.
Il y a des jours où l’on sent que le monde chancelle, non pas sous le poids d’un destin aveugle, mais sous la main tremblante de quelques humains dont la folie s’est faite système.
Ils avancent comme des somnambules armés, persuadés d’être les maîtres du jeu, alors qu’ils ne sont que les enfants terribles, des fous d’un narcissisme devenu arme de destruction.
Leurs décisions tombent comme des étincelles sur une terre déjà trop sèche.
Le 11 novembre, symbole d’un silence après l’horreur, devrait être un seuil, une mémoire qui protège.
Mais la mémoire humaine est poreuse : elle laisse fuir les leçons, elle oublie les morts, elle se laisse séduire par les récits de puissance.
Alors les guerres modernes surgissent, absurdes, mécaniques, sans grandeur.
Les rêves d'EMPIRES renaissent.
Des conflits déclenchés par des hommes qui ne voient dans le monde qu’un miroir où se reflète leur propre importance.
Dans les forêts, le feu naît d’une étincelle.
Dans les sociétés, il naît d’une vanité.
Et les deux se propagent de la même manière : par absence de présence, par manque de conscience, par incapacité à sentir la fragilité du vivant.
Devant le coucher de soleil, je sens toujours la même secousse douce, comme si quelque chose en moi se souvenait d’un très ancien langage. La lumière descend, les couleurs se mêlent, et ce simple glissement du jour vers la nuit ouvre un passage. Je ne regarde pas seulement: je me sens regardée. La beauté ne vient pas du ciel, ni de la mer, ni des fleurs qui s’ouvrent. Elle surgit en moi, comme une réponse involontaire, un soulèvement du cœur. Un arbre, un oiseau, une fleur qui tremble dans le vent , rien de tout cela ne cherche à être beau. Et pourtant, je murmure : Oh… que c’est beau. Ce n’est pas un jugement, ni une idée.
C’est un accord.
Une harmonie entre la nature et moi
Celle qui surgit comme une source intérieure dès qu’un fragment du monde s’accorde soudain avec quelque chose en nous.
Un point de rencontre entre le monde et ce que je porte de plus nu. La beauté n’a aucune valeur marchande parce qu’elle n’est pas un objet : C'est un événement intérieur, une résonance, un instant où le vivant se reconnaît. Elle ne s’achète pas, elle ne se possède pas. Elle nous traverse, puis s’en va, comme une vague qui ne laisse que le sable plus clair.
Ciel en feu mon cœur s’ouvre sans rien demander.
Il y a des jours où l’on sent que le monde chancelle, non pas sous le poids d’un destin aveugle, mais sous la main tremblante de quelques humains dont la folie s’est faite système. Ils avancent comme des somnambules armés, persuadés d’être les maîtres du jeu, alors qu’ils ne sont que les enfants terribles, des fous d’un narcissisme devenu arme de destruction. Leurs décisions tombent comme des étincelles sur une terre déjà trop sèche.
Le 11 novembre, symbole d’un silence après l’horreur, devrait être un seuil, une mémoire qui protège. Mais la mémoire humaine est poreuse : elle laisse fuir les leçons, elle oublie les morts, elle se laisse séduire par les récits de puissance. Alors les guerres modernes surgissent, absurdes, mécaniques, sans grandeur.
Les rêves d'EMPIRES renaissent.
Des conflits déclenchés par des hommes qui ne voient dans le monde qu’un miroir où se reflète leur propre importance.
Dans les forêts, le feu naît d’une étincelle. Dans les sociétés, il naît d’une vanité. Et les deux se propagent de la même manière : par absence de présence, par manque de conscience, par incapacité à sentir la fragilité du vivant.
*Le va-et-vient du monde
La vague avance comme si elle hésitait.
Puis elles se succèdent indéfiniment.
Elles portent en elles tout l’océan, mais ne montrent qu’un mince bord d’écume.
Sur le sable, elles s’étalent, s’amincissent, se défont, puis se retirent, comme si elles reprenaient leur souffle.
Chaque retour est une naissance, chaque retrait une disparition, et pourtant rien ne meurt.
La mer ne cesse pas : elle se transforme.
C'est la même eau.
Je reste là, immobile, et je sens que ce mouvement est aussi le mien.
Une part de moi s’avance vers le monde, une autre revient vers l’invisible.
Entre les deux, un battement, une respiration, un lieu sans nom où je demeure.
Vagues mouvantes
dans le creux du retrait
l’océan persiste
La vague avance comme si elle hésitait.
Puis elles se succèdent indéfiniment. Elles portent en elles tout l’océan, mais ne montrent qu’un mince bord d’écume. Sur le sable, elles s’étalent, s’amincissent, se défont, puis se retirent, comme si elles reprenaient leur souffle. Chaque retour est une naissance, chaque retrait une disparition, et pourtant rien ne meurt. La mer ne cesse pas : elle se transforme.
C'est la même eau.
Je reste là, immobile, et je sens que ce mouvement est aussi le mien. Une part de moi s’avance vers le monde, une autre revient vers l’invisible. Entre les deux, un battement, une respiration, un lieu sans nom où je demeure.
Vagues mouvantes dans le creux du retrait l’océan persiste
*Palimpseste sur la mer
Sur la plage, le blockhaus penche comme un animal fossile. Le béton porte encore la mémoire des nuits d’alerte, des guetteurs immobiles, des cartes froissées.
Il garde dans nos mémoires des strates de guerre, de sel, de vent, puis soudain éclats de couleurs, cris de jeunesse, gestes anonymes. Aujourd’hui, la mer n’écoute plus ces histoires-là. Elle passe, elle polit, elle rature.
Sur les parois, les couleurs s’étalent, vert, rose, bleu. Des lettres surgissent, des visages, des cris, des mots, des jeux. Rien n’est signé, rien n’est promis. C’est un art qui sait qu’il va disparaître, un art qui accepte l'éphémère. Chaque tag recouvre un autre, chaque geste efface un souvenir, chaque trace prépare la suivante. Le blockhaus devient un livre que personne ne finit, un palimpseste offert au temps et aux marées.
L’éphémère n’est pas une perte : c’est une manière de rester vivant.
Blockhaus peint la mer tourne les pages sans les lire
Au même endroit l'année d'avant
*Ce qui reste quand la vague se retire
Sur le sable, les coquilles sont des survivances, elles abritaient des fragilités.
Le dur protégeait la fragilité.
Leur dureté n’est pas une puissance : c’est une trace. Elles ont porté la vie comme un souffle tendre, un corps mou qui cherchait son chemin dans l’eau. Quand la vague les abandonne, il ne reste que l’armure vide, le dur sans le vivant. Le dur sans la fragilité.
Nous, humains, avançons avec la chair en avant. Notre squelette étant au-dedans, caché sous la chair.
Le dur maintient le fragile. Notre squelette est caché, tenu dans l’ombre, comme si la vie avait choisi de protéger le dur pour laisser le fragile affronter le monde. La peau, les muscles, les organes, tout ce qui peut se blesser, sont ce qui nous permet de sentir, d’aimer, de trembler. Le mou est l’audace. Le dur gardera la mémoire.
Entre les coquillages et nous, une même loi silencieuse : ce qui survit n’est pas ce qui vit. La solidité est un reste, la fragilité une manière d’être au monde.



























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