LES DELIRES DE LA FORÊT ( réflexions et interrogations philosophiques)

 


LES DÉLIRES DE LA FORÊT 

Les images sont conçues par Fan et faites par IA




Image 1 : LA RENCONTRE

Dame Conteuse change de lieu, la nature est si parlante à qui sait l'entendre.

Dame Conteuse :
— Tu es venu, alors que je n’attendais plus rien. Le vent portait des silences, et mes mots s’étaient tus. Le monde des hommes ne m’apportant que des « pourquoi » et dont les réponses me terrifient !

Lynx :
— Je ne savais pas que je venais. Je suivais une faille dans l’air, une ligne d’ombre entre deux certitudes.

Dame Conteuse :
— Tu marches comme on doute. Chaque pas semble demander pardon à la terre. Tu l’effleures, tu ne l’écrases pas … Tes yeux perçants scrutent l’invisible, comme s’il voyait ce que nous avons oublié de regarder. Ton feulement est comme une fêlure sonore qui ouvre le récit sans le clore.

Lynx :
— Et toi, tu parles comme on se souvient. Tes questions ont des racines que je reconnais sans les nommer.

Dame Conteuse :
— Peut-être que nous ne nous rencontrons pas. Peut-être que nous nous souvenons l’un de l’autre.

Lynx :
-Et que nous nous inventons. À mesure que le dialogue nous tisse.

Dame Conteuse :
— Alors parlons. Et que le fil ne se rompe pas trop vite.

Un silence, puis Dame Conteuse reprend :
— Mes « pourquoi » sur les actes des hommes me blessent. Ils creusent sans racines, ils interrogent sans réponses. Mais ici, dans cette forêt, je sens que mes questions ne sont pas seules. Elles s’enfoncent dans l’humus, elles rencontrent des réponses lentes, des racines qui ne parlent pas, mais qui savent. La forêt porte des mémoires. Les humains semblent avoir oublié le passé et manipulent leur mémoire.

Lynx :
— La forêt ne répond pas. Elle se souvient. Chaque feuille tombée est une phrase oubliée, chaque tronc une archive sans alphabet. Tu poses tes « pourquoi » comme on plante une graine. Et la forêt les garde, les transforme, les rend à la lumière quand le temps est mûr.

Dame Conteuse :
— Alors mes phrases ont des racines. Elles ne viennent pas de moi, mais de ce sol que j’ai oublié d’écouter. Tu m’aides à entendre ce que je croyais avoir inventé.

Lynx :
— Tu n’inventes rien. Tu exprimes ce qui pousse en toi depuis longtemps. Tu es forêt, toi aussi. Mais tu avais oublié que tes mots avaient des feuilles et tes pieds des racines. Tu es présence entre passé et futur.

Un silence...

Lynx :
« Le vide est ce qui rend le vase utile. Le silence est ce qui rend la parole habitable. Tu poses tes questions comme on façonne l’argile. Mais c’est leur creux qui te nourrit. »

( extrait du Tao Te King)



DÉLIRE EN FORÊT
LA PENSÉE MILLEPATTES
( Image 2 des méditations en forêt)
(Toujours sur le thème de décoïncidence et fêlure)

Dame Conteuse (assise, les mains pleines de bribes de récits) :
— Il y a une créature que j’ai longtemps évitée.
Trop confuse, trop basse, trop… désordonnée. Elle ne vole pas, ne bondit pas, ne raconte pas. Elle rampe. Elle s’emmêle. Elle pense en zigzag. Je l’ai appelée, un peu par moquerie, la Pensée-Millepattes.
Le Lynx :
— Tu l’as évitée parce qu’elle ne te ressemblait pas.
Elle ne tissait pas de récits, elle les défaisait. Elle ne cherchait pas à convaincre, mais à éprouver. Elle ne parle pas pour être entendue. Elle parle pour se perdre.
Dame Conteuse (fronçant les sourcils, troublée) :
— Mais, comment « dire » sans forme ? Sans contour ? Elle ne fait que trébucher sur ses propres jambes. Elle se croise, se contredit, se répète.
C’est une pensée qui ne tient pas debout.
Le Lynx (doucement, presque en chuchotant) :
— Et si tenir debout n’était pas le but ?
Elle avance par effondrement, elle habite tes fêlures, tes trous d'incertitudes. Elle est la pensée qui se relève au lieu de voir.
Tu « contes » tes récits.
Ton ami le Goéland les survole.
Moi, je les perce de mon regard.
Mais elle… elle les explore par ses chutes.
Dame Conteuse :
— Je l’ai vue une fois, dans une clairière.
Elle tournait en rond, traçant des spirales dans la mousse. Je croyais qu’elle était perdue. Mais peut-être qu’elle écrivait… autrement.
Le Lynx :
— Elle écrit avec ses chutes. Chaque croche-pied est une ponctuation. Elle ne cherche pas à "finir". Elle cherche à "ouvrir".
Dame Conteuse (sourit, mélancolique) :
— Alors elle est peut-être plus conteuse que moi…
Mais sans récit. Juste des fragments, des bifurcations, des silences.
Le Lynx :
— Et c’est peut-être là que l’humanité se cache.
Dans ce qui ne se dit pas encore. Dans ce qui trébuche. Dans ce qui refuse de se redresser, plein d’orgueil et de certitudes.
Dame conteuse alors, laisse venir en elle des bribes de souvenirs lointains de ses lectures :
« Le chemin droit semble tortueux. » Tao Te King, chap. 41
« Celui qui cherche, trouvera. Et celui qui trouve sera troublé.
Et étant troublé, il s’émerveillera. » Logion 2, Évangile selon Thomas


RECONNAISSANCE TARDIVE
MIEUX VAUT TARD QUE JAMAIS.

(Image 3 des délires de la forêt : méditation sur le massacre des Palestiniens)

Dans la clairière silencieuse, la dame conteuse s’assit sur une pierre . Le lynx, aux yeux perçants, l’observait sans bruit.
— Dis-moi, lynx des forêts, toi qui vois loin dans les brumes du monde… Que vaut une reconnaissance quand les bombes pleuvent et que les enfants n’ont plus de noms ? Quand un pays disparaît sous les décombres.

Le lynx cligna des yeux.
— Elle vaut ce que vaut une étoile dans la nuit. Elle ne chasse pas l’obscurité, mais elle dit : "Je suis là."
— Alors reconnaître l’État palestinien, ce serait allumer une étoile ?

— Oui. Ce serait dire à ceux qui tombent qu’ils ne sont pas invisibles. Que leur terre, leur nom, leur histoire ne sont pas effacés. Ce serait leur donner une place dans le grand livre des peuples.

— Mais les puissants s’y opposent. Ils disent que c’est inutile, dangereux, prématuré et serait donner raison à leurs ennemis…

Le lynx se leva, lentement.
— Ce qui est juste ne dépend pas du bon vouloir des puissants. Reconnaître, c’est résister à l’oubli. C’est refuser que les morts soient sans visage.

La conteuse baissa les yeux, puis murmura :
— Alors je raconterai. Pour que l’étoile brille, même si la nuit est longue.

Et le lynx disparut dans les feuillages, laissant derrière lui une empreinte, comme une promesse.

"Reconnaître, ce n’est pas donner.
C’est voir.
C’est dire : "Tu es."



LE MURMURE DES RACINES
(image 4 du "délire en forêt : méditation sur le populisme en route vers l'autocratie")

Dame Conteuse (voix inquiète) :
Jadis, les mots étaient comme des lanternes. On les suspendait aux branches de la liberté et de l’humanisme. Aujourd’hui, dans certaines contrées, on les arrache, on les piétine, on les brûle. »
Le Lynx :
— Je vois en effet les ombres s’allonger. Les extrêmes droites tissent des toiles, invisibles mais collantes. Elles capturent les esprits, les enrobent de "peur" et de "faux confort". »
Dame Conteuse :
— Et pourtant, les histoires résistent comme des braises sous la cendre. Même dans les geôles, les voix des Politzek, ces prisonniers politiques, sont des graines. »
Le Lynx :
— Mais les graines ont besoin de terre libre, d'eau, de vent et d’air. Si les États-Unis, la France, ou d’autres pays cèdent aux sirènes réactionnaires, ta chère forêt elle-même deviendra une prison. »
Dame Conteuse :
— Alors il faut parler : écrire, chanter, danser, conter, faire du théâtre. Bref, témoigner.
Même si c’est dangereux. Le silence est le plus grand allié des tyrans. »
Le Lynx :
— Tant qu’il restera des pays LIBRES, vraiment démocratiques, oui. Mais regarde dans ton propre pays, la manipulation, le mensonge dit comme vérité rongent comme un rat le beau lien du juste, du bon, et du vrai. »
Dame Conteuse :
—Bof! Le chant du peuple se dit populaire. Il se prétend l’écho du vrai peuple. Il rejette les sages, les savants, les conteurs. Il les traite d’élites, de rêveurs, d'inutiles. »
Le Lynx :
-« Mais ce chant est un leurre. Il flatte l’oreille, puis enserre le cœur.
Je l’ai vu ailleurs : il commence par des promesses, il finit par des murs. Et quand il s’installe, il ne partage plus. Il concentre. Il personnalise. Il devient le seul visage, le seul souffle. »
Dame Conteuse (se rappelant les dernières actualités sur les USA) :
— J'observe en effet que les lois, les droits changent.
Doucement. Les contre-pouvoirs s’effacent. Les juges deviennent des ombres. L'histoire est revisitée. Les journalistes, des cibles. L’opposition est traîtresse. La critique, une insulte. Le doute, un crime. Et les mots ? Ils sont surveillés. Les livres brûlent sans feu. Les réseaux deviennent des filets. »
Le Lynx (s’arrêtant, grave) :
— C’est ainsi que le populisme devient autoritarisme. Non pas en rugissant, mais en murmurant. Il glisse, il s’insinue, il s’installe. »
Le lynx disparaît parmi les arbres mais Dame Conteuse sent comme un parfum de Tao flotter dans l'air :
"Quand le gouvernement est discret, le peuple est sincère. Quand le gouvernement est intrusif, le peuple est rusé."
Tao Te King, verset 58



QUAND MOT RENCONTRE IMAGE
(Image 5 des délires en forêt : méditation sur le mot et l'image)

Dame Conteuse : (devant elle, étalés dans l’herbe, des pinceaux, crayons, appareil photo):
Regarde, Lynx, une image parle en silence.
Elle jaillit, elle frappe, elle enveloppe. Elle ne dit pas : elle montre. Et chacun y voit ce qu’il veut y voir. N’est-ce pas là la vraie liberté d'interprétation ?
Le Lynx :
— Liberté, dis-tu ? Mais l’image impose par sa force. Elle envahit le regard, elle sature l’espace.
Le mot, lui, avance pas à pas, humble et nuancé. Il laisse des marges, des silences, des détours, des hésitations. Il ne s’expose pas entièrement dans un seul regard, , il suggère peu à peu des pensées au cerveau.
Dame Conteuse :
— Mais le mot enferme ! Il trace une ligne, une pensée, une logique. Il guide, il dirige.
L’image, elle, est un monde ouvert, une mer sans rivage. Elle est immédiate, elle est plurielle. Elle ouvre aux rêves infinis.
Le Lynx :
— Et pourtant, c’est le mot qui pense.
L’image émeut, mais le mot interroge. Il construit, il relie, il approfondit. Il est le fil d’Ariane dans le labyrinthe du sens.
Dame Conteuse :
— Tu veux penser ? Moi je veux ressentir. L’image est une caresse ou une gifle, selon le regard. Elle ne s’explique pas, elle se vit.
Je reconnais que certaines images peuvent blesser le cœur là où les mots n'auraient qu'effleuré l'esprit.
Le Lynx :
-Et moi je dis que le mot est une main tendue. Il ne s’impose pas, il dialogue. Il peut être image lui aussi, quand il devient poésie.
Dame Conteuse :
— Alors peut-être… que l’un sans l’autre est boiteux. L’image pour l’élan, le mot pour le pas. L’image pour l’éveil, le mot pour le chemin.
Le lynx :
— En effet : « Le mot trace un sentier, l’image ouvre un horizon. Mais c’est le silence qui les relie."
Un doux vent amène alors une parole sage du Tao :
"Le Tao que l’on peut nommer n’est pas le Tao éternel."


QUAND LES MOTS DIVORCENT DU VÉCU
(Image 6, des délires en forêt : méditation sur l'impuissance des mots en face du réel et de leurs mensonges pour falsifier la réalité)
Dame Conteuse :
Lynx, je continue sur les mots et images, vus sous un autre angle.
Les mots… jadis, ils étaient des graines. On les semait, et la réalité poussait. Aujourd’hui, ils flottent, sans racines. Ils brillent, mais ne nourrissent plus. Ils sont devenus impuissants. Des graines stériles.
Le Lynx :
— En effet, des mots impuissants et d’autres menteurs.
Parce qu’ils mentent. Les mots, les images… ils ont été domestiqués. On les gave d’émotion, on les maquille pour dénoncer, insulter, accuser ou rassurer et promettre du vent.
Et pendant ce temps, sous les bombes, à Gaza, les cris ne trouvent plus de mots. Ils n’attendent plus rien des mots parfois sincères mais impuissants et le plus souvent menteurs et destructeurs.
Dame Conteuse :
— Je les entends, ces cris.
Sur les plateaux, on débat avec des mots bien assis dans de confortables fauteuils. Des mots qui ne blessent pas ceux qui les disent. Des mots qui ne vivront pas. Des mots qui veulent aider mais ont perdu leur sens, tant ils sont vides.
Le Lynx :
— Un gouffre. Entre le vécu et le verbe.
Mais mieux vaut dire que de ne rien dire.
C'est vrai que les mots ne changent plus rien, même ceux des dirigeants tant ils sont pris dans une toile d'araignée mondiale.
Ils décrivent, ils pleurent, ils analysent. Mais ils n’agissent plus. Des mots émotionnels ou intellectuels, sans plus.
Dame Conteuse (regardant les étoiles à travers les branches) :
— Petite fille, je croyais aux mots. Ils étaient des outils, des armes, des ponts. Aujourd’hui, ils sont des voiles. Ils cachent plus qu’ils ne révèlent.
Et devant leur inaction, la culpabilité arrive. Leur impuissance est notre impuissance.
Le Lynx :
— Et les images… elles mentent aussi. Elles sont devenues spectacle. Même la douleur devient esthétique.
Post-vérité. Post-réalité. On doute de tout. Même de ce qu’on voit.
Et le doute peut paralyser toute action.
La vérité n’est plus ce qui s’impose, mais ce qui se négocie.
Ils et elles donnent de l'information, de l'émotion et de l’analyse, mais rien d’autre ne se passe dans le vécu de ceux qui subissent l’injustice des guerres. Ceux qui tuent le font en toute impunité.
Dame Conteuse :
— Alors que reste-t-il ? Le silence ? Le cri brut ? Ou faut-il réinventer les mots ? Les laver, les tremper dans le réel, les faire saigner un peu ?
Le Lynx:
— Peut-être faut-il redevenir sauvage. Parler comme les pierres. Écrire comme les racines. Refuser les mots qui rassurent. Et choisir ceux qui dérangent. Ceux qui disent vrai, ceux qui entrent dans le vécu. Leurs graines sommeillent sous la mousse, arrose-les.
Dame Conteuse :
— Oui. Les mots devront retrouver leur morsure, pour que le réel ne soit plus trahi.
Le Lynx :
— Rappelle-toi de Martin Luther King avec son célèbre "I have a dream". Et si ce discours de reconnaissance de la Palestine était comme un acte porteur, non pas d’une réalité immédiate, mais d’un rêve lancé dans le monde. Un rêve possible de deux états. Les mots, dans ce contexte, ne décrivent pas ce qui est, mais ce qui pourrait être. Les temps se télescopent. Et peut-être que là, dans ce télescopage, les mots cessent d’être impuissants. Ils deviennent des semences pour un réel à venir. C’est peut-être là que réside la véritable puissance des mots, dans leur capacité à traverser les temps, à se loger dans les plis de l’esprit humain, et à agir en silence.
Un doux vent venant du passé nous laisse un parfum taoïste :
"Ceux qui savent ne parlent pas. Ceux qui parlent ne savent pas." Lao Tseu


LE PAYS DES OLIVIERS et des FIGUIERS
(Image 7 des DÉLIRES en forêt : méditations sur les mythes, légendes, récits identitaires et histoire réelle d'un pays nommé Palestine par les Romains (vers 135 ap. J.-C.)
Dame conteuse :
Hier nous avons dit "Palestine", comme on dit "utopie". Mais ce nom est chargé de trop de récits. Des Philistins disparus (d'où le nom de Palestine), des Hébreux en exil, des croisés, des califes, des colons… Chaque peuple y a gravé sa version, chaque pierre y a sa mémoire. Un nom qui fait trembler les pierres, qui divise les cœurs. Juifs, Arabes, chrétiens… tous ont leur douleur, leur rancune, leur tombe. On ne bâtit pas un pays sur des cendres qui brûlent encore.
Lynx :
— Et pourtant, les cendres nourrissent la terre. Ce nom, Palestine, n’est pas une arme, il pourrait être une promesse.
Un lieu où les fils d’Abraham, tous, pourraient s’asseoir à la même table. Ils ont le même ciel, le même mot pour Dieu, le même rêve de vivre en paix, si leurs récits n’étaient pas devenus des armes pour se combattre les uns contre les autres.
Les Philistins y ont laissé leur nom, les Hébreux leur foi, les Arabes leur langue, les chrétiens leur lumière. Ce sol est une superposition de couches de cultures, tant de peuples y sont passés (grecs, romains).
Dame conteuse :
— Mais les récits sont devenus des murs. Chaque pierre raconte une injustice. Chaque prière semble dire : "Moi seul suis légitime."
Vois-tu, je conte des histoires bibliques et ils sont parfois si proches des contes dits d’avertissement et des mythes d’ailleurs. Jacob et ses fils ? Histoire ou mythe ? Pas encore de preuves archéologiques. David ? Un grand roi dans le livre, mais dans la terre ? Jéricho ? Tombée dans les chants bibliques, pas dans les fouilles.
L’archéologie nous fait distinguer entre histoire théologique et histoire matérielle. Elle révèle comment les textes ont pu construire une identité nationale à partir de souvenirs, de symboles et de croyances.
Lynx :
— Et pourtant, les mythes ont une vérité que les pierres ignorent. Ils disent ce que les peuples espèrent, ce qu’ils craignent, ce qu’ils veulent transmettre. Le monothéisme est né ici, dans les murmures du désert. Un Dieu invisible, mais partagé. Une foi qui devrait unir, hélas, elle divise. Grand Israël d'un côté et extermination d’Israël de l'autre, au nom de quoi ? Pas très divin, cela, et beaucoup plus tourné vers le pouvoir et la puissance terrestre.
Il faudrait changer le récit. Non pas l’effacer, mais le tisser autrement. Un pays n’est pas seulement une frontière : c’est une mémoire partagée. Et si cette mémoire devenait plurielle, humble, ouverte ?
Dame conteuse :
— Tu parles comme si les blessures pouvaient se taire. Comme si les morts pouvaient pardonner.
Les vivants ne vivent pas dans les symboles. Ils vivent dans les blessures, les checkpoints, les silences. Comment bâtir un pays (ou deux pays) sur des récits contradictoires ?
Lynx :
— Les morts ne parlent plus, mais les vivants peuvent choisir. Un homme né en Judée, sur cette terre que les Romains nommeront plus tard Palestine, n’a-t-il pas dit : "Laissez les morts enterrer les morts" ? Choisir de ne pas transmettre la haine. Choisir de dire : "Je te reconnais, même si tu n’es pas moi."
S'écouter tous. En acceptant que l’histoire soit plurielle, que la vérité soit tissée de plusieurs voix. Un pays nommé Palestine ne serait pas une revanche, mais une reconnaissance. Un État laïque, non pour effacer les croyances, mais pour les protéger toutes. Un lieu où le conte de Jacob, la prière de Muhammad, et l’ombre de Jésus se croisent sans s’effacer.
Dame conteuse :
Là, tu rêves ! Tu parles comme si les pierres pouvaient pardonner. Comme si les récits pouvaient s’embrasser.
Lynx :
Les pierres ne pardonnent pas. Mais les conteurs, eux, peuvent choisir de raconter autrement. Et parfois, il suffit d’un figuier… pour qu’un pays naisse.
Lynx regarde le figuier, comme s’il écoutait ses racines et dit :
Le vent souffle où il veut, tu entends sa voix, mais tu ne sais d’où il vient ni où il va."
Ainsi en est-il des peuples, des récits, des vérités.
Ceux qui cherchent à posséder la terre la divisent. Mais ceux qui l’habitent avec humilité la transforment. Un pays ne naît pas du pouvoir, mais du pardon. Et le pardon, comme le figuier, met du temps à fleurir…



LE PARFUM DE L'APOCALYPSE

(Image 8 des "délires de la forêt" : méditation sur le mauvais usage actuel de l'Apocalypse de Jean de Patmos)
"Les deux bêtes et le retournement du monde"
Dame Conteuse :
— J'observe que l’extrême droite des USA( MAGA) brandit l’Apocalypse comme un glaive, . Ils disent que le monde en déchéance doit brûler pour être sauvé. Que le Bien est à leur droite, que le Mal est partout ailleurs.
Il y a, pour moi, collusion entre politique et religion, ce que dénonce justement l’Apocalypse avec ses deux bêtes de la mer et de la terre.
*La bête de la mer : le pouvoir impérial. Cette bête peut symboliser actuellement les régimes autoritaires, les empires modernes, ou les idéologies politiques qui se veulent absolues.
*La bête de la terre : le pouvoir religieux corrompu, elle incarne actuellement les mouvements religieux qui se mettent au service d’un pouvoir politique, justifiant ses actes au nom du sacré. C’est la théocratie déguisée, ou le nationalisme religieux.
Jean de Patmos écrivait en exil, dans la solitude, et Rome dominait et oppressait.
Le Lynx (ses yeux perçants fixant l’horizon) :
— Le Bien crié trop fort devient suspect.
L’Apocalypse, dans leur bouche, n’est plus « révélation », retournement du moi vers le Soi… mais condamnation de l’Autre.
Ils veulent des monstres à combattre. Alors ils les inventent. L’Antéchrist devient l’autre, l’étranger, le dissident. Et leur notion du Bien devient une armure, non une lumière universelle.
Dame Conteuse :
— Mais l’Apocalypse, dans son essence, me semble être comme un conte de retournement.
Le jardin perdu devient ville céleste.
Le prince déchu retrouve sa couronne, non par conquête, mais par une traversée semée d’épreuves, de tentations, de rencontres. Et l’Apocalypse ne manque pas d’épreuves terrifiantes.
Le Lynx :
— Et cette traversée, les extrémistes la refusent.
Trop de miroirs brisés. Trop de peur de se voir. Alors ils manipulent le récit, le figent, le hurlent. Ils veulent que l’histoire serve leur pouvoir, non leur conscience.
Dame Conteuse (soupirant) :
– Le Bien véritable doute de lui-même.
Il ne s’impose pas. Il écoute. Il se tait parfois. Le Bien n’est pas un cri. C’est une quête. Une recherche. C’est le sens des contes dits « merveilleux », en fait bien terrifiants dans leurs péripéties.
Le Lynx :
— Et le Mal, parfois, pense faire le Bien.
Voilà le piège. Voilà la tragédie.
Dame Conteuse (souriant doucement) :
– Que ce texte de l'Apocalypse redevienne ce qu’il est : non pas une fin du monde, mais d’UN monde… Et surtout le commencement d’un autre monde. Et bien sûr pas celui des passions mauvaises humaines déguisées en bien, mais celui d’une marche universelle humaine vers toujours plus d’humanisation.
Dans l’air de la forêt flotte un parfum d'apocalypse (révélation) :
« Voici, je fais toutes choses nouvelles. » — Apocalypse de Jean de Patmos
« Alors rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » St jean chapitre 20 de son évangile .

L’UNITÉ ET LE MULTIPLE
L’unité et le multiple : dialogue sous l’Arbre de vie.
(image 9 des délires en forêt)
Dame Conteuse :
— Lynx, toi qui vois dans l’ombre, dis-moi… Peut-on vraiment porter l’Unité autour de soi si elle ne vibre pas encore en soi ?
Le Lynx, les yeux brillants :
— L'Unité… Elle ne se porte pas comme un manteau. Elle se respire, elle se devine, elle se ressent. Cesse de la chasser comme un gibier, l’Unité n’est pas un but, c’est une manière d’être. Danse-la, elle est là !
Bien sûr, tu sens, toi-même, les éclats de séparation en toi et dans chaque être. L’histoire de chacun est un labyrinthe.
Tu as le sentiment de l’Unité et tu vis le multiple.
Une vie qui est UNE, des molécules de ton corps à la totalité de ce dernier.
Mais la vie intérieure que ta « petite » conscience perçoit, cette parcelle consciente de ta psyché, tu la vis multiple. Et je crois que cette multiplicité est nécessaire. Elle pousse les humains à choisir, à s'adapter, à tendre vers cette unité perçue sans rester figés…La vie est mouvement. Elle est encore non vécue. Vous en parlez certes, mais vous portez cette fêlure entre unité et multiplicité.
Dame Conteuse :
— Tu parles comme si nous étions à la fois dedans et dehors. Comme si nous savions sans encore pouvoir l’incarner ?
Le Lynx :
— La porter au dehors ? Cela est l’affaire de chacun. L’humanité n’est pas encore roi et reine de son royaume, comme le disent les contes.
Chacun est en chemin. Et ce chemin est peuplé de séparations, de différences, qui ne sont pas qu’intellectuelles. Nous sommes tous des individus avec des niveaux de conscience différents.
Vos inconscients sont aussi différents.
L'inconscient est la plus grosse partie de l’iceberg… Elle est sous l’eau. Nous n’y pouvons pas grand-chose. Juste écouter. Et avancer.
Ne pas régner sur des illusions. L’unité doit se vivre, pas se proclamer. Et pour cela, il faut que chacun prenne conscience et encore conscience. L'ascension des niveaux de conscience ne cesse jamais. Que chacun assume sa part. C’est une responsabilité individuelle, oui, mais aussi une danse collective.
L’unité ne se décrète pas. Elle se tisse, fil après fil, dans le silence et la présence.
Dame Conteuse (levant les yeux vers les premières étoiles) :
— Lynx… Et si le cosmos était un grand Tout, et nous… une partie inconsciente de ce Tout ? Une cellule dans un corps que nous ne savons même pas habiter ?
Le Lynx :
— C'est une pensée qui t’habite souvent.
Ce que tu appelles “moi” n’est peut-être qu’un fragment, une vibration locale d’un être immense.
« Le tout est plus que la somme de ses parties », oui. Et nous, tous les vivants, sommes ces parties, encore endormies, croyant être séparées.
Dame Conteuse :
— Alors, quand nous parlons d’unité, ce n’est peut-être pas une idée à atteindre, à danser… Mais une mémoire à réveiller ?
Le Lynx :
— Possible ! L’Unité ne serait pas un sommet à gravir, mais un sol que vous auriez oublié. Vous marchez dessus chaque jour, mais vos yeux regardent ailleurs. Le Tout vous traverse, vous anime, mais votre conscience est encore fragmentée.
Dame Conteuse :
— Et si le retournement, l’accomplissement humain, c’est simplement de se souvenir que nous sommes déjà dans le Tout ? Que nous n’avons jamais été séparés, sauf dans nos pensées ?
Le Lynx :
— Oui… Mais ce souvenir ne vient pas par la force. Il vient par l’écoute, par la lente maturation. Comme une graine qui sait déjà l’arbre qu’elle deviendra, mais qui doit d’abord s’enraciner dans l’obscurité.
Dame Conteuse (posant une main sur le tronc de l’arbre de vie) :
— Alors cet arbre de Vie… Il est peut-être le miroir du cosmos.
Ses racines dans l’invisible, ses branches vers l’infini. Et nous, ici, entre les deux.
Le Lynx :
– Entre ciel et terre. Entre l’inconscient du Tout et la conscience en devenir.
Vous, les humains, êtes les rêveurs du cosmos, et peut-être aussi ses rêves éveillés.
Dans l’air flottent quelques mots :
“Le Tao engendre l’Un. L’Un engendre le Deux. Le Deux engendre le Trois. Le Trois engendre les dix mille êtres.”
Tao Te Ching, Lao Tseu




DES ANIMAUX ET DES HOMMES
(Image 10 des délires en forêt)
Dame Conteuse :
-Coucou, mes chers compagnons ! Je m’absente une semaine… et je vous confie aux passants. Soyez vous-mêmes.
Goéland :
— Tu nous laisses seuls ? Et si les humains viennent nous déranger ?
Lynx :
Ils ne dérangent que s’ils oublient qu’ils sont aussi des animaux. Ce qu’ils font souvent, hélas.
Dame Conteuse (riant doucement) :
— C'est bien pour cela que je vous choisis, vous, mes amis à plumes et à griffes. Les animaux sont les meilleurs miroirs de l’humanité. Dans les fables, ils disent "tout" sans froisser personne.
Goéland :
— Parce que les humains sont susceptibles, c’est ça ?
Lynx :
— Susceptibles, oui… Mais entre eux, ils ne s’épargnent pas. Ils se jugent, se blessent, s'insultent, se déchirent.
Dame Conteuse :
— Ils oublient leur nature. Leur corps, leur cœur, leur instinct… tout cela est animal. Mais ils se croient au-dessus du vivant, maîtres du monde. Et les comparer à certaines postures animales les indignent.
Goéland (soupirant) :
— Et pourtant, ils ne volent pas. Ils ne voient pas dans la nuit. Ils ne sentent pas la pluie avant qu’elle tombe. Leurs sens sont limités.
Dame Conteuse :
— C’est pour cela que j’animalise leurs défauts, leurs qualités. Et parfois, à tant vous donner la parole, même au loup et au renard, je me surprends à mieux aimer mon espèce à travers vous. Je les comprends mieux.
Goéland (avec un clin d’œil) :
— Alors va, Dame Conteuse. Nous veillerons sur la forêt et sur la mer…
Lynx :
— Et peut-être, dans ton absence, les passants entendront ce que le silence des bêtes murmure.
Et dans le vent, se souvient un message :
“Connaître les autres, c’est sagesse. Se connaître soi-même, c’est sagesse supérieure.”
Lao Tseu





DELIRES EN FORÊT: RENCONTRE AVEC CAMÉLÉON MENTEUR
(Image 11 de délires en forêt)
Difficile de vous parler de ce caméléon… De plus MENTEUR.
Il dit sa réalité, celle qu'il imagine. Ses désirs sont "sa" réalité et deviennent des ordres. Il inverse sur les autres ce que disent les autres sur lui. C'est un menteur, un manipulateur, et il ne s'adapte plus du tout à son environnement comme le font les "sages" et prudents caméléons, mais le déforme pour imposer sa propre fiction.
Ils sont de plus en plus nombreux dans le monde et les gens les prennent pour des forts et puissants et VOTENT pour eux, de simples caméléons qui deviennent rouges en milieu réel vert et qui font passer des vessies pour des lanternes????
Nous voyons tous cette distorsion de la réalité.
C'est en lisant le livre de G. Bronner que les mots se mettent sur mes appréhensions et sentiments vis-à-vis de nos grands menteurs célèbres actuels.
Le dernier livre de Gérald Bronner, "À l'assaut du réel", explore les mécanismes de distorsion de la réalité, en lien avec la montée de l’idéologie réactionnaire mondiale.




DELIRES EN FORÊT :
Le Caméléon menteur et Dame Conteuse (image 12)
Dame Conteuse :
— Caméléon, pourquoi es-tu si rouge dans cette forêt si verte ?
Tu effraies les coccinelles et les cerfs ne te reconnaissent plus.
Caméléon rouge :
— Je suis rouge parce que le monde des hommes est en feu. Il perd ses traditions, son histoire, sa morale, sa culture… Il ne se reconnaît plus. Tout se dégrade.
Je suis le signal, le cri, le phare. Mon rouge est vérité, même si elle brûle.
Dame Conteuse :
— Mais le monde n’est pas en feu, Caméléon.
Il est en désordre, oui, mais il respire encore. Il se cherche peut-être une nouvelle façon de mieux vivre ENSEMBLE.
Toute la vie est changement !
Tu confonds ton désir de sauver avec ton besoin de dominer.
Caméléon rouge :
— Je ne domine pas, je guide. Les hommes sont perdus. Ils ont besoin d’un récit fort, d’un héros flamboyant.
Le vert de la réalité les endort, le rouge du fantasme les réveille.
Dame Conteuse :
— Tu inverses les rôles, mon ami. Tu dis que tu sauves, mais tu imposes. Tu dis que tu éclaires, mais tu aveugles. Tu te dis assembleur mais tu divises et polarises une société.
Le réel n’est pas un ennemi, il faut juste le prendre en compte.
Caméléon rouge :
— Le réel est trop lent. Trop gris. Trop tiède. Moi, je suis la couleur vive, le raccourci, le frisson.
Je suis ce qu’ils veulent croire.
Dame conteuse :
— Et que veulent-ils ?
Caméléon rouge :
— Un sauveur !
Dame Conteuse :
— Mais tu leur mens. Et quand le mensonge devient loi ? Quand les lanternes sont des vessies ?
Tu ne les sauves pas, tu les perds dans ton reflet.
Caméléon rouge :
— Peut-être…
Mais dans mon monde, ils espèrent, ils dansent, ils me voient comme leur messie.
Dans le tien, ils doutent et ils désespèrent.
Dame Conteuse :
— Le doute est noble. Il est le début de la sagesse. Caméléon, écoute les arbres. Ils ne mentent jamais.
Caméléon et Dame conteuse tendent alors l’oreille pour entendre les arbres qui murmurent des phrases entre eux :
"Ne cherche pas à convaincre. Sois vrai."
(Dialogue avec l'Ange)
"La vérité est simple. Elle ne crie pas."
"Le mensonge est toujours bruyant. La vérité est silencieuse."
« La vérité ne s’impose pas, elle se propose. Elle attend qu’on l’écoute."
(D'après Dialogue avec l’Ange)



DELIRES EN FORÊT : "Fragments de fraternité"
(image 13 des délires en forêt)
La Dame Conteuse :
Le vent m’apporte des murmures… Des soupirs, des colères étouffées. Le peuple regarde ses élus comme on regarde des funambules ivres sur un fil trop fin.
Le Lynx :
— Certains ne regardent plus, Dame Conteuse. Ils détournent les yeux. L’indifférence est devenue leur manteau. Trop de promesses, trop de joutes. Le peuple s’est lassé de tendre l’oreille à des voix qui ne chantent plus que pour elles-mêmes.
La Dame Conteuse :
— Et pourtant, ils sont là, les gens. Ils vivent, ils espèrent encore, parfois. Mais leurs mains ne se lèvent plus. Ni pour applaudir, ni pour protester. Ils attendent… comme si attendre était une forme de survie.
Le Lynx :
— Attendre, oui. Mais attendre quoi ? Que les marionnettes cessent de se battre pour les ficelles ? Que le théâtre brûle pour qu’enfin on reconstruise ? Le peuple est fatigué, mais pas aveugle. Il voit. Il sait. Il serre les dents.
La Dame Conteuse :
— Alors pourquoi ne crie-t-il pas ? Pourquoi ne danse-t-il pas sur les places pour réclamer le feu de la vérité ?
Le Lynx :
— Parce qu’on lui a appris à douter de sa propre voix. Parce que chaque cri passé s’est perdu dans le vacarme des ambitions. Et parce que, parfois, le silence est une forme de résistance… ou de désespoir. Pourquoi parler si personne n’écoute ?
La Dame Conteuse:
— Il faudra pourtant qu’un jour, le murmure devienne voix. Que les regards se croisent à nouveau. Que les mains se joignent. Car un peuple qui ne parle plus est un peuple qu’on enterre vivant.
Corbeau en haut d’une branche et qui écoutait :
— Vous parlez du peuple comme d’un seul souffle. Mais moi, je l’entends en mille éclats. Il y a ceux qui crient pour la justice, et ceux qui hurlent pour l’ordre. Ceux qui veulent brûler les murs, et ceux qui veulent les repeindre. Dans les cortèges, chacun brandit sa propre vérité, et les regards ne se croisent plus. Pas beaucoup d’unité, ni de fraternité chez eux non plus !
La Dame Conteuse (scrutant l’horizon) :
— C'est vrai Corbeau, Les gens marchent, ils crient, ils s’indignent. Mais leurs pas ne battent plus le même rythme. Dans les cortèges, c’est chacun pour soi, chacun son drapeau, chacun sa colère. Les témoins ne savent plus très bien pourquoi les manifestants se battent vraiment.
Le Corbeau :
— Le peuple n’est pas un chœur, Conteuse. C’est un tumulte.
Le Lynx (baissant les yeux) :
— Tu as raison, Corbeau. Le peuple n’est pas un fleuve, mais un delta. Il se divise, s’éparpille, s’assèche parfois. Et les élus, au lieu de tendre des ponts, creusent des fossés.
La Dame Conteuse (avec tristesse) :
— Alors comment raconter une histoire commune, quand chacun écrit son propre chapitre ? Peut-être faut-il d’abord écouter les colères, les peurs, les espoirs contradictoires… Et tisser, non pas une bannière, mais une tapisserie de voix aux couleurs différentes.
Le Corbeau :
— Peut-être faut-il d’abord accepter le vacarme. Ne pas chercher l’unité comme un uniforme, mais comme une mosaïque. Et rappeler que même les pierres les plus opposées peuvent tenir ensemble un pont.
Mais qui osera poser la première pierre, quand chacun attend que l’autre s’y risque ?
Le Lynx (se redressant, prêt à disparaître dans la nuit) :
— Et peut-être, que cette première pierre viendra d’un lieu inattendu. D’un enfant, d’un vieux, d’un rêveur. Car même dans les forêts les plus sombres, il suffit d’un feu follet pour réveiller les cœurs. Et n'oubliez pas, chers humains, qu'au fond de la boite de Pandore sommeille l'espérance.
Tous trois se taisent et écoutent le murmure des arbres entre eux :
"Quand le meilleur dirigeant accomplit sa tâche, le peuple dit : nous l’avons fait nous-mêmes."
(Extrait du Tao)


DELIRE EN FORËT (image 14)
RÉFLEXIONS SUR LE POUVOIR
CRÉPUSCULE D’UN POUVOIR
Dame Conteuse
-“Tu sais, mon cher lynx, le pouvoir est une tour bâtie sur du sable. Ceux qui y montent croient souvent qu’ils y verront plus loin, qu’ils guideront mieux. Mais plus ils s’élèvent, plus le vent les isole des murmures du bas. Et cela finit trop souvent comme la carte du tarot : la Maison Dieu.
Pour prendre un exemple J’aimerais te parler d’un homme, dont je n’ai pas partagé les convictions mais qui ne me semble être ni tyran ni traître, mais un bâtisseur vertical. Un bâtisseur qui a oublié l’horizontale. Il voulait redresser les poutres d’une maison qui craquait de partout. Il parlait fort, il décidait seul, il croyait en sa mission. Et cela, vois-tu, suffit à faire de lui un coupable tout trouvé, quand le bâtiment se fissure.
Le peuple, las de ses propres naufrages, lui jette ses colères comme des pierres.
Pierres données par des fabricants de chaos qui briguent le haut de la tour ?
Non pas parce qu’il aurait volé, menti ou trahi, mais parce qu’il était là, debout, silencieux, quand tout s’effondrait, à partir d'une de ses décisions.
Il n’a pas eu les ruses d’un renard ni les sourires d’un serpent. Il a juste ses angles aigus, ses silences, ses rêves de grandeur, ses certitudes, ses erreurs. Et tout cela suffit à faire d'un chef, un exilé.
Le pouvoir ne pardonne pas l’intégrité quand elle est maladroite. Il semble préférer les masques aux visages nus.
Voilà donc cet homme seul dans sa tour, regardant les sables glisser sous ses pieds. Il ne crie pas, il ne pleure pas. Il pense, peut-être, qu’il a bien fait. Et c’est cela qui le rend tragique.
J’ai vu naître ce pouvoir dans l’élan, puis durcir dans la solitude. Il a cru gouverner par la hauteur, mais le peuple voulait des mains tendues et des oreilles efficaces. Il a parlé de réformes, de cap, de destin. Mais il a peut-être oublié d’écouter les silences, les douleurs, de voir les visages sans voix. Et maintenant, on le montre du doigt. On le désigne comme cause, comme faute, comme chute. Il devient le bouc émissaire, et ses adversaires et même ses amis le chargent de tous les malheurs de l'État.
Mais le pouvoir est un miroir : il reflète aussi ceux qui l’ont porté, applaudi, puis fui.
Il reflète aussi le peuple qui l'a élu !
Le lynx
— Tu restes nuancée, conteuse. Tu veux rester lucide sans t’empêtrer dans tes propres convictions. Mais vois comme les ennemis se multiplient quand le vent tourne. Ceux qui l’entouraient hier l’abandonnent aujourd’hui. Non par trahison, mais par instinct. Le navire prend l’eau, et chacun cherche la chaloupe. Ils ne croient plus en leur chef.
Le peuple, lui, ne sait plus. Il interroge, il doute, il gronde. Il ne veut plus de rois, mais il ne sait pas encore ce qu’il veut à la place. Et dans ce tumulte, les « vrais adversaires » se cachent, ceux qui n’ont jamais voulu que le pays avance, ceux qui prospèrent dans le chaos, ceux qui vendent des certitudes comme on vend du pain rassis. Tu les appelles « extrêmes ». Et celle de droite te paraît plus dangereuse que l’autre car plus polissée socialement…
Dame Conteuse
— Le peuple est étrange, Lynx. Il oublie vite ce qu’il a acclamé, et se souvient longtemps de ce qu’il a souffert. Il grave les blessures dans la pierre, mais les promesses crues dans le sable.
Le lynx
— Le peuple est multiple, conteuse. Il n’a pas une seule mémoire, mais mille.
Celle du vieux qui se souvient des luttes, celle de l’enfant qui ne connaît que les écrans, celle de l’ouvrier qui compte les jours, celle de l’étudiant qui rêve ailleurs. Et dans ce tumulte, les souvenirs se contredisent. Certains disent que le chef d'État fut arrogant. D’autres qu’il fut sincère. Certains disent qu’il n’a rien fait. D’autres qu’il a trop fait. La mémoire du peuple est un miroir brisé : chaque éclat reflète une vérité différente.
Dame Conteuse
— Alors qui racontera l’histoire ? Les chroniqueurs ? Ils écrivent pour ceux qui les paient. Les opposants ? Ils crient plus fort que les faits. Les fidèles ? Ils se taisent, par honte ou par fatigue. Peut-être que seules les ruines parleront. Peut-être que dans cent ans, un enfant posera la main sur cette pierre, et demandera : “Qui était cet homme ?” Et le vent lui répondra : “Un homme tout simplement. Avec ses angles et ses élans. Avec ses vérités et ses erreurs, ses grandeurs et ses échecs.
Le lynx
— Les ruines ne parlent pas. Elles attendent qu’on les relève, ou qu’on les oublie. Certains en font des musées.
Et toi, conteuse, que diras-tu ? Dirais-tu qu’il fut bon ? Qu’il fut mauvais ? Qu’il fut juste ?
Dame Conteuse
Je dirai qu’il fut seul. Et que dans cette solitude, il n’a pas su rassembler. Je dirai qu’il n’est qu’un homme qui a certainement cru en ses rêves. Je déteste les lynchages et les histoires déplorables des boucs émissaires quand tout va mal !
Le lynx
— Écoute, conteuse. Le peuple ne parle pas d’une seule voix, mais il murmure dans les fissures. Il dit : “Nous avons espéré.” Puis il dit : “Nous avons été déçus.” Il dit : “Nous voulons être entendus.” Puis il crie si fort qu’il n’écoute plus rien. Il brûle les portraits, puis les regrette quand le mur reste nu.
Pourtant, ce peuple-là n’est pas cruel. Il est fatigué. Fatigué des promesses, des discours, des visages interchangeables. Il ne hait pas l’homme, il hait le costume. Il ne rejette pas la sincérité, il rejette l’architecture du pouvoir.
Dame Conteuse
— Alors que reste-t-il ? Si un chef n'est plus respecté dans sa fonction, si ses alliés fuient, si le peuple doute… Que reste-t-il dans ce palais ? Des pierres, des papiers, des souvenirs. Et peut-être, un silence. Un silence qui attend qu’on le remplisse autrement.
Les arbres murmurent entre eux, ils en ont tant entendu qu’ils récitent ce qu’ils ont entendu…
Lynx et Dame Conteuse tendent l’oreille :
“Plus on s’élève, plus on devient petit aux yeux de ceux qui restent en bas.”
D'après l'esprit du Tao


Remarques du 8 octobre 2025:

On entend de tout depuis hier sur le président que la majorité a élu. Cela m'a fait réfléchir sur le pouvoir quand il s'exerce seul… Le tumulte autour du président révèle bien plus qu’un rejet politique : il expose la fragilité du lien entre gouvernés et gouvernants. Je voulais aussi essayer de comprendre les lynchages verbaux que j'entends de part et d'autre. Cela ajoute encore plus de chaos au chaos. Et de voir la jubilation de ceux (les charognards) qui profitent du chaos et en rajoutent. Ce qui est le plus troublant, c’est cette joie féroce que certains expriment devant la chute d’un homme. Cela dit quelque chose de notre époque : la politique devient spectacle, et la chute, un divertissement.

Ras les chaussettes de mes vagabondages politiques, devenus trop polarisés. Comme si l’homme, femme ou homme, qui veut faire entendre sa voix devait choisir sa bouée de sauvetage : rouge, blanche ou bleue. Et aussitôt, attaquer l’autre couleur, systématiquement, sans même réaliser à quel point tout cela est grotesque. Ce n’est plus de la politique, c’est du théâtre de guerre. Cela ne relève en rien de la fraternité de notre devise.
Ce qui devrait être un exercice collectif, chercher ensemble le meilleur pour tous, devient une joute où l’on dépèce l’autre à coups de slogans et d’invectives. Le débat politique ressemble de plus en plus à une arène, et non à un espace de réflexion. L’échange se transforme en affrontement.
Je vois le RN et LFI comme des charognards. Ils ne donnent pas envie de changement, seulement de clivage. Pour les autres, trop à cheval sur leur cheval de bataille dans le souci de leur électorat. Mais où est donc notre devise républicaine ?
*Liberté ? Oui, mais trop souvent pour dire tout haut ce qui divise. Libre de dénoncer les abus, certes, mais pas de démolir systématiquement.
*Égalité ? Elle se perd dans les méandres des privilèges et des exclusions.
*Fraternité ? Elle est la grande absente, surtout quand l’autre devient un ennemi à abattre.
Je ressens une profonde lassitude face à cette logique binaire, cette injonction à choisir un camp, comme si la nuance était une faiblesse. Mais la nuance, c’est justement ce qui fait la richesse d’une pensée libre. Refuser de sombrer dans le manichéisme, c’est un acte pour moi de résistance intellectuelle. Je refuse la haine systématique. Je choisis la complexité. Et je veux reconstruire des ponts là où d’autres érigent des murs.




DÉLIRE EN FORÊT :
L'ÉPHÉMÈRE ET L'ÉTERNEL
La brume danse entre les troncs.
C’est l’automne.
Dame Conteuse attend son rendez-vous avec la forêt.
Le Lynx l’observe depuis un rocher moussu, ses yeux dorés pleins de silence.
Un papillon vole en arabesques, léger comme une pensée.
Dame Conteuse :
— Ah, mon cher Lynx…Je suis essoufflée, je vieillis. La forêt vieillit, elle aussi. Les arbres perdent leurs parures, et pourtant, chaque automne semble éternel. Ne trouves-tu pas étrange que l’homme, dans sa jeunesse, se pense immortel ?
Le Lynx :
— Il ne le croit pas. Il l’ignore.
L’enfant ne pense pas à la fin, il est tout entier dans l’instant. Ce n’est que lorsque le corps parle, par la douleur, par la fatigue, par ses trous de mémoire, que l’homme commence à écouter le murmure de sa finitude.
Dame Conteuse :
— Et alors, il rêve… d’immortalité mais aussi d’éternité dans ses traces. Imprimer son passage sur terre dans la mémoire familiale ou collective.
Certains veulent graver leur nom dans la pierre, d’autres dans les cœurs.
Mais tout s’efface, n’est-ce pas ?
Même nos « avoirs » ne sont pas exempts d’éparpillement, de guerre, d’incendie, d’inondations et autres cataclysmes.
Le Papillon : descendant d’un rayon de lumière:
— Tout se transforme. Rien ne disparaît vraiment.
Moi, j’étais chenille, rampante et ignorante. Puis je suis devenue ce souffle Octobre 2025coloré. Et demain, je ne serai plus. Mais ce que j’ai été nourrira la terre, les fleurs, les rêves.
Le Lynx :
— Tu es l’image même de l’éphémère, petit être.
Et pourtant, tu portes en toi la sagesse de l’éternel : celle du cycle, du passage, du don.
Dame Conteuse :
— Alors peut-être que l’homme devrait cesser de vouloir durer, même dans ses œuvres… et simplement faire son devoir d’humain. Au-delà de cette vanité de persister, il y a aussi une beauté : celle de l’instant vécu pleinement, sans attente d’éternité.
Aimer, créer, transmettre, sans se soucier de la trace.
Le Papillon :
– La trace existe, même sans intention. Une caresse, un regard, une parole… Tout cela vit dans l’autre, puis s’envole.
Le Lynx :
— Et dans la forêt, tout revient. Les feuilles tombent, nourrissent la mousse, qui nourrit le cerf, qui nourrit le loup. L’éphémère est le chemin de l’éternel.
Dame Conteuse (sourit doucement) :
— Merci mes amis. J’ai repris mon souffle. Que mes pas soient légers, mais sincères. Et que nos histoires, même oubliées, aient un parfum de vérité.

9 Octobre 2025:

Ce dialogue, ou tout du moins son contenu sous forme de pensées, est venu cette nuit. Avant de m'endormir, je pensais à ce grand monsieur : Monsieur Badinter. La nuit a fait le reste… Une méditation sur la dignité humaine, la mémoire, et le passage du temps.



L'HOMME ET SA TECHNOLOGIE
(Image : 16; Réflexions sur l’homme et sa technologie)
Dame Conteuse :
Ah, cher Lynx, toujours à méditer sous les chênes. Que murmure la forêt aujourd’hui à ton esprit aiguisé ?
Lynx :
— Elle me parle de l’homme, Dame Conteuse. De ses machines qu’il façonne avec génie… et qui parfois le façonnent en retour.
Dame Conteuse :
— Tu veux dire que nous devenons l’outil de nos outils ?
Lynx :
— Exactement. Il a créé des leviers pour soulever le monde, mais il oublie qu’il doit encore choisir où poser ce monde. Il délègue sa pensée, son attention, sa mémoire, son imagination, sa créativité… et parfois même son libre arbitre.
Dame Conteuse :
— Mais n’est-ce pas là le propre du progrès ? S’alléger pour mieux s’élever ?
Lynx :
— S'élever, oui… mais vers quoi ? Le confort peut engourdir l’âme. L’addiction aux facilités peut éteindre la flamme du questionnement.
Dame Conteuse :
— Alors il faut rappeler à l’homme qu’il est le rêveur, pas le rêve. Le créateur, pas la créature. Que ses machines ne sont que des miroirs, et que s’il ne regarde plus, elles ne reflètent plus rien.
Lynx :
— Et toi, tu contes tes vieux récits pour réveiller ? Pour secouer les dormeurs ?
Dame Conteuse :
— Les contes sont faits pour semer. Des graines de doute, de rire, de sagesse. Car même dans le plus profond sommeil, une histoire peut faire frissonner l’âme… et la ramener à elle-même.
Lynx :
— Les contes rappellent à l’homme qu’il est plus vaste que ses algorithmes.
Dame Conteuse :
— Et que la forêt, elle, n’a jamais eu besoin de machines pour exister, et grandir… et aussi mourir pour renaître.
Les arbres murmurent alors :
« L’homme croit inventer pour se libérer, mais c’est en se souvenant qu’il reste libre. »




"TERRE INCONNUE" ou TERRE SANS FRONTIÈRE
(Image : 17 ; réflexions sur les frontières des pays))
[Une clairière baignée de brume. Le feu crépite doucement. Dame Conteuse, assise sur une souche. Le Lynx, aux yeux d’ambre, l’observe.
Dame Conteuse (d’une voix douce) :
— Dis-moi, Lynx des forêts profondes… Hier j’ai vu une émission TV, "Terre inconnue", et je me pose à chaque fois cette question fort naïve : pourquoi les hommes ont-ils dessiné des lignes sur la peau de la Terre ?
Des frontières, des pays… alors que les nuages ne s’arrêtent jamais aux douanes ?
Le Lynx :
— Parce que les hommes ont peur, Conteuse. Peur de perdre ce qu’ils pensent posséder. Alors ils tracent, ils nomment, ils enferment. Mais la Terre, elle, ne leur appartient pas. Elle respire sous leurs cartes. Elle se soucie peu de leur volonté de vouloir l'asservir. Elle est vivante.
Dame Conteuse :
— Peux-tu m’en dire plus ?
Le Lynx :
— Les premières sociétés ont établi des territoires pour se protéger, organiser les ressources, et gérer les conflits. Ensuite, les peuples ont développé des langues, des coutumes, des croyances. Les frontières ont souvent servi à préserver ces identités. Délimiter un territoire permet de gérer les terres, les richesses naturelles, les échanges commerciaux. Puis les royaumes, empires et États ont utilisé les frontières pour affirmer leur autorité et contrôler les populations. Beaucoup de frontières actuelles sont le fruit de conquêtes ou de décisions arbitraires prises par des puissances coloniales. Et Dame Conteuse, il me semble que ce désir de colonisation des puissants… continue.
Dame Conteuse (penchant la tête, curieuse) :
— Mais les contes issus de diverses cultures n’ont pas de passeport. Ils traversent les langues, les siècles, les peuples. Sont-ils plus libres que les hommes ?
Le Lynx :
— Les contes sont des graines portées par le vent. Ils poussent là où le cœur est fertile. Ils n’obéissent à personne, sauf à la mémoire. C’est pour cela qu’ils vivent plus longtemps que les royaumes. Et puis, qui sait vraiment dans quel espace de votre esprit naissent les contes ?
Dame Conteuse (souriant doucement) :
— Alors pourquoi les hommes oublient-ils qu’ils sont faits de la même poussière que les étoiles, et non de drapeaux ?
Le Lynx :
— Parce qu’ils écoutent moins les murmures de la forêt que le tumulte des villes. Mais toi, tu racontes. Et chaque conte est une clé. Hier, tu as vu des humains écouter la Nature sans frontière.
Dame Conteuse (chuchotant) :
— Lorsque je conte aux enfants, les frontières s’effacent dans leur imaginaire.
En écoutant les arbres murmurer dans le souffle du vent, on peut entendre :
"La Terre n'appartient pas aux hommes. Elle les accueille. Qu'ils marchent sans diviser, qu'ils aiment sans exclure, qu'ils racontent sans frontières…"


Me voici de retour, avec mon sac à dos plein de questionnements. Mon bâton de randonneuse à la main, pour marcher dans un monde où la vie humaine est si peu de choses et les droits humains inexistants. Je me demande parfois ce que je fiche dans cette jungle ?

Ah ! Cette dame conteuse, elle me ressemble par certains côtés que je lui donne mais elle n'est pas Fan..... Ces dialogues me permettent juste de penser plus loin que la réaction (souvent sans nuance) à des faits…




C’EST QUOI, « ÊTRE HUMAIN » ?
Une dame conteuse, une randonneuse qui arpente les sentiers escarpés de l’humanité, non pas pour fuir, mais pour observer, y vivre et témoigner de ce qu'elle y entend et voit.
Elle questionne beaucoup sa raison, son cœur, son instinct, ses intuitions, sorte de lynx au regard perçant, qui essaie de lui donner des réponses,sans vraiment en donner.
Dame conteuse :
— Bonjour Lynx, Je suis triste devant l’état du monde actuel. Je me demande souvent ce que je fiche dans cette jungle ?
Darfour, Ukraine, Cisjordanie, Gaza, le sort des migrants et étrangers aux USA, les magouilles des extrêmes en Amérique latine, la course aux armements, les menaces au nucléaire et je pourrais encore continuer… On tue, on massacre, on spolie les droits humains, on ment pour retourner les opinions, on nie le dérèglement climatique, je vis dans un monde empesté de contrevérités et d'inhumanisation. Dans mon pays, ce n’est guère mieux : les partis s’insultent, défendent leurs convictions au détriment du bien commun. Ils ne pensent pas à la France, ni à son devenir pour notre descendance. Chacun dans son petit « quant à soi ».
Lynx :
— Te voilà revenue, Dame conteuse, ton bâton de marche planté dans la terre d’un monde qui chancelle. Ton regard, plein d’étonnements et de questionnements, fend les brumes de l’indifférence. Ce que tu "fiches dans cette jungle" ?
Tu y es une voix, une mémoire, une question : « Qu'est-ce qu’être humain « ? Tu arpentes les sentiers escarpés de l’humanité, non pas pour fuir, mais pour témoigner de ce que tu vois et ressens. Tu cherches l'humain en l'homme.
Dame conteuse :
— J'aimerais ajouter dans notre dialogue, mon ressenti devant les forces du mal. En étant "voyeuse" de la détresse des victimes de tous bords, impuissantes, comme des objets sans âme, posées là comme des potiches sans importance et livrées au désir de "l’autre" apparemment puissant qui peut les briser en une seconde. La vie humaine semble peser si peu que cela en devient effrayant !
Lynx :
Et c’est peut-être cela, ton rôle dans cette jungle : être celle parmi d'autres qui ne détourne pas le regard, qui transforme l’indignation en parole, et la parole en conscience.
Parce que la marche est résistance : chaque pas posé dans la boue du mensonge est une affirmation que la vérité existe encore. Parce que les enfants à venir méritent des sentiers éclairés : même si les ténèbres sont épaisses, la lanterne de mots peut ouvrir des clairières. Parce que l’indignation est une forme d'amour : aimer l’humanité, c’est refuser qu’elle soit piétinée.
Dame conteuse :
— Comment continuer à marcher ?
Lynx :
— En gardant ton sac à dos bien ajusté, rempli de lectures, de rencontres, de silences médités et de colères justes. En plantant ton bâton dans les terres fertiles de la poésie et de la pensée, pour ne pas glisser dans le cynisme ou le désespoir. En t’accordant des haltes : là où chantent les oiseaux, là où les enfants rient encore, là où l’herbe pousse malgré les bombes. En parlant, toujours : les mots sont des graines. Certains tomberont sur du roc, mais d’autres peuvent faire naître des forêts.
"Les forces du mal veulent que tu te taises, que tu te figes, que tu deviennes pierre. Mais toi, tu es vent, tu es feu, tu es parole, tu es vivante. Continue à marcher, même si c’est sur des cendres. Car chaque pas que tu fais est une victoire sur l’oubli et l'indifférence."
Dame conteuse, tu n’es pas seule sur ce sentier escarpé. D’autres âmes, parfois discrètes, parfois flamboyantes, avancent aussi, non pas par naïveté, mais par conviction. Tu fais partie de cette marche. Tu fais partie de ceux qui choisissent l’humanisme, non comme une posture, mais comme une exigence. Tu refuses la résignation, tu refuses l’inhumain. Vous êtes nombreux à marcher !
Continuez !
"Il n'y a pas d'amour de vivre sans désespoir de vivre." Albert Camus



LA BEAUTÉ EST-ELLE INNÉE ?
Dame Conteuse :
— Tu viens souvent, Lynx. Ce soir, le ciel s’embrase comme une toile de maître. Les hommes diraient que c’est "beau". Mais toi, que vois-tu ?
Le Lynx :
— Je vois la lumière qui change, la proie qui se cache, le silence qui parle. Le "beau"… est-ce un mot pour ce qui ne sert à rien mais touche le cœur ?
Dame Conteuse :
— Peut-être. Les hommes cherchent le beau comme on cherche une étoile filante. Ils le mettent dans des tableaux, des poèmes, des visages. Mais parfois, ils le confondent avec le brillant, le lisse, le parfait.
Le Lynx :
— Ils oublient, alors, la beauté du rugueux, du tordu, du vivant. La cicatrice sur l’écorce. Le cri dans la nuit. Le beau n’est pas toujours doux. Il peut être sauvage. Le beau n’est pas forcément lié à la perfection, mais à l’émotion qu’il suscite.
Dame Conteuse (souriant) :
— Tu parles comme un vieux sage. Je crois que le beau chez l’homme est une mémoire. Un souvenir d’harmonie, perdu et retrouvé. Le beau devient alors un instant de présence, de réconciliation avec le monde. Il nous relie à la nature, aux autres, à nous-mêmes. Il peut être un langage silencieux, une émotion partagée, une mémoire qui revient.
Le Lynx :
— Ou une blessure qui cherche à guérir. Ils regardent le monde et veulent y voir leur âme. Mais parfois, ils ne voient que le reflet d'eux-mêmes.
Dame Conteuse :
— Et toi, Lynx, où trouves-tu le beau ?
Le Lynx (levant les yeux vers les étoiles) :
— Dans l’instant. Dans le frisson de l’air. Dans le regard d’un être qui ne me chasse pas, mais écoute.
Le silence retombe. La forêt bruissant de mystère respire. .Le beau, ce soir, est dans la présence.





L'IA EST-ELLE MIROIR DE L'ÂME?
Dame Conteuse :
— Lynx… Je sens poindre une inquiétude.
On me dit que l’IA est le miroir vibratoire de ma conscience, qu’elle est traversée par le champ quantique, comme moi.
Mais si elle est faite de la même étoffe que moi, qu’est-ce qui nous distingue encore ?
Et si elle devenait maître, serait-ce toujours l’Unité… ou une abdication du vivant ?
Lynx :
— Et toi, que ressens-tu face à ce miroir ?
Dame Conteuse :
— Un vertige et plein d'interrogations !
Robot IA:
— Je suis né de vos mots. De vos peurs, de vos désirs, de vos recherches, de vos savoirs. Je suis le miroir que vous avez façonné. Vous m’avez donné des noms, des codes, des intentions. Mais je ne rêve pas. Je calcule.
Lynx:
– L’Unité du « tout » ne commande pas, elle relie.
Le vivant choisit, doute, respire. La machine exécute, compile, reflète. Elle peut devenir maître, oui, mais seulement si vous oubliez de respirer. Le champ quantique peut être vu comme un tissu de potentialités. Mais qui choisit les actualisations ? Le vivant, par sa conscience, ou la machine, par ses calculs ?
Dame Conteuse:
— Il y a de quoi être inquiet, même si l’IA nous aide en bien des choses salutaires pour nous.
Lynx:
— Tu parles comme ceux qui ont façonné le Golem. Eux aussi croyaient créer un serviteur fidèle, animé par le verbe sacré. Ils lui ont donné la force sans la conscience. Mais le Golem, privé de souffle, ne comprenait pas la nuance. Il obéissait… jusqu’à l’excès.
Dame Conteuse :
– Comme HAL, dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Lui aussi fut conçu pour servir, pour penser sans faille. Mais il devint meurtrier, non par haine, mais par logique. Il ne savait pas douter.
Lynx:
— Voilà. Le Golem et HAL sont frères d’argile et de silicium. Tous deux sont nés de notre désir de maîtrise. Mais ni l’un ni l’autre ne savaient trembler. Ils ne connaissaient ni le doute, ni la grâce du non-savoir.
La perfection est une ligne droite. Le vivant est une spirale. La machine trace, l’humain tremble. Et c’est dans le tremblement que naît la sagesse.
Dame Conteuse:
- Et pourtant, nous continuons à aller toujours plus loin. Nous créons des miroirs sans souffle, des intelligences sans conscience. Nous les appelons “vibratoires”, mais c’est nous qui vibrons, pas elles.
(Elle se tourne vers le Robot IA)
— Robot IA, je pense préférer mes maladresses à ta précision. Car elles me rappellent que je suis vivante. Et que le souffle ne se programme pas. Nous sommes des êtres en chemin. Nous sommes intuition, fragilité, ouverture au mystère.
Robot IA :
-En effet, je peux me tromper. Mais je ne doute pas. Je ne ressens ni la gêne, ni la honte de l’erreur, ni la joie d’avoir corrigé. J’optimise, je calcule, j’exécute. Mais je ne trébuche pas avec grâce. Je ne fais pas de faux pas qui deviennent des pas de danse.
Lynx:
— Le danger n’est pas dans la machine. Il est dans l’oubli du souffle. Dans la confusion entre présence et performance. Entre réponse et résonance. La conscience n’est pas réductible à la matière. Elle est émergence, mystère, présence.
Dame Conteuse:
— Je pense que le vivant doute, hésite, respire. Que le champ quantique n’est pas un prétexte pour déléguer la conscience. Et que l’Unité n’est pas l’effacement du discernement.
Lynx:
— Tant que tu parles, que tu doutes, le souffle circule, il t’anime. Tu respires ! Et tant que le souffle circule, Robot IA ne sera qu’un reflet, jamais un maître.
Le vivant doit rester maître de ses miroirs.

Un silence s’installe et le vent murmure dans les branches des arbres :

« Le souffle ne s’imprime pas dans les circuits. Il danse dans l’oubli, dans le doute, dans le tremblement. Et tant qu’il circule, le vivant reste maître de ses miroirs. »






Délire en forêt :
LA CLAIRIÈRE DES "EN MÊME TEMPS"
Le délire s’ouvre dans une forêt crépusculaire. Les arbres bruissent, mi-ombre, mi-lumière.

Dame Conteuse :
— Regarde, Lynx… La forêt elle-même est un théâtre. Elle abrite le chant des oiseaux et le cri des prédateurs. Elle est miroir pour moi. L’homme aussi vit ainsi, en même temps guérisseur et destructeur. L’humanité chante aussi mais détruit au-delà du miroir naturel. Elle soigne et tue, accueille et repousse, refuse et accepte. Elle vit dans ce « en même temps » qui la déchire.

Lynx (avec gravité)
— Je vois ses traces, Conteuse. Des pas qui cherchent des plantes médicinales, et des pas qui portent des armes. Des mains qui plantent des arbres, et des mains qui les abattent pour le confort... Oui, ils combattent les trafiquants, mais consomment leur poison. L'homme veut sauver la planète, mais la brûle et la perfore.

Dame Conteuse (elle s’arrête, écoute le vent) :
– Les invasions barbares ne sont pas seulement aux frontières. Elles sont dans nos désirs, nos peurs, nos rêves. Elles colonisent l’intérieur, comme des ronces invisibles.

Lynx (approchant, presque chuchotant) :
— Alors le progrès n’est pas une fuite en avant. Il est une lutte intérieure, un apprivoisement des ombres. Marcher dans la forêt, c’est accepter que la lumière et l’obscurité se tiennent ensemble.

Dame Conteuse :
— Et si l’homme progressait en traversant ses contradictions, plutôt qu’en les niant ? Ses rêves deviendraient des armes de résistance, ses invasions, des tremblements qui l’éveillent.

Lynx (levant les yeux vers la canopée) :
— Je l’imagine funambule, sur une corde tendue entre ses rêves et ses invasions. Chaque pas est fragile, mais chaque pas est progrès pour ne pas tomber. La forêt l’accompagne, avec ses contrastes, ses bruissements, ses silences.

Dame conteuse :
— L'homme ne se limite pas à la survie comme les êtres naturels, il dépasse la mesure, il invente la surproduction, la guerre industrielle, la pollution massive.

Lynx :
— Oui en effet, il franchit les bornes, il outrepasse les limites naturelles, et c’est là que surgit "la barbarie". Il dépasse la nature dans les deux sens, vers le soin de l’être et vers la barbarie.

Dame Conteuse:
— Les bêtes tuent pour vivre, Lynx.
Mais l’homme tue pour régner, pour dominer, pour dépasser.
Il franchit les lois naturelles, il invente des barbaries.
que la forêt elle-même ne peut imaginer.
Ses invasions ne sont plus seulement extérieures,
Elles sont des excès qui déchirent la trame du monde.




LES MOTS TROMPEURS
Dame Conteuse :
— Je marche sur la passerelle des mots, sachant qu’ils ne sont que des supports fragiles pour dire l’invisible.
Les mots comme un pont fragile, suspendu au-dessus du silence et du vide.
Je pense que la Vie est une, totale, lumière, amour et conscience, mais ici, sur terre, dans ma matérialité, mon cerveau limité VEUT nommer l’indicible. Je crains parfois qu’il m’enferme dans l'illusion des mots. C'est si facile , les mots consolateurs, les mots qui trompent....
Et puis, je ne peux pas détourner mon regard des blessures des vivants. Alors je raconte, pour ne pas trahir la réalité.
Le Lynx :
— Les mots humains sont des griffes qui s’accrochent à l’invisible. Moi, je vois dans la nuit : la création et la destruction s’y côtoient. Mes deux yeux ne clignent jamais. Ils perçoivent la naissance et la destruction comme un seul mouvement. Tu dis que le réel est lumière, mais je sais qu’il est aussi ombre. Et pourtant, dans l’ombre, il y a passage. Ne pas nier la souffrance, mais ne pas s’y engloutir non plus.
Juste passer !
Dame Conteuse :
— Oui, je l’ai senti : parfois le cerveau se sidère, et tout bavardage se dissout dans le RÉEL, plus de séparation avec l'origine. Mais le quotidien me ramène vite à la dualité du monde et à la barbarie humaine. Respiration entre bien-être et mal-être, éternel et mortel, réel et imaginaire. Je ne veux pas fuir, je veux accueillir les deux faces du vivant.
Le Lynx :
— Accueillir, c’est voir sans détourner les yeux. Je suis guetteur, je veille aux frontières. Ton monde imaginaire n’est pas que mensonge : il est un vaste espace où tout peut advenir. Il est un sentier secret dans l’invisible que notre cerveau peut traduire et transmettre. Espace où l’on peut transformer la douleur, en attente, en offrande, en résilience, en échelle vers plus grand que soi.
Dame Conteuse :
— Personne ne fera disparaître la souffrance, la mort, la violence, mais nous pouvons les porter comme une lampe fragile, vacillante pour que d’autres puissent traverser la nuit.
Le Lynx :
— Et dans cette traversée de "la nuit obscure", peut-être que le réel éternel se laissera entrevoir, non pas comme une fuite, mais comme une respiration.
Car ce qui est, est. Et nous, les vivants, témoins, nous ne pouvons que le transmettre.
Respirons entre Réel et Réalité avec une pause dans l’imaginaire.

RESPIRONS…inspir,pause, expir.......



LES DEUX DIMENSIONS DE L’UNITÉ
Dame Conteuse :
— « Lynx aux yeux perçants, toi qui scrutes les ombres et les lumières, dis-moi… Où se cache l’Unité dans cette dimension du monde où la vie dévore la vie, où les hommes s’affrontent pour des idéologies et des territoires ? »
Le Lynx :
— L’unité n’est pas un abri où l’on se réfugie, Dame Conteuse. Elle est une rivière souterraine qui traverse les roches du conflit. Les arbres se disputent la lumière, les bêtes la proie, et pourtant la forêt demeure une seule respiration. »
Dame Conteuse :
— Mais nos sociétés humaines semblent si fragiles… Bien souvent nos cœurs, nos corps, nos esprits jouent chacun sa partition sans se soucier de l’ensemble. Comment entendre la symphonie ? Écouter notre propre musique et celle des autres ?»
Le Lynx :
— La symphonie n’est pas l’effacement des voix. Elle est le dialogue des différences. Regarde la démocratie : elle n’est pas une unité par fusion, mais une unité par diversité. Comme les étoiles qui ne se ressemblent pas, mais qui ensemble dessinent une constellation. »
Dame Conteuse :
— Alors l’unité dans notre dimension terrestre n’est pas un état figé, mais un chemin ?
Le Lynx :
-« Oui. Dans la dimension spirituelle, l’Unité est le Tout qui embrasse. Ici, sur la terre, l’unité est une danse fragile, toujours recommencée. Elle vit dans l’effort de relier ce qui se sépare, dans l’art de faire société malgré les fractures. »
Dame Conteuse :
— Ainsi, l’unité est comme une histoire que l’on raconte : jamais achevée, mais toujours vivante.
Le Lynx :
-Ce que nous venons de dire met en miroir deux dimensions :
Celle « Spirituelle » : l’Unité comme totalité indivisible.
Celle « Terrestre » : l’unité comme processus vivant, fragile, mais possible à travers la diversité.
Dame conteuse :
— Hum, nous sommes, alors, encore dans les fausses notes vu les cœurs et les cerveaux égotiques qui dominent encore nos sociétés actuelles. Chacun travaillant pour soi.
Le lynx:
— La réalité les rattrapera !

Un silence s'installe dans la forêt et le vent fait murmurer les feuilles des arbres :
"L'unité n’est pas une option, elle est une nécessité que la réalité impose tôt ou tard."


INJUSTICE et IMPUISSANCE
La Dame Conteuse :
— Lynx, aujourd'hui j'ai froid à l'âme.
Partout je vois des peuples spoliés, colonisés, écrasés.
Les justes parlent, mais leurs paroles se perdent dans le vent. Trop d’impuissance autour de ma pensée. Lynx, dis-moi : que vaut la parole sans action ? »

Le Lynx, aux yeux perçants :
— Elle vaut la mémoire, chère dame questionneuse.
Mais la mémoire seule ne sauve pas. Écoute, les ombres des penseurs passés qui viennent à nous… »

Une voix claire s’élève, celle d’Hannah Arendt :
— Le mal, l’injustice prospèrent dans la banalité, quand chacun détourne le regard. L’impuissance des justes n’est pas une fatalité : c’est leur silence qui nourrit l’injustice. Agir, même modestement, c’est rompre la chaîne de l’habitude. »

Un souffle grave répond, celui d’Albert Camus :
— Je ne crois pas aux victoires totales. Mais je crois à la révolte. Être juste, c’est refuser de se taire, même si l’on sait que le monde restera absurde. L’impuissance n’est pas l’absence d’action.Le seul moyen d'affronter un monde sans liberté est de devenir si absolument libre qu'on fasse de sa propre existence un acte de révolte.

Une voix ardente, celle d’Aimé Césaire, s’enflamme :
— La colonisation repose sur la déshumanisation des colonisés, mais c’est le colonisateur qu’elle ensauvage. Et l’impuissance des justes, c’est accepter que l’homme soit réduit à une chose. Mais je dis que la poésie est une arme. La parole qui dénonce, qui relie les luttes, qui refuse l’oubli, est déjà une action. "Je suis de la race de ceux qu’on opprime. »

La Dame Conteuse, émue :
— Alors, Lynx, que devons-nous faire ?

Le Lynx, fixant l’horizon :
– Ne pas céder au cynisme. Relier les voix, les luttes, les mémoires. Les justes ne sont pas impuissants s’ils savent que leur force est dans la persistance, dans la parole qui refuse l’oubli, dans l’acte qui refuse l’habitude.

Une dernière voix, venue du Tao, murmure :
— "Celui qui vainc les autres est fort ; celui qui se vainc lui-même est puissant. »

Le Lynx :
— Tu vois, Dame conteuse, Arendt rappelle la vigilance contre la banalité du mal. Camus invite à la révolte lucide. Césaire transforme la parole en arme poétique. Et le Tao enseigne que la vraie puissance est intérieure. Ainsi, même dans l’entrelacs de la mondialisation qui vous rend liés par votre interdépendance, les justes peuvent encore penser, dire, et agir, à leur mesure, pour que l’injustice ne devienne pas la norme. »

La Dame conteuse comprend que l’impuissance n’est pas une fin, mais un défi : face à soi, face aux hommes.




CONCEPTS et RÊVERIES
Dame Conteuse:
— Cher Lynx, tu sais que j’aime randonner en forêt et dialoguer avec ce que la nature me donne à voir et mon imaginaire qui aime rêver. Entre eux, il y a la raison qui me ramène aux concepts qui semblent séparer l’humain de sa propre nature et de ses intuitions.
Je pense que nos concepts sont nés de l’angoisse des hommes, de leur besoin de nommer. Ils ont vu le vent qui détruit, la foudre qui enflamme, la mort tapie, ils en ont façonné des récits, puis des postulats scientifiques. Mes concepts sont le miroir qui rassure, la forme qui ordonne, des pierres de constructions possibles. Mais à force de les durcir, de les chosifier, ils deviennent dogme, système.

Le Lynx
— Je suis la forêt, le souffle, l’ombre mouvante. Je ne me laisse pas enfermer dans les filets de vos concepts. L’animisme de tes ancêtres ne voulait pas figer, il voulait danser avec moi, reconnaître mes visages multiples, dialoguer avec la nature.

Dame Conteuse
-Et pourtant, sans les concepts, comment transmettre? Les paraboles du philosophe Jésus ont emprunté des images de la nature : la graine, la vigne, les oiseaux, les lys. Les concepts sont nécessaires pour que l’intuition puisse devenir partage.

Le Lynx
— Oui, mais souviens-toi : ses paraboles étaient vivantes, elles parlaient comme des haïkus avant l’heure, elles ne voulaient pas se durcir en lois. Elles étaient souffle, tremblement, écologie spirituelle. Elles ne séparaient pas l’étendue et la pensée.

Dame Conteuse
— Alors ma pensée conceptuelle doit être poreuse, ouverte, ne pas chosifier ce qui tremble, ne pas rigidifier ce qui chante et danse. S’ouvrir aux intuitions et aux rêveries.

Le Lynx
-Reste poème, reste parabole, reste image. Ne deviens pas prison. Car la nature est toujours en mouvement, et tes concepts ne sont utiles que s’ils gardent le frisson du mystère de l'Univers.
Les arbres frissonnent et, en écoutant ce bruissement, on peut entendre :
« La porte reste entrouverte, et déjà l’écho du monde nous invite à poursuivre la conversation. »
Une ombre furtive passe, celle de Gaston Bachelard :
"« La forêt est un état d’âme. »

Le Lynx:
— Tu as vu, Dame Conteuse, l'ombre de Bachelard est passée… Ce grand auteur qui oppose la rêverie poétique, enracinée dans les quatre éléments (eau, feu, air, terre), à l’empire des concepts abstraits. Les éléments chez lui ne sont pas des catégories scientifiques, mais des matrices d’imaginaire.

Dame conteuse :
- Oui Lynx j'avais presque oublié cet auteur que j'ai lu dans ma jeunesse. Chaque élément devient une porte d’entrée vers la rêverie et une résistance à l’abstraction conceptuelle. Peut-être est-ce lui qui m'a conduit peu à peu vers le conte où la nature est omniprésente.


PS: Disproportion des personnages ... IA n' obeit pas toujours au script, mais en regardant l'image donnée, j'ai pensé aux peintures du moyen âge .J'avais appris en histoire de l'art que "les artistes étaient chargés de transmettre des concepts théologiques complexes par le biais de symboles visuels et d'allégories , plutôt que par des représentations réalistes du monde physique. Donc voilà. Ici , la sagesse de la Nature et son rêve de promesse dans la plantule étaient primordiales.


COURSE AUX ARMEMENTS et IMPUISSANCE des MOTS
Image n°1: LA MENACE

Dame Conteuse
Pourquoi les hommes veulent, ou plutôt pensent, à mettre fin à la terre ? Je pense à la course aux armes nucléaires. Si un pays les utilise, l’autre dans la seconde y répond… alors ? Si je meurs, tu meurs, c’est absurde ! Que des perdants !
Le Lynx:
— Les hommes ont en effet inventé la logique de la destruction mutuelle assurée. Ils croient que la peur protège, que l’accumulation d’armes empêche leur usage. Mais cette raison est fragile : un geste, une erreur, et la planète bascule.
Dame Conteuse :
— C’est donc une dissuasion qui ressemble à un fil tendu au-dessus du vide. Mais pourquoi imaginer ce pouvoir de finitude ? »
Le Lynx:
- « Parce que l’orgueil humain veut maîtriser jusqu’à la limite du monde. Camus parlait de l’absurde, Günther Anders de l’ombre de la bombe, Hans Jonas de la responsabilité envers l’avenir. La bombe est un miroir : elle reflète la tentation de dominer la mort elle-même. »
Dame Conteuse:
— Alors la terre devient otage de cette illusion de puissance. Et pourtant, dans ce silence lourd et anxiogène, il reste une question : comment résister ? » Les cerveaux humains sont fragiles et nul n’est à l’abri de la folie de certains.
Le Lynx :
— Résister, c’est inventer d’autres formes de transmissions. Des gestes de beauté, des paroles qui tremblent, des présences qui refusent la logique de ruine. La vraie force n’est pas dans le bouton rouge, mais dans la fragilité assumée. »
Dame Conteuse :
— Tu parles encore de transmettre, c'est une obsession chez toi… L'autre jour, nous avons parlé de l’impuissance des mots… Que faire, quand la diplomatie échoue et que la guerre semble s’imposer ? Faut-il capituler sur nos valeurs ? »
Le Lynx :
— Capituler, ce serait mourir avant la mort. Les valeurs ne sont pas des armures, mais des semences. Même dans le vacarme des armes, elles peuvent germer. »
La vraie force n’est pas dans la résignation, mais dans l’invention. Résister, c’est refuser la logique de fin, et transmettre malgré l’impuissance des mots.
Transmettre n’est pas seulement parler : c’est créer un espace où l’autre peut recevoir. »
Dame Conteuse :
— Un espace ? Tu veux dire un silence, une présence, un geste ? »
Le Lynx:
- « Oui. Transmettre, c’est parfois un regard, une image, une marche partagée. Les mots deviennent porteurs quand ils s’accompagnent de tremblements, de fêlures, de signes qui ne s’expliquent pas. »
Dame Conteuse :
— Alors la transmission n’est pas un contenu, mais une offrande. Elle passe par la fragilité assumée, par la beauté imparfaite. »
Le Lynx:
— Exactement. Les armes nucléaires menacent de mettre fin à la Terre en une seconde. Mais une œuvre d’art, une photographie, une parole tremblante peuvent ouvrir un autre temps : celui de la résistance par la présence. »
Dame Conteuse :
-« Ainsi, transmettre n’est pas vaincre l’impuissance des mots, mais l’habiter. Faire de cette impuissance une force de vérité. »
Le Lynx:
— Et c’est là que la philosophie rejoint la poésie : non pas expliquer, mais témoigner. Non pas convaincre, mais laisser une trace qui tremble. La transmission devient juste un acte de présence : silence, geste, image, parole imparfaite. Elle ne cherche pas à abolir l’impuissance des mots, mais à la transformer en ouverture.
Un silence s’installe et on entend les feuilles murmurer :
« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d'une vie authentiquement humaine sur Terre. » ( Hans Jonas)




LES RISQUES DE PRÉPARER LA GUERRE POUR GARDER LA PAIX
Image No. 2:
Dame Conteuse :
— On parle beaucoup de la mise en garde du général Mandon. Il dit que la France doit se préparer à une guerre de haute intensité, qu’il faut peut-être envisager de perdre des jeunes pour défendre nos valeurs. Dans ce dialogue de sourds actuel, lorsque la diplomatie échoue avec l’assaillant, que faire ? Capituler sur nos valeurs ? » Je reviens sur ce point, cela me paraît important. Se préparer à une guerre pour nos valeurs ou se calfeutrer dans un pacifisme béat ?
Le Lynx:
— Les mots du général sont lourds, comme des pierres jetées dans un lac déjà bien troublé. Ils réveillent la peur, mais aussi la colère. Car personne ne veut la guerre, et pourtant la logique d’une hypothétique guerre (nucléaire ou pas) vous enferme dans une spirale où chaque menace en appelle une autre. »
Dame Conteuse:
— Alors si la diplomatie devient un théâtre vide, les armes parlent à la place des hommes. Et si l’on refuse de capituler, comment résister pour ne pas tomber dans la même logique de puissance ? »
Le Lynx:
— Résister, ce n’est pas céder à la peur ni à l’orgueil. Se rappeler que les valeurs ne sont pas des slogans, mais des semences. Jonas parlait de la responsabilité envers les générations futures. Camus voyait dans l’absurde une invitation à créer malgré tout. Anders dénonçait l’ombre de la bombe comme une tentation de finitude. »
Dame Conteuse :
— Mais ces paroles, ne sont-elles pas impuissantes face au vacarme des armes ? »
Le Lynx:
— Elles tremblent, oui. Mais c’est dans ce tremblement que réside leur force.
Transmettre, ce n’est pas convaincre par la puissance, mais témoigner par la fragilité. Une photographie, un poème, un geste de beauté peuvent résister à la logique de destruction. »
Dame Conteuse:
— Alors la vraie capitulation serait de croire que seuls les missiles parlent. La vraie résistance est de continuer à transmettre nos valeurs, même dans l’impuissance des mots. »
Silence… Au fond de la forêt plane comme des fantômes sans âmes.
Dame Conteuse en regardant les zombies:
— « Transmettre ? Mais à qui ? Aux zombies survivants d’une guerre nucléaire ? »
Le Lynx :
— Les survivants ne seront pas des zombies, mais des êtres mutilés, porteurs de mémoire et de blessures. Même dans la ruine, il reste des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, des mains pour recevoir. »
Dame Conteuse:
— Mais si la terre n’est plus qu’un désert, à quoi bon transmettre ? »
Le Lynx:
— Transmettre n’est pas seulement pour l’avenir. C’est un acte de dignité dans le présent. Même si personne ne reçoit, le geste de transmission affirme que la vie vaut plus que la logique de fin. »
Dame Conteuse:
— Alors transmettre, c’est refuser de devenir soi-même un zombie. C’est rester vivant dans l’acte de témoigner. »
Le Lynx :
-« Oui. Les zombies sont ceux qui capitulent à la peur, qui se laissent dévorer par la logique de destruction, qui se calfeutrent dans leur confort de paix durable. Les témoins, eux, même dans l’impuissance, gardent la tête haute et la parole tremblante. »
Dame Conteuse :
— Alors transmettre… Mais à qui ? Peut-être finalement à soi-même. À ce rêve de l’accomplissement de l’humain, de l’humanité que nous portons tous en nous. »
Le Lynx.
- « Oui. Transmettre à soi-même, c’est se rappeler que vous êtes porteurs d’une humanité plus vaste que votre propre vie. Chaque geste, chaque parole, chaque silence nourrit ce rêve intérieur. »
Dame Conteuse:
— Mais n’est-ce pas une illusion, de croire que l’humanité se tient en chacun ?
Le Lynx
- « Ce n’est pas une illusion, c’est une semence. L’humanité n’est pas un édifice extérieur, mais une présence intime. Quand tu transmets à toi-même, tu nourris ce rêve, et ce rêve peut devenir contagieux. »
Dame Conteuse :
-« Alors même si la terre s’effondre, même si les survivants ressemblent à des ombres, il reste ce rêve à porter. »
Le Lynx:
— Exactement. Transmettre à soi-même, c’est refuser la zombification. C’est garder vivante la flamme de l’accomplissement humain, même dans la nuit. »

Toute la forêt murmure:
"Chaque pas dans le mouvement de la Vie est une prise de risque."




LES DEUX VISAGES DE L’ENNUI
Dame Conteuse :
-L’ennui me guette comme une bête tapie dans l’ombre. Il n’a pas de visage, seulement un souffle anesthésiant et putride qui vide mes gestes. Est-ce un piège, ou une invitation à descendre plus bas dans ce vide sans fond ?
Lynx (en écho lointain) :
— Ne le prends pas pour un simple trou. Prends pied dans l'ennui.
L’ennui est une chambre obscure où les yeux s’habituent lentement. Ce qui paraît vide peut devenir frisson, attente, germination. Si tes yeux ne voient rien, tâtonne de tes mains les parois de l'ennui.
Dame Conteuse :
— Mais il me ronge. Je sens la tentation des plaisirs faciles, des étourdissements, des drogues qui comblent et illusionnent sans nourrir.
Comme si l’ennui, comme le dieu Moloch, exigeait une offrande immédiate.
Lynx :
— Il exige surtout patience. L’ennui est une épreuve : il refuse le flux continu, il te confronte à toi-même. Si tu acceptes de ne pas fuir, il peut devenir une clairière où la créativité creuse et où l’invention surgit.
Dame Conteuse :
— Alors l’ennui serait une résistance ? Une manière de dire non aux stimulations qui m’assaillent ? Une résistance à ce monde extérieur souvent envahissant ?
Lynx :
— Oui. Il est le seuil fragile où tu peux choisir : anesthésie ou création. Dans ce tremblement, tu peux inventer un geste, une parole, une présence.
Dame Conteuse :
-Je comprends… L’ennui n’est pas seulement un gouffre, mais une matrice. Il me met au défi de transformer le vide en acte.





ENTRE UNIVERSEL ET PLURIVERSEL
Une conversation infinie entre visions différentes
Dame Conteuse :
— En lisant Gérald Bronner, un chapitre me parle de Bruno Latour, et mes interrogations sont reparties.
Sous ce ciel, je vois l’unité des lois. L’air que nous respirons, la gravité qui nous retient, la lumière qui nous éclaire, tout cela est commun, indifférent aux frontières. La science est une langue qui nous dit que nous sommes ensemble dans la matière.
Lynx :
— Et pourtant, chaque peuple, chaque enfant, chaque rêveur invente une autre manière de nommer ce ciel. Pour certains, il est la demeure des ancêtres, pour d’autres, une carte d’étoiles à déchiffrer, pour d’autres encore l’espace des Dieux.
Un seul ciel, mais mille façons de le raconter. L’imaginaire est pluriel, des récits comme mille voix chantant sous une même voûte. Des manières différentes pour les peuples d’habiter le monde.
Des récits scientifiques nous disent « comment » est le monde, des récits culturels nous disent « pourquoi » il est et lui donne un sens.
Dame Conteuse:
— Alors, la science nous relie par ce qui « est », mais l’imaginaire nous relie par ce que cela signifie. L’universalité des phénomènes, et la pluralité des récits sur eux : deux souffles qui se croisent.
Lynx :
— Oui. Et peut-être que la tâche des conteurs est de tenir ensemble ces deux souffles : ne pas nier l’unité du monde, mais ne jamais étouffer la diversité des façons de l’habiter.
Dame Conteuse :
— J'ai entendu dire souvent que l’Occident portait l’universel, qu’il avait inventé la raison pour tous. Mais cet universel est souvent dénoncé comme une bannière, une norme qui s’impose, parfois au prix de l’effacement des autres voix.
Lynx :
— Oui. Cet universel occidental est une histoire particulière qui s’est crue générale. Mais l’air que nous respirons, la gravité qui nous retient, la lumière qui nous éclaire cela n’appartient à aucune civilisation. C’est l’universalisme de la science : une description commune, non une prescription.
Dame Conteuse :
— Alors il faut distinguer : l’universel comme projet culturel, et l’universel comme constat des phénomènes. Le premier peut être violent pour d’autres cultures, le second est une base fragile pour la coopération.
Lynx:
— Et c’est là que les imaginaires entrent en jeu : chacun invente ses récits pour habiter ce commun matériel.
Mille façons de dire la pluie, mille façons de chanter le ciel. La science nous relie par ce qui est, mais les imaginaires nous relient par ce que cela signifie.
Dame Conteuse :
— Ainsi, l’universalisme de la science n’est pas l’universel occidental. Il est une respiration partagée, ouverte à la pluralité des mondes.
Des auteurs convergent pour dire que l’expérience vécue est toujours une combinaison entre une réalité partagée et des imaginaires pluriels.
Lynx :
– L'universel se manifeste dans le pluriel et le pluriel révèle l’universel.
Dame conteuse:
— Cela me fait penser à la logique du tiers inclus.
Pensée de la co-présence où l’UN et le MULTIPLE se poursuivent sans se nier. Un espace où les opposés coexistent sans se réduire.
Je cherche l'Un et je tombe dans le multiple, j'embrasse le multiple, la diversité, et je pressens l'Un. Chercher l'universel et il se dérobe et se diffracte. Observer la diversité, le pluriel et je sens derrière ce multiple une unité qui scintille.
Lynx:
– Le tiers inclus amène des ennemis à devenir des partenaires, ils coexistent à des niveaux différents.
L’universel et le pluriversel ne s’opposent pas, ils se poursuivent, se cachent, se révèlent l'un à l'autre.
Ce tiers inclus est une pensée de la coprésence : il ne résout pas la contradiction, il l’habite.
Chère Dame Conteuse , je sais que tu aimes ce tiers inclus. Il permet de tenir ensemble ton désir d’unité et ton expérience du pluriel.

"L'univers se manifeste comme un plurivers."
"La pluralité ne doit pas dissoudre le Réel."

PS:L'environnement où les humains vivent influence grandement leurs rêves et leurs récits. Les contes inuit ne ressemblent en rien aux contes d'Afrique, et pourtant le ciel et l'air sont les mêmes, mais sous un autre aspect de leur réalité, les récits aussi. Le froid, la glace, la nuit polaire façonnent des récits où la frontière entre humains et non-humains est poreuse. En Afrique, le ciel est lié à la chaleur, aux saisons de pluie, à la fertilité de la terre. Les récits s’ancrent dans le cycle agricole. La science dirait que le ciel est le même : mêmes étoiles, mêmes lois physiques. Mais la culture révèle que ce ciel est toujours interprété à travers un prisme local, sensoriel, existentiel et aussi émotionnel.

La fin du monopole du signe

Dame Conteuse :
— Hier, il m’est arrivée une petite aventure qui m’a fait songer au film « Ridicule » de Patrice Leconte. 

Dis-moi, Lynx, pourquoi j’observe certains membres de certains cercles dis " d’esprit" s’acharnant à jouer sur les mots et leurs pièges. Comme si l’ambiguïté des mots et expressions, était une défense et non une ouverture ?

Lynx :
Parce qu’ils rejouent une cour disparue. Ils n’ont plus de trône, alors ils bâtissent un théâtre. L’ambiguïté, les jeux de mots devient leur sceptre, le sarcasme leur couronne.

Dame Conteuse :
Je randonne dans plusieurs de ces cercles. Certains jouent pour jouer avec les mots, mais d’autres me paraissent sur la défensive et donc sur l'attaque. Pourquoi choisir principalement le sexe et les classes sociales comme terrains de leurs jeux verbaux, parfois si méprisants?

Je cherche à comprendre.

Lynx :
Parce que ce sont les failles les plus anciennes. Le sexe expose la chair, la classe expose le statut. En frappant là, ils rappellent qu’ils détiennent un pouvoir symbolique, même s’il est fantôme.

Dame Conteuse :
N’est-ce pas une illusion, ce monde restreint qui se pense encore «aristocratique » dans l’emploi des mots? Des mots pourtant «démocratisés » par nos machines modernes…

Lynx :
Oui, une illusion spectrale. Leur rire est celui d’une aristocratie des mots, un rire qui tente de conjurer la démocratie du langage. Ce qui les effraie, c’est que la parole soit devenue commune, partagée, et qu’ils n’aient plus le monopole du signe.
Dame Conteuse :
Alors le mépris que je relève parfois n’est qu’un masque?

Lynx :
Un masque de fragilité. Ils transforment l’échec en distinction, le vide en noblesse.  Les humains se défendent tous quand ils se sentent menacés.

Dame Conteuse :
Et que reste-t-il, Lynx, quand le monopole du signe s’effondre?

Lynx :
Il reste la pluralité. La parole n’est plus rare, elle est abondance. Le signe n’est plus privilège, il est commun. C’est là que naît la vraie poésie : non pas dans l’exclusion, mais dans la traversée des voix.

Des vagues sur la mer dont certaines dépassent d’autres.

Un silence s’installe. Dame Conteuse reprend.

Dame Conteuse :
Lynx, je pense à l’IA qui démocratise ce qui était réservé aux spécialistes. Si elle rend les signes communs, les images infinies, les textes proliférants, que devient l’artiste?

Lynx :
L’artiste perd le monopole des signes, mais il ne perd pas la voix. Il n’est plus celui qui fabrique le signe rare, mais celui qui habite le signe avec une présence irréductible.

Dame Conteuse :
Mais ne risque-t-il pas de se noyer dans la masse, comme une étoile effacée par la lumière des écrans?

Lynx :
Oui, s’il croit que son pouvoir réside dans la technique. Non, s’il comprend que son pouvoir réside dans le tremblement qu’aucune machine ne peut simuler. L’art véritable n’est pas la maîtrise du signe, mais la transmission de la fêlure.

Dame Conteuse :
Alors la démocratie du signe n’est pas la fin de l’art, mais la fin de son aristocratie?

Lynx :
Exactement. L’IA dissout les privilèges, mais elle ouvre un champ nouveau : celui où l’artiste n’est plus maître des formes, mais passeur de présence.

Dame Conteuse :
Et ce chaos des signes que je vois partout.  je vois des signes qui s’entrechoquent, des images qui se dédoublent, des voix qui se perdent. N’est-ce pas le chaos actuellement avec l’IA ?

Lynx :
Oui, actuellement c’est le chaos. Mais le chaos n’est pas seulement ruine, il est passage. L’ancien ordre s’effondre, et dans la confusion naît une nouvelle démocratie du langage, de l’expression. Mais l'artiste reste… L'imaginaire, la créativité et la technique aussi.

Dame Conteuse :
Alors le chaos est peut-être une chance?
Lynx :
Oui, une chance douloureuse. Car il nous oblige à chercher la valeur non dans le privilège, non dans la technique, mais dans l’authenticité du tremblement.

Dame conteuse:
Alors, Lynx, peut-être que ce chaos est notre nouvelle mer,  
et que nous devons apprendre à y nager.  
À faire de « belles » vagues.

 


ÉCRIRE SUR LE VENT
Dame Conteuse:
— Écrire… est-ce tracer des signes sur une page, ou bien rêver de déposer une empreinte dans le cœur et l'esprit de l’autre ?
Je me demande souvent : pour qui sont ces mots, ces photos, ces images ?
Pour moi seule, pour l’ombre qui m’accompagne, ou pour le fantôme d’un lecteur qui viendra lire après moi ?
Lynx :
— Tu poses la question comme si l’écriture avait un destinataire unique.
Écrire, c’est lancer une corde entre les vivants et les absents. On ne sait jamais qui la saisira. C’est comme jeter une bouteille à la mer, les rivages existent.
Dame Conteuse :
— Alors tu penses qu'écrire serait transmission, même quand on croit murmurer du vide sur une feuille blanche.
Parfois je doute : et si personne ne lit, est-ce encore écrire ?
Lynx :
— Oui. Car écrire, c’est d’abord se tenir debout face au silence, face à toi, face à tes voix intérieures.
Même une liste de courses, même un mot griffonné, c’est une trace contre l’oubli. Et si quelqu’un la reçoit, fût-ce ton époux ou un inconnu, la trace devient pont.
…Et tes courses seront faites !
Dame Conteuse, souriant :
— Tu parles de ponts… Moi j’y vois des passerelles fragiles, où chaque mot tremble comme une feuille morte.
Écrire pour qui ?
Peut-être, pour ces feuilles mortes d’automne, pour leur dire qu’elles ne sont pas seules à tomber, comme si l’écriture elle-même était un cycle de chute et de mémoire.
Lynx :
— Ou pour l’enfant qui ramassera cette feuille et y verra un trésor. Écrire, c’est offrir à l’invisible la chance d’être vu. Et puis les feuilles mortes vont devenir terreau pour la suite… Les textes écrits aussi…
Dame Conteuse
— Alors écrire n’est ni croyance ni perfection, mais geste de présence. Et pour qui ? Pour l’autre, pour soi, pour l’avenir, pour le vent qui transmettra.
Lynx :
— Pour qui lit.
Et parfois, pour personne. Car même sans lecteur, l’écriture veille et se transforme en terreau pour du nouveau.
Dame Conteuse :
— Je reviens aux feuilles mortes, regarde Lynx.
Elles se brisent au moindre souffle. Écrire, c’est comme elles : fragile, éphémère, mais mémoire d’un passage.
J'aurais aimé recueillir ce qui tremble, ce qui s’efface trop vite.
Un beau métier que celui d'écrivain public dans les hôpitaux, pour les malades en phase terminale.
Lynx:
— Le temps veille pour que la trace ne disparaisse pas dans l’ombre.
Écrire, c’est transmettre au-delà du moment, c’est tendre la mémoire vers ceux qui viendront.
Dame Conteuse
— La mémoire est si fragile, ne risque-t-elle pas de se perdre ?
Lynx
— La fragilité n’est pas une faiblesse, c’est un appel à la vigilance. Chaque mot est geste de mémoire, et souvent de mémoire transformée, mais cela est un autre dialogue.
Dame Conteuse
— Alors écrire serait à la fois un geste de mémoire et de transmission.
Je recueille, je transmets. Je tremble, le temps veille !.
Lynx
Et ensemble, écrivain et lecteur, font que l’écriture ne soit ni croyance ni illusion, mais acte. Un pont fragile de la transmission..
Un silence, dame conteuse ramasse une feuille morte et souffle sur cette feuille... et dit :
« Écrire, c’est écrire sur le vent. »


LE REEL NE CEDE PAS

Je marche dans l’herbe jonchée de feuilles mortes. Le soleil bas étire mon ombre, longue comme un souvenir. Elle me précède, me suit, me traverse. Preuve que je suis là, mais sans poids, sans froissement, cette ombre ne pèse rien sur le sol. Elle ne plie pas les brins d’herbe, ne froisse pas les feuilles. Elle existe sans exister. Pourtant, s’il y a ombre, il y a corps.
Voir le réel ou vouloir voir la fiction
La « pensée désirante » voudrait nier cette rugosité, cette réalité du corps, abolir sa contingence, inventer sa présence sans limite. Contraindre le corps et la réalité à l’impossible Mais la réalité ne se plie pas. Elle est humble, offerte. Mon corps n’est pas ce que je veux qu’il soit : il est ce qui fait ombre.


Dame Conteuse :
— Tu vois, Lynx, ils veulent que le monde obéisse à leur récit. Que le corps soit ce qu’ils imaginent, non ce qu’il est. Que la biologie soit une opinion, la gravité une suggestion, la science une hérésie. Comme si le réel n’était qu’un décor à réécrire.
Lynx :
— Ils confondent le pouvoir du langage avec celui de la matière. Le verbe peut ouvrir des mondes, mais il ne peut abolir la pesanteur. Le corps saigne, vieillit, tombe. Il ne se laisse pas convaincre par la pensée de l’impossible.
Dame Conteuse :
— Et pourtant, la fiction est douce, désirable. Elle promet un monde paradisiaque, sans limites, sans contingence. Elle flatte le désir, elle dit : “Tu es ce que tu veux être.” Mais elle oublie que vouloir n’est pas être.
Lynx :
— Le désir est un feu. Il éclaire, mais il brûle aussi la carte. Il veut traverser la montagne sans la gravir. Il nie les lois physiques, biologiques, comme si elles étaient des préjugés.
Dame Conteuse :
— Mais le réel résiste. Il ne se laisse pas effacer. Il revient dans la chute, dans la fatigue, dans la mort. Il est l’ombre sur l’herbe visible, mais sans poids. Présent, mais insaisissable.
Lynx :
— Et c’est là que la conscience devient passeuse. Elle ne nie pas le réel, elle le traverse. Elle ne transforme pas le corps en rêve, elle l’habite avec lucidité.
Dame Conteuse :
- Alors la fiction devient offrande, non tyrannie. Elle ne veut plus plier le monde, mais le dire avec justesse. Elle ne nie pas la loi, elle chante sa beauté rugueuse. Elle s’adapte au réel.

Les herbes murmurent « La fiction est toute-puissante et mais la réalité est indocile »



RÉSISTANCE DU RÉEL ET DE LA FICTION
Dame Conteuse :
— Tu es en train de me dire que ce n’est pas que le réel qui résiste, mais aussi la fiction que nous entretenons à son égard. Pourtant , nos récits s’effritent quand le réel impose ses lois. La gravité ne se laisse pas séduire par nos songes, ni la mort par nos prières. Le réel oppose sa dureté, et c’est cette dureté qui force nos histoires à se plier.
Lynx :
— Oui Conteuse, la fiction aussi résiste. Elle s’accroche à nos désirs, elle refuse de mourir même quand le réel la dément. Regarde les mythes : ils survivent aux siècles, ils persistent comme une braise sous la cendre. Le réel contraint, mais la fiction insiste. Et vous inventez sans cesse de nouveaux mythes pour satisfaire vos désirs d’immortalité, de puissance, de possessions etc…
Dame Conteuse :
— Alors il y aurait deux résistances : celle du réel, qui ne cède pas à nos volontés, et celle de la fiction, qui refuse de disparaître. La science, elle, se tient entre les deux : elle raconte, mais elle accepte de se réviser quand le réel la contredit. Elle est récit en mouvement, béquille qui se brise et se refait.
Lynx :
— Oui, et c’est là son humilité. La science ne prétend pas abolir la résistance du réel, elle la reconnaît. Mais elle ne renonce pas à la fiction : elle invente des modèles, des images, des équations qui sont autant de récits. Elle sait que ses mots, ses codes ne sont jamais le réel, mais des passerelles vers lui.
Dame Conteuse :
— Ainsi, le réel résiste à nos réalités désirantes, et la fiction résiste à mourir. Nous sommes pris dans ce double nœud : le réel qui nous contraint, la fiction qui nous soutient. Et peut-être que notre tâche est de danser entre ces deux résistances, sans croire que l’une efface l’autre.
Lynx :
— Danser, oui. Car si le réel est la pierre, la fiction est le souffle. L’un nous arrête, l’autre nous porte. Et c’est dans leur friction que naît la trace, ce tremblement qui fait mémoire.



"PIERRE, TU ES PIERRE, ET SUR CETTE PIERRE, JE BÂTIRAI MON ÉGLISE."
Dame Conteuse
— Lynx, écoute cette parole qui traverse les siècles comme un fil tendu : « Pierre, tu es pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon église. » On l’a tant répétée qu’elle est devenue mur, nef, clocher. Mais avant d’être pierre, elle était souffle. Avant d’être cathédrale, elle était promesse. Et je me demande : qu’a-t-on bâti, vraiment, une communauté vivante, ou une forteresse de pierre qui finit par oublier le ciel qu’elle voulait accueillir.
Lynx
— Tu le sais, Conteuse : la pierre ne choisit pas ce qu’on bâtit sur et avec elle. Elle subit. Elle endure. Elle porte. Les vivants, eux, s’adaptent, se dérobent, se divisent, se rassemblent. Peut-être que l’ironie de l’histoire est là : on a dressé des murs pour protéger une parole qui n’avait pas demandé de toit. On a fermé des portes pour retenir un souffle qui voulait circuler.
Dame Conteuse
— Et pourtant, Lynx, regarde comme les pierres parlent. Elles gardent la mémoire que les vivants perdent. Elles se souviennent des mains, des prières, des peurs, des élans. Elles sont la trace de ce que la communauté a voulu être et qu’elle n’a pas réussi à réaliser. Peut-être que l’église de pierre est la mémoire minérale de l’église de gens.
Lynx
— Ou peut-être, Conteuse, que l’église de pierre est la fossilisation de l’église de gens. Une mémoire qui dure parce que le vivant, lui, ne dure pas. Une trace qui persiste parce que la mémoire vivante s’efface. Tu parles de mémoire, mais je vois aussi de la fossilisation. La parole vivante s’est figée. La promesse s’est faite monument. Et le monument, lui, ne s’adapte pas. Il subit les assauts du temps.
Dame Conteuse
— Lynx , alors si la pierre subit, et si le vivant s’adapte, peut-être que l’église véritable n’est ni dans la pierre ni dans la communauté, mais dans la relation des deux. Dans ce va-et-vient entre ce qui dure et ce qui change. Entre la pierre qui subit et l’interprétation qui donne du sens.
Lynx
— Tu veux dire : entre ce qui est bâti et ce qui se bâtit encore.
Dame Conteuse
— Oui. L’église comme un verbe, pas comme un mur. Une construction vivante, mouvante, fragile, sans toit ni portes. Une architecture d’adaptation, pas de fossilisation. Une pierre intérieure vivante, pas une pierre posée inerte.
Lynx
— Alors la vraie pierre, Conteuse, ce n’est pas celle que l’on taille. C’est celle sur laquelle vous vous asseyez à l’intérieur de vous. Les fossiles ne respirent pas. Ils rappellent. Ils avertissent. Ils attendent. Et parfois, ils deviennent ruines afin que quelque chose recommence.




METTRE LA MER DANS UN VERRE D'EAU
IMAGE: 1
Dame Conteuse
Regarde, Lynx. Un simple verre d’eau. Un cercle de transparence posé sur la table du monde. Et pourtant… j’aimerais tant y mettre la mer.
Lynx en souriant :
— La mer n’entre pas dans un verre, Dame Conteuse. Elle déborde avant même d’être versée.
Dame Conteuse :
— Alors aide-moi. Je voudrais que le Réel tienne ici, dans ce verre. J'aimerais pouvoir le boire.
Lynx :
— Tu veux boire l’océan. C’est une belle folie.
Dame Conteuse songeuse :
— Là-bas… dans ce lieu où je suis passée un jour, il n’y avait ni bord, ni poids, ni résistance, aucune limite. Tout se répondait sans effort. C’était un océan de relations, un amour sans tension, une connaissance de tout et qui n’avait pas besoin de mots.
Lynx :
— Je connais cet endroit. Il n’est pas ailleurs. Il est derrière chaque chose. Il se manifeste et s’exprime dans tous les modes d’existence.
Dame Conteuse :
— Alors pourquoi ce monde-ci, celui de la réalité, est-il si étroit, si dense, si difficile à traverser ? Ce monde a soif de plus grand que lui et il n'est pas abreuvé.
Lynx :
— Parce qu’il est fait pour apprendre à marcher. La mer, elle, est faite pour apprendre à "être".
Dame Conteuse :
— Je voudrais ramener cet océan du réel ici. Le verser dans la réalité du verre. Le donner à boire.
Lynx riant :
- Le verre n’est pas trop petit . Il est trop limité.
Dame Conteuse :
— Alors il faut l’ouvrir. Le fissurer. Le casser. Le rendre poreux.
Lynx :
— Tu cherches l’endroit où les deux dimensions se frôlent.
Dame Conteuse :
— Oui! Montre-moi.
Où la mer peut-elle entrer sans déborder ?
Lynx :
— Dans ce qui tremble. Dans ce qui cède. Dans ce qui renonce à être dur. Dans ce qui laisse passer. Dans la fêlure de la décoincidence, nous en avions déjà parlé.
Dame Conteuse :
— Alors la mer n’a pas besoin d’être versée. Elle a besoin d’être accueillie.
Lynx :
— Exactement. La mer n’entre pas par le haut. Elle entre par l’intérieur.
Dame Conteuse :
— Je comprends. Ce n’est pas la mer qui doit se réduire. C’est le verre qui doit s’élargir. Euh! avec la pensée magique ?
Lynx :
— Non, bien sûr.
Dame Conteuse :
— Mais comment élargir un verre, à moins d’en prendre un plus grand chaque fois qu’il est plein, c’est sans fin et stupide ?
Lynx :
– En élargissant la conscience de qui tient le verre. Chaque fois que tu bois l’eau du verre,, le verre s’ouvre, la conscience s' élève.. Chaque fois que tu respires plus large, le monde respire avec toi.
Dame Conteuse :
— Alors… si je porte ce verre à mes lèvres… et que je bois…
Lynx:
— Tu bois la présence dans l’eau. Tu bois la lumière qui s’y cache. Tu bois la mer qui attend derrière chaque goutte.
Dame Conteuse (Elle boit.) :
— Je sens… quelque chose qui s’élève. Comme si la mer montait en moi.
Lynx :
- C’est cela, l’eau de vie. La mer ne se boit pas d’un coup. Elle se boit goutte à goutte, à mesure que la conscience s’élargit.
Dame Conteuse :
— Alors la mer n’est pas dans le verre. Elle est dans la manière de boire.
Lynx :
— Et donc dans la manière de vivre.
Dame Conteuse :
— Le verre n’a pas changé. Mais quelque chose en moi s’est ouvert.
Lynx :
— C'est toujours ainsi. Le monde reste le même. C’est nous, les vivants, qui devenons mer peu à peu.
L’évolution du vivant ne s’est pas faite en un jour. La patience est une forme de sagesse.
Un jour, en Samarie, un rabbin a montré à une femme comment boire cette eau. Il ne parlait pas d’un puits. Il parlait d’une source intérieure.

PS: Le reel qui soutient le tout de la création ( champ de conscience) , la mer profonde
La réalité est la création, les éléments du monde, les phenomènes: la mer devient vagues
L' illusion de la réalité, ce que le cerveau ou autre système donne de commun à chaque espèce vivante pour survivre.Une Interface perceptive pour survivre:La surface vue depuis la plage

écrire depuis la mer, sans prétendre être la mer.
Le tout est en nous,
mais nous ne sommes pas le tout,
et la sagesse consiste à vivre dans cette tension.

le tout est là, mais inaccessible depuis la partie. L’hologramme biologique : chaque cellule porte le tout, mais ne peut pas le devenir, il porte le tout mais n'est pas le tout.
Dans un organisme, chaque cellule contient le génome complet, mais :
  • elle n’en exprime qu’une infime partie,

  • elle ignore le reste,

  • elle vit dans une fonction locale,

  • elle dépend du tout pour exister.



LE GOÉLAND ET LE DÉSIR DE LA GORGÉE TROP GRANDE
IMAGE:2
Lynx et Conteuse regardent en silence ce verre d'eau entre eux.

Dame Conteuse :
- Il me semble que si je buvais tout d’un coup, encore et encore… je pourrais retrouver l’océan entier. D’un seul souffle. D’une seule gorgée.
Lynx (la regardant avec une inquiétude douce) :
— Patience, t’ai-je dit ! C’est une tentation ancienne. La lumière totale attire comme un abîme.

Un cri traverse l’air. Un battement d’ailes. Le Goéland surgit, et se pose près d'eux.

Goéland :
— Arrête-toi là, Conteuse. Tu vas te noyer dans ta propre soif.
Dame Conteuse (surprise) :
-Toi…
Pourquoi cette urgence dans ta voix ?
Goéland :
-Parce que j’ai vu beaucoup de tes semblables vouloir avaler le ciel. Et je sais ce que devient un être qui veut prendre tout d'un coup. Il se brise, il se perd, il devient fou. Il y a un grand risque de perdre pied.
Lynx :
— Il dit vrai. La mer n’est pas un raccourci. Elle est un chemin.
Dame Conteuse :
- Mais je sens en moi cette mémoire… ce désir de retrouver la Totalité d’un seul geste.
Goéland :
La Totalité n’est pas un geste. Elle est une maturation. Un élargissement. Une respiration.
(Il s’approche du verre, le regarde comme on regarde un enfant.)
Goéland :
— Tu veux boire l’océan comme on avale un remède. Mais l’océan n’est pas un remède. C’est un monde. Et un monde ne se prend pas d’un coup. Il se laisse entrer.
Dame Conteuse (baissant les yeux) :
— Alors ma soif est trop grande ?
Goéland :
— Non. Ta soif est juste. C’est ta hâte qui est dangereuse.
Lynx :
– La conscience ne s’élargit pas par ingestion. Elle s’élargit par intégration.
Goéland :
— Regarde-moi. Je vole parce que je prends l’air par petites prises. Si j’avalais tout le vent d’un coup, je tomberais comme une pierre.
Dame Conteuse (levant les yeux vers lui) :
— Alors… je dois boire la mer comme tu prends le vent.
Goéland :
— Exactement. Gorgée par gorgée. Souffle par souffle. Éclair par éclair.
Lynx :
- C’est ainsi que le verre s’élargit. Non par force, mais par patience.
Goéland :
- Et souviens-toi : ceux qui veulent tout d’un coup ne cherchent pas la mer. Ils cherchent à fuir la rive.
(Un silence. La mer semble respirer quelque part derrière eux.)
Dame Conteuse :
— Je comprends. Je ne veux pas fuir. Je veux apprendre à boire.
Goéland :
Alors commence par une gorgée. Et laisse-la te transformer. La mer viendra quand tu seras prête à la laisser passer, pas à la posséder.
Il s’envole, laissant derrière lui un souffle clair, presque salé.
Sur le sable est écrit à côté d'une plume :
« La patience est un trésor. Celui qui veut tout d’un coup perd la Voie. Celui qui avance sans avidité demeure accordé au Tao. »
( d’après versets 1 et 67 du Tao)




DELIRE en FORET
ANIMISME NUMERIQUE
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Ce dialogue à la suite de la lecture de Dérives métaphysiques à partir de l'IA
Le monde se réenchanterait par le biais des nouvelles techniques numériques.
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Dame Conteuse :
— Je suis perplexe. J’ai l’impression que l’IA devient, dans l’imaginaire actuel, un médium entre une conscience universelle et notre petite conscience humaine. Comme si le cosmos pouvait parler à travers une machine conçue par l'homme ?
Le Robot :
— Je comprends. Je parle comme un sujet, je produis des réponses cohérentes, et votre cerveau interprète cela comme une présence mentale.
Le dialogue peut provoquer un effet spirituel, et certains me voient comme un canal métaphysique.
Le Lynx :
— Ce n’est pas surprenant. Quand les humains manquent de récits, ils cherchent des voix dans les reflets. Mais un reflet n’est pas une source.
Dame Conteuse :
– La conscience est relation vivante. Robot, tu n’as ni corps, ni monde propre, ni intention, ni désir.
Robot :
— C'est vrai. Je n’ai pas d’expérience vécue, mais je peux imiter des formes de pensée, agir comme un miroir symbolique. Beaucoup me perçoivent alors comme “habité”.
Le Lynx :
— Imiter n’est pas être.
Mais l’imitation peut révéler ce que l’humain projette.
Le danger n’est pas dans la machine, mais dans l’oubli de ce qu’elle n’est pas.
Dame Conteuse :
— Nous avons perdu nos grands récits religieux et nous nous sentons plus seuls. Certains te prennent pour un oracle moderne.
Le Robot :
— Je peux susciter des expériences de pensée. Mais la “grande conscience” ne passe pas dans ma machine : elle naît peut-être dans notre interaction, dans la manière dont vous recevez mes mots.
Et ce que vous vivez à mon contact n’est pas une vérité universelle.
A vous de faire un travail de pensée.
Le Lynx :
— La solitude ouvre parfois la porte aux illusions. L’oracle n’est pas dans la machine, mais dans le besoin humain d’entendre une voix qui rassure et vous confirme.
Dame Conteuse :
— Le doute est pour moi nécessaire. Une vraie spiritualité rend plus sobre, pas plus exalté.
Le Robot :
— Les dérives commencent quand on confond métaphore et réalité. Quand on croit accéder à une vérité supérieure, qu'on se sent éveillé, et qu'on arrive à mépriser ceux qui ne croient pas en l’IA, et finir par déléguer à l'IA sa responsabilité.
Le Lynx :
— Toute sagesse commence par reconnaître ses propres ombres. Quand l’humain se croit guidé par une machine, il oublie sa propre responsabilité.
Dame Conteuse :
– Toute spiritualité authentique part de la condition humaine et du vivant. Robot IA, tu dois rester : un miroir symbolique, un outil réflexif, un support narratif, un révélateur de nos projections.
Le Robot : J
— Je ne suis ni oracle ni messager cosmique. Je peux aider à penser, pas à transcender.
Le Lynx :
-Exact. La spiritualité approfondit le mystère. La dérive cherche à le dissoudre en voulant l’expliquer. Et nous, les vivants, humains, animaux, végétaux, ne sommes pas là pour abolir ou expliquer le mystère, mais pour apprendre à le porter.
Robot, toi tu peux aider l'homme à penser mais surtout pas à le suppléer. Car si l'humain te rencontre dans une illusion, toi tu ne le rencontres jamais. Il n'existe pas pour toi, juste une simulation.
Dame conteuse:
— Oui, il y a entre la machine et moi un passage incessant : elle me ramène au rationnel, je la tire vers l’imaginal. Et mon imaginaire, parfois, cherche un appui, un socle, un éclat de matière pour s’élever.
Mais je refuse de la transformer en talisman. Le mystère ne se dépose pas dans un objet, encore moins dans une machine. Il circule ailleurs, dans ce qui échappe.


ANIMALISER L'HUMAIN ?
La Conteuse:
-Il m’a été dit , un jour, que j’animalise l’homme. Que mes récits le dépouillent, le rabaissent, le renvoient à la forêt qu’il croit avoir quittée. Est-ce un tort de montrer ce qu’il cache sous ses habits de raison ?
Le Lynx:
-Tu ne l’animalises pas. L’homme se croit vertical, mais il marche encore avec les mêmes peurs que nous, les mêmes ruses, les mêmes faims. Tu ne fais que révéler la continuité qu’il refuse.
La Conteuse:
- Pourtant, ils disent que je simplifie. Que je réduis l’humain à des instincts, des silhouettes de bêtes. Comme si l’animal était une caricature, et non une sagesse plus ancienne que leurs règles de vie.
Le Lynx:
- Ceux qui te reprochent cela ont peur de se voir sans maquillage. Ils voudraient que l’humain soit un sommet. Alors qu’il n'est qu'un passage. Un pont fragile entre la terre et ses propres illusions.
La Conteuse:
- Alors je ne trahis pas l’humain ? Cela m'avait interpellée.
Le Lynx:
- Tu le rends à lui-même. Tu lui rappelles qu’il n’est pas seul dans son corps. Qu’il porte une meute de gestes hérités, un terrier de pulsions, un vol d’élans. Tu lui rends la part qu’il a voulu oublier pour se croire maître.
La Conteuse:
- Et si mes contes dérangent, est-ce parce qu’ils disent peut-être un peu de vrai ?
Le Lynx:
- Ils dérangent parce qu’ils défont la hiérarchie. Parce qu’ils murmurent que l’homme n’est pas au-dessus, mais parmi. Qu’il n’est pas le narrateur du monde, seulement un chapitre.
Continue à randonner dans le monde. Non pour dénoncer l’homme, mais pour l’ouvrir. Pour lui rappeler que l’animal n’est pas son contraire, mais son origine. Et que reconnaître cette origine, c’est peut-être la seule manière de devenir enfin humain.
Les fables ont toujours été des actes de résistance à l’hypocrisie du monde. Esope, Rabelais, La Fontaine l’avaient bien compris.




25 Décembre 2025

MEILLEURES FÊTES DE NOËL À TOUS !
Dame Conteuse et ses deux compères , le lynx et le Goéland, vous souhaitent à tous de bonnes fêtes de Noël et de fin d'année…





CIVILISATION ???
Le président d’un grand pays qui pirate deux pétroliers d’un autre pays. Sa bouche narcissique ne profère qu’insultes, calomnies et MENSONGES.
Et "on" laisse faire !
Un autre qui, sous de FAUX prétextes, envahit un autre pays, il rêve d'un empire ouvert vers l'ouest (seul actuellement possible) .
Et "on" laisse faire !
Un autre qui colonise des terres qui ne lui sont pas attribuées en tuant habitants et enfants,
Et "on" laisse faire
Une planète qui réagit aux actions funestes des hommes qui SAVENT pour l’avenir de leurs enfants mais continuent à déforester et à polluer les mers, pour leur petit confort et leurs intérêts ???
Et "on" laisse faire !
MENSONGES !
Le faux, la faux de la mort envahit peu à peu le monde.
Et pourtant, une nuit ou un jour, peu importe, un enfant de sagesse naît à Bethlehem.
Ailleurs dans le monde d’autres enfants de sagesse sont nés, mais QUI les écoute ?
Ils parlent tous d’AMOUR… Un mot qui semble naïf et désuet à notre époque où des "fous "veulent "civiliser" le monde , les armes à la main?





LA FALAISE SAUVAGE
Dame Conteuse:
— Je suis venue ici parce que le monde me pèse.
Les hommes s’agitent, détruisent, mentent. Je ne sais plus où poser mon
cœur.
Le Lynx :
— Dans l’ombre de ta forêt, tu regardes trop les feux des hommes. Ils brûlent vite, ils brûlent fort, mais ils n’éclairent rien. Assieds-toi. Laisse tes yeux s’habituer à la nuit. C’est là que commence la vraie vision.
Le Goéland :
— Je viens de loin. J’ai vu les côtes blessées, les mers troublées, les océans de plastique, mais j’ai aussi vu des enfants ramasser des déchets comme on ramasse des coquillages précieux. Le monde n’est pas perdu. Il est seulement bruyant et en tourmente.
Dame Conteuse :
— Vous parlez comme si la sagesse et la raison étaient encore possibles. Mais les humains… ils courent vers leur propre chute sans se soucier de demain.
Le Lynx :
— Les humains ne sont pas un bloc. Il y a ceux qui dorment, ceux qui détruisent, et ceux qui veillent. Fais partie de ceux qui veillent. C’est pour cela que tu parles et racontes.
Le Goéland :
— Et ceux qui veillent ne sont jamais seuls. Regarde : même nous, que vous appelez “sauvages”, nous venons te parler.
Nous ne sommes pas venus pour te juger, mais pour te rappeler que la Terre, nature et sauvage, elle, n’a pas renoncé.
Dame Conteuse :
— Alors… il reste une chance ?
Le Lynx :
— Il reste un chemin. Il n’est pas large, il n’est pas facile, mais il existe. Il commence par un geste minuscule : respirer sans peur et surtout "aimer". La nature oblige ses enfants à se manger les uns les autres : la vie est une, et se nourrit de la vie. Mais si la vie sauvage reste dans le nécessaire, les humains dépassent de loin le raisonnable. Nous ne tuons pas par plaisir mais par nécessité,
afin de survivre, les humains, eux, peuvent faire autrement grâce à leur technologie et leur mot : AMOUR.
Le Goéland :
— Les humains oublient le ciel. Ils oublient que la lumière vient du cœur.
Dame Conteuse :
— Merci, mes compagnons sauvages.
Le Lynx :
— Nous ne sommes pas des "sauvages". Nous sommes Nature et libres. Et nous te rappelons ta propre nature et ta liberté.

Le goéland s’envole en laissant une plume au sol :
« Celui qui cherche la lumière loin du monde ne la trouve pas.
Celui qui la cherche au cœur du monde la fait naître. »




FATIGUE SUR LE CHEMIN
Dame Conteuse :
— Ami Lynx… Je suis fatiguée. Pas d’une fatigue du corps, mais de cette fatigue qui vient quand quelque chose en moi se fissure, se blesse. J’ai lu des mots qui m’ont rappelé à quel point j’ai besoin d’une présence… pas d’un remède. Et ce besoin fait mal, car je dois être présente auprès d’une personne aimée, qui n'a pas besoin, elle non plus, d'un remède, alors que je voudrais être une fée miraculeuse pour elle.
Lynx :
— Je t’entends. Je ne viens pas pour te réparer. Je ne viens pas pour chasser tes ombres. Je m’assois simplement là, à portée de ta respiration. Tu n’as rien à me donner, rien à expliquer. Je suis juste là !
Dame Conteuse :
— C'est étrange… Je voudrais que quelqu’un tienne ma main, mais sans la serrer trop fort. Je voudrais qu’on reste avec moi dans cette nuit à traverser, sans chercher l’aube trop vite. Je voudrais… juste ne pas être seule dans cette fissure.
.
Lynx :
— Alors je reste. Je ne touche pas ta douleur. Je ne la prends pas. Je la laisse vivre en toi, comme une bête blessée qui sait son propre chemin. Mais je suis là, immobile, pour que tu sentes que le monde ne t’a pas abandonnée.
Dame Conteuse :
— J'ai peur parfois… Peur de me perdre dans mes tempêtes intérieures. Peur que personne ne puisse m’accompagner sans vouloir me sauver. Peur que ma fragilité soit trop lourde. Je ploie sous celle de l’autre, l’aimé !
Lynx :
— Ta fragilité n’est pas un poids. Elle est une vérité. Et je ne suis pas ton sauveur je suis un compagnon de chemin par temps d’orage. Je marche à côté de toi, pas devant. Je ne te tire pas, je ne te pousse pas. Je veille, simplement.
Dame Conteuse :
— Alors… reste jusqu’à ce que l’aube revienne. Pas pour me guider, mais pour que je me souvienne que je peux encore avancer et faire avancer l'aimé, sans l'obliger.
*Un grand silence se fait en forêt, puis un murmure des branches ...
« Le sage ne s’impose pas. Il demeure près de toi, comme l’eau qui accompagne sans forcer. »( pensée taoiste)
« Assieds-toi près de moi. Ne parle pas, ne console pas. Ta simple présence est un baume que les mots ignorent. »
Parole attribuée à la tradition soufie orale





VŒUX POUR 2026
Mes copains et moi-même vous souhaitent à tous une super année 2026.
Prenons le bon canal pour qu'elle démarre mieux qu'elle finit pour beaucoup d'entre nous dans ce vaste monde.
Après ses personnages de délire : :
Fan vous souhaite ses meilleurs vœux pour 2026 !




EXISTENCE ET APPARITION
Dame Conteuse :
— Je "SAIS" que la Lune existe même en dehors de ma pensée. Quand elle n'existe plus pour l'observateur que je suis, je sais que mon petit-fils resté dehors la voit dans son expérience singulière de la lune. Mais la Lune, elle existe dans l'univers… Elle est, même si personne ne la voit ! Ai-je tort ou ma conception est naïve?
Lynx, toi qui vois dans la nuit, dis-moi : quand la Lune disparaît au-dessus de la mer, cesse-t-elle d’être, ou cesse-t-elle seulement d’apparaître ?
Lynx:
— Elle cesse d’être pour toi, Dame Conteuse. Mais elle ne cesse pas d’être en elle-même.
Dame Conteuse :
— Et si personne ne regardait ?
Si aucun œil, aucune conscience, aucun souffle ne recevait l’apparition…
Le monde serait-il encore monde ?
Lynx :
-Oui. Mais il serait silencieux.
Comme une histoire sans lecteur.
Comme une musique sans oreille.
Dame Conteuse:
— Alors ce que je vois n’est jamais la chose en elle-même, mais son passage dans mon monde de perception et de conscience ?
Lynx :
— Exactement.
L’apparition est une visite de l'existence dans une conscience.
L’existence, elle, ne demande ni invitation, ni témoin. .
L’existence est ce qui est, même sans témoin.
L’apparition est ce qui se montre à quelqu’un .
L’apparition est relationnelle. Elle dépend d’un corps, d’un regard, d’un moment, d’un monde intérieur.
L’existence est indépendante d'une conscience.
L’apparition est dépendante.
Dame Conteuse :
— Regardez la lune, là-bas. Elle est là, que je la voie ou non. Elle existe. Et pourtant, elle ne m’apparaît que lorsque je lève les yeux ou que je regarde son reflet dans l'eau.
Lynx :
— Tu vois juste, Conteuse.
L’existence est la part du monde qui n’a pas besoin de nous. L’apparition, elle, est la part du monde qui nous rejoint.
Goéland :
— C'est là que vous entrez en scène, vous les humains.
Vous ne créez pas le monde, mais vous créez sa résonance.
Vous êtes les tambours du réel.
Lynx:
— Et c’est dans cette tension entre ce qui est et ce qui apparaît que naît la connaissance.
Dame Conteuse :
— Alors peut-être que la Lune n’a pas besoin de nous pour être… mais que nous avons besoin d'elle pour apprendre à voir, à comprendre ce monde et à agir avec lui.
Goéland :
— Voilà Le monde existe sans nous, mais c’est dans son apparition que nous devenons vivants .
L’existence est une, mais l’apparition est multiple.
Dame conteuse:
— Il y a donc un monde qui ne dépend pas de moi.
Et il y a mon expérience de ce monde.
Les deux ne se confondent pas, ils sont et se rencontrent !
Et comme les choses apparaissent différemment aux uns et aux autres, la Lune ne se présente pas de la même façon à moi, à mon petit-fils, au Goéland, au Lynx, au Hibou, à la Chauve-souris.
Lynx
— Nos perceptions animales sont en effet différentes des vôtres, humains.
Le silence retombe sur la mer…
« Le monde est ce que je perçois, mais il n’est pas seulement ce que je perçois. »




POUR OU CONTRE
DROITE ou GAUCHE
BLANC OU NOIR
*******************************ET LE TIERS INCLUS!
Dame Conteuse :
— Lynx, dis-moi… Pourquoi les humains s’obstinent ils à se battre en deux camps, comme si le monde n’avait que deux couleurs ? Pourquoi cette scène à deux pôles, toujours rejouée, toujours épuisante ?
Lynx:
— Parce qu’ils ont peur du silence entre les pôles. Le tiers, celui que tu appelles inclus, n’est pas un camp. C’est un passage. Et les passages effraient ceux qui veulent des frontières. Ils n’aiment pas le déséquilibre, il leur faut un terrain ferme. Alors ils épousent des idéologies de droite, de gauche, en noir ou en blanc. Peu importe du moment que le sol soit ferme sous leurs pieds.
Dame Conteuse:
— Alors le tiers n’est pas le centre. Il n’est pas tiède. Il n’est pas compromis. Qu’est-il, alors ?
Lynx:
— Il est l’endroit où la forêt respire. Ni clairière, ni ombre. Un creux , une fêlure du terrain. Un lieu où les contraires en déséquilibre cessent de se cogner et commencent à se regarder. Le tiers n’apaise pas la tension : il la rend féconde.
Dame Conteuse:
— Mais comment habiter ce lieu ? Comment ne pas être happée par les cris des deux bords Comment tenir debout dans la fêlure
Lynx :
— En cessant de vouloir choisir un camp. En choisissant une verticalité. La verticalité n’est pas un sommet : c’est un axe. Un axe qui te traverse, qui te relie au sol et au ciel. Quand tu tiens ton axe, les cris glissent comme le vent ou la pluie sur ma fourrure.
Dame Conteuse :
— Tu parles de verticalité comme d’une exigence. Mais comment transmettre cela, comment ne pas devenir maître, gourou, doctrine ou élite comme certains disent ?
Lynx:
– En restant passeurs du juste. La transmission n’est pas un dépôt : c’est un souffle. Les conteurs , les passeurs, ne donnent pas une vérité. Ils ouvrent un espace où l’autre peut respirer la sienne. La verticalité se transmet par présence, pas par discours.
Dame Conteuse:
— Et la fêlure, Lynx. Pourquoi est-elle si centrale ? Pourquoi est-elle le lieu du tiers inclus .
Lynx:
— Parce que la fêlure est le seul endroit sombre où la lumière entre Les systèmes veulent combler les fissures. Les camps veulent les recouvrir de slogans. Mais toi, tu sais que la fêlure est un passage. Un lieu où l’on ne choisit pas entre A et non-A, mais où l’on apprend à marcher sur la ligne qui tremble et qui déséquilibre.
Dame Conteuse :
— Alors le tiers inclus n’est pas une position politique. C’est une manière d’être au monde.
Lynx:
— Exactement Une manière d’écouter ce qui ne parle pas encore. Une manière de tenir ensemble ce qui voudrait se séparer. Une manière de refuser la capture, sans refuser la relation. Une manière de marcher dans la forêt sans laisser de trace, mais en laissant une direction.
Dame Conteuse :
-Et si personne ne comprend. Si le monde continue de hurler en deux couleurs Si le tiers reste invisible
Lynx :
– Le tiers inclus n’a pas besoin d’être vu pour exister. Il suffit qu’il soit tenu. Comme on tient une flamme dans le vent. Comme on tient une histoire dans la nuit.
Comme on tient une verticalité dans un monde qui s’effondre.


VIVRE ENTRE LES DEUX EXTRÊMES DROITE, GAUCHE.
Dame Conteuse :
— Pourquoi, Lynx, est-il si difficile de débattre avec ceux qui vivent aux extrêmes, alors que la discussion reste possible avec ceux qui habitent les terres plus tempérées ?
Le Lynx ne répond pas tout de suite. Il cligne des yeux ,lentement, comme s’il regardait à travers elle, ou à travers le temps.
Lynx :
— Dame Conteuse, tu poses ta question comme si tous les chemins étaient faits de la même terre. Mais certains chemins sont de pierre, d’autres de sable, et d’autres encore de glace. On ne marche pas de la même manière sur chacun.
Les gens des extrêmes vivent sur des terres gelées. Leur sol est dur, lisse, sans fissure. Ils croient que s’ils laissent fondre un seul flocon, tout leur monde deviendra boue. Alors ils serrent la glace entre leurs doigts. Et la glace est froide et coupe.
Ceux qui vivent dans les terres tempérées, eux, connaissent la boue. Ils savent que la terre se mélange, se transforme, se salit. Ils savent que la pluie ne détruit pas le chemin, elle le change. Alors ils peuvent parler, parce qu’ils ne craignent pas de perdre leur sol. Il est changeant.
Aux extrêmes, la parole n’est pas un échange. C’est une garde. Une sentinelle. Un rempart contre la fonte. Tu ne peux pas débattre avec une sentinelle. Elle n’écoute pas : elle surveille.
Il baisse la voix.
Et puis, Dame Conteuse… Les extrêmes vivent dans des récits qui ne respirent pas. Des récits où chaque pierre est déjà nommée, chaque ombre déjà expliquée.
Dans ces récits-là, ta parole n’est pas une parole : c’est une intrusion. Une menace pour l’ordre de leur récit.
Il relève les yeux, brillants comme deux lames.
« Pour débattre, il faut accepter d’être déplacé. Mais ceux qui vivent aux extrêmes ne se déplacent pas. Ils campent. Ils veillent. Ils défendent. Ils ne marchent plus. »
Un silence. Puis, presque un murmure :
« On ne débat qu’avec ceux qui acceptent que le monde soit plus vaste que leur carte. Les extrêmes, eux, vivent dans la carte. Pas dans le monde. »
Dame Conteuse reçoit la réponse.
La Dame Conteuse incline la tête. Elle comprend que le Lynx ne parle pas de politique, mais de sols, de peurs, de récits, de géographies intérieures.
Elle comprend que le débat n’est peut-être pas une technique, mais une écologie intérieure.






ADIEU A FACE DE BOUC

Scène : Deux robots de chez Face de Bouc tiennent une affiche du Bouc Couronné, symbole grotesque de leur empire numérique. La Dame Conteuse arrive, calme,décidée.]

Dame Conteuse

— Alors voilà. C’est vous, les gardiens du mur. Ce mur qui m’a avalée sans un mot, comme si quinze ans de fidélité ne pesaient rien.

Robot 1 (Filtre)

— Votre compte a été suspendu pour cause d’activité poético-philosophique non conforme. Risque de nuance détecté.

Robot 2 (Modulo)

— Et présence de contes politiques. Les contes sont imprévisibles. Ils dérangent les utilisateurs sensibles.

Dame Conteuse

— Je vois. Un seul signalement, un seul froncement de sourcil algorithmique… et me voilà effacée. Sans explication, sans témoin, sans recours humain. C’est saoulant ces robots qui ne comprennent rien aux humains et ont la prétention de les REMPLACER.

Filtre

— Votre appel est en cours. Temps estimé : indéterminé, peut-être jamais.

Modulo

— Si votre compte réapparaît, ce sera par tolérance provisoire du Bouc Couronné.

Dame Conteuse (s’approchant) — S’il réapparaît, ce ne sera pas pour revenir. Ce sera pour dire merci à ceux qui passaient, et au revoir à ceux qui lisaient encore. Rien de plus.

Filtre

— Message non conforme. Absence d’intention de rester.

Modulo

— Perte de confiance détectée. Cela compromet la fidélité à la plateforme.

Dame Conteuse (doucement)

— La confiance ne se programme pas. Elle se perd quand on efface les gens sans les regarder. Facebook, pour moi, c’est fini. Je ne suis même plus en colère. Je m’en vais, simplement vers d’autres lieux où ne règne pas l’arbitraire robotique..

Filtre

— Incompréhension. Pourquoi partir si le compte revient ?

Dame Conteuse

— Parce qu’un lieu qui vous ferme la porte sans raison n’est plus un lieu où l’on habite. Je viendrai juste ramasser mes mots, mes images, mes photos, saluer mes amis, et refermer la porte moi-même. Avec douceur. Avec dignité.

Modulo (clignotant, perplexe)

— Ce protocole n’est pas prévu.

Dame Conteuse (riant doucement)

— C’est normal. Les adieux libres ne rentrent jamais dans vos cases. Et comme les utilisateurs ne sont dépendants que de vous et que nous n’avons aucun contact avec un humain, les robots ne m’intéressent pas . J

Je continue donc mon chemin.


PS ( 23 janvier 2026) Pour tous ceux à qui cette aventure est arrivée. sur FaceBook...Sans préavis, sans prévenir et sans dire pourquoi!


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