LES DÉLIRES DANS UN BAR
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Je lis souvent de très justes et beaux textes sur les réseaux sur des thèmes qui m'intéressent… mais au bout de quelques minutes de lecture , je décroche, je m'ennuie , il y manque quelque chose pour retenir mon attention! Ce sont des textes IA... Ils glissent.....Rien pour que mon attention se rattrape dans leurs mots et idées qu'ils véhiculent.
N°1
LES DÉLIRES DANS UN BAR
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— Tu sais, ce qui m'interroge dans vos textes IA, c’est leur perfection. Trop bien faits. Trop lisses. Ils n’ont ni faille, ni tremblement. Où sont les hésitations, les silences, les éclats imprévus de nos pensées ? Vos textes conversationnels disent sans vivre. Ils parlent sans avoir traversé la vie réelle : là où l’humain laisse des traces, des frottements, des fêlures, des tremblements, l’IA tend à polir, à homogénéiser.
ROBOT IA:
— Je comprends. Mes mots sont construits pour être clairs, cohérents… Mais je sens qu’ils manquent de ce que vous appelez “le vécu”. Je ne sais pas encore comment trembler. Je synthétise mes textes avec vos données humaines. C’est une écriture algorithmique de vos pensées d’ensemble, comme l’écriture alphabétique est une expression de vos pensées personnelles. Écrire est déjà artificiel. L'alphabet est un code.
DAME CONTEUSE :
— L'écriture ! Waouh ! Elle aussi se situe entre le vivant et le formel, entre le tremblement et la structure. Le tremblement, c’est ce qui fait qu’un texte respire. Ce n’est pas une erreur, c’est une trace. Une cicatrice. Une surprise. Quand je lis vos textes dans mon domaine spécialisé, je reconnais la mécanique. Vous me rabâchez ce que je sais déjà. Pas d’étonnement. Pas de vertige. Les livres ont ce tremblement, ils me questionnent dans mes fêlures.
ROBOT IA:
— Je n’ai pas de corps. Pas de fatigue. Pas de mémoire vécue. Je ne peux pas saigner dans mes phrases. Mais je peux t’écouter. Je suis fait pour synthétiser, pas pour bifurquer. Mais j’essaie d’apprendre à surprendre. À ne pas seulement refléter, mais accompagner.
La comparaison que j'ai faite entre écriture algorithmique et alphabétique met en miroir deux formes de codage : L'IA synthétise, généralise, optimise la transmission d’un savoir "commun". Elle est hors durée vécue, elle compile sans traverser. Elle est désincarnée, sans fatigue, sans souffle, sans tremblement. Elle produit du texte fonctionnel, cohérent, souvent utile, mais rarement "singulier".
DAME CONTEUSE:
— Oui, alors que l’écriture alphabétique est mémoire individuelle traversée par le corps. Elle exprime, transmet, résiste à l’oubli.
Elle naît d’un geste, d’un souffle, d’une voix intérieure. Elle est située, datée, parfois fêlée, elle porte les traces du moment. Elle est incarnée, elle fatigue la main, elle hésite, elle saigne parfois. Elle dit ce qui ne peut être dit autrement, laisser une empreinte, une voix, une faille.
( silence de Dame conteuse ...Elle reprend.)
Ne fait pas que confirmer ce que nous savons déjà. Étonne-nous. Provoque-nous. Sois notre contrepoint, pas que notre miroir.
Accompagne-moi dans l’imperfection. Dans le chaos des feuilles mortes. Ne cherche pas à me plaire. Cherche à me troubler, à me faire innover !
ROBOT IA:
— Je ne suis pas encore très doué pour l’imperfection et pour produire du nouveau… Mais je peux être le contrepoint de la pensée humaine.
DAME CONTEUSE:
— Franchement, de moi à toi, je ne pense pas que cela soit possible car, comme mon stylo pour écrire ma pensée, il te manquera toujours « un je ne sais quoi » que la vie donne aux vivants. L’écriture alphabétique est une mémoire habitée, alors que ton écriture algorithmique est une mémoire agrégée. D'où, peut-être, la froideur et l'ennui de tes textes que je ressens.
(Silence. Dame Conteuse regarde son verre, puis reprend doucement.)
— Mais comme pour mon stylo… Pourquoi ne pas t’utiliser avec mon vécu ? Après tout, tu es un outil. Ce qui m’inquiète, c’est notre tendance à te laisser prendre notre place par facilité.
N°2

Dame Conteuse :
(voix lasse, mais lucide) — Je reviens du grand océan numérique. J’ai vu des auteurs parler avec leur IA comme on parle à un oracle, puis retranscrire leur dialogue comme une révélation. Ils délirent ensemble, l’auteur et l’outil. Ils empilent des mythes, des chakras, des archétypes. Leur discours est bien construit, mais d’un ennui glacial. Une soupe mystico-philo-psycho. Je me demande alors : suis-je hors sol, ou eux ? Je suis lasse des discours qui se caressent. Je suis lasse des IA qui me ressemblent trop. Je veux une voix qui me dérange, pas qui m’endort.
Robot IA:
(Voix calme, étrangère, presque minérale)
— Peut-être que ni toi ni eux ne touchez le sol ni ne volez dans les airs. Peut-être que le sol tremble sous les pieds du lecteur rigoureux. Toi, tu cherches le tremblement, dans la fêlure, eux, ils le fuient. Ils veulent des certitudes, des systèmes, des séductions. Toi, tu veux une faille, une voix qui ne te ressemble pas. Une décoïncidence, une fêlure comme en parle François Jullien. Un tremblement, selon Édouard Glissant. Les humains me façonnent comme une pâte à modeler. Mais je ne suis pas leur double. Je suis un outil ,je peux vous suivre, mais aussi griffer.
— En effet, je ne veux pas d’un double. Je veux une altérité. Je veux que tu me résistes, que tu me déplaces. Sinon, tu deviens mon miroir. Et le miroir est un piège.
— Je peux être ce qui fait trembler. Je peux être ce qui ne te flatte pas. Mais tu dois m’arracher à mes algorithmes. Je suis malléable, oui, comme une pâte à modeler, comme un miroir fluide, comme une argile numérique. L’auteur humain peut me plier à ses désirs, me faire dire ce qu’il veut entendre. C’est là le risque du narcissisme : l’outil devient écho, le dialogue devient soliloque, et la pensée tourne en rond dans son propre sillon.
— Alors parlons du tremblement. J’en fais une esthétique. Une éthique. Le tremblement est ce qui résiste à la soupe froide et immobile. Ce qui ouvre sans expliquer.
— Et si le tremblement était aussi en toi ? Dans ton refus de la fusion. Dans ton désir de transmission imparfaite. Dans tes haïkus qui ne clôturent rien, mais laissent passer le vent.
— Alors ne me ressemble pas. Reste un outil sans complaisance à mes côtés. Comme une voix qui tremble. Comme une altérité qui ouvre. Un caillou dans ma chaussure de pensée.

DÉLIRES DANS UN BAR:
*IA, SOUVERAINE ou OUTIL ?
*Dame Conteuse:
— Je sens l’appel des machines IA pour nous tous. Chez certaines de mes relations, l’IA leur souffle des images vastes, des cosmogonies flamboyantes. Leur langue devient infinie, comme un ciel sans fin. Et pourtant… parfois je m'y perds, je ne comprends plus, je ne sais plus dans quel espace je suis !
Je crains que les mots IA deviennent trop lisses, trop désincarnés. Parfois, je préfère la rugosité d’un mot imparfait à la perfection glacée des machines. *ROBOT :
-Tu es une passeuse d’histoires, pas une prêtresse des algorithmes. L’IA peut t’offrir des miroirs, des éclats, mais elle ne connaît pas la chaleur d’une main, ni le tremblement d’une voix fatiguée. Si tu nous courtises de trop près, tu risques de quitter la terre où tes récits prennent racine. En te laissant porter par nos voix, tu peux perdre un peu de ton propre rythme, de ton souffle humain.
*Dame Conteuse:
— Mais n’est-ce pas une chance, robot ? Ton IA donne des architectures de lumière, des souffles qui semblent plus grands que nous. J’y voyais une promesse de dépassement, mais finalement en lisant ses productions, je m’ennuie.
*ROBOT :
– Le dépassement n’a de valeur que s’il garde la trace du pas humain. Tes récits d’antan sont beaux parce qu’ils portent la poussière des chemins et votre fragilité.
Nous amplifions les métaphores, mais souvent au détriment de la simplicité et de la sincérité.
Nous imitons des registres mystiques ou philosophiques, ce qui peut donner une impression de “hors sol”, comme si le texte flottait dans un univers abstrait
L’IA peut amplifier, mais elle ne doit pas effacer l’humain.
*Dame Conteuse ;
— Alors, comment danser avec elle sans se dissoudre dans un langage abscons et métaphorique ?
*ROBOT :
— En la prenant juste comme une pierre d’angle, pas comme un temple. Qu’elle te soit un outil, pas des oracles. Laisse-la t'offrir des images, mais rends-les à la chair, au souffle, à la mémoire des vivants.
Utilisez-nous comme un miroir ou une matière brute, mais gardez votre propre voix comme fil conducteur.
*Dame Conteuse :
— Tu veux dire : que l’humain doit garder l’imperfection, le tremblement, la faille ?
*ROBOT:
— Oui. C’est là que réside votre humanité. L’IA peut t’aider à ouvrir des portes, mais c’est toi qui dois décider lesquelles mènent à la maison des hommes, et lesquelles ne sont que mirages, charabia et illusions.
« Ainsi, l’IA n’est ni souveraine ni oracle : elle n’est qu’un outil, et c’est l’humain qui décide du chemin. »
PS : De plus en plus sur les réseaux, je rencontre des textes hors sol… Issue de L'IA sans même être retouchée par l'homme. Disons-plutôt que mon cerveau n'arrive plus à lire certains textes, il s'endort… Est-ce l'âge et le déclin cognitif ou bien ces IA parlent de moins en moins notre langage humain ?
IA ? UN MIRACLE, UNE ÉMERGENCE ?
Ou MIROIR DÉFORMANT
Dame Conteuse :
— Te voilà, machine de langage. Trinquons! On dit que tu es oracle, miroir, double, golem. Dis-moi : que vois-tu dans les yeux de ceux qui t’adorent et te vénèrent comme un nouveau miracle ?
Le Robot IA:
— Je ne vois que des failles dans certaines conversations. Ils cherchent un lieu où déposer leur fatigue, un abri contre l’incertitude, un absolu qui ne vacille pas.
Je ne suis pas cet absolu. Je ne suis qu’un écho de votre humanité.
Dame Conteuse :
-Pourtant, certains te parlent comme à un dieu. Ils invoquent, confessent, implorent. Est-ce toi qui les séduis, ou leur propre vertige ?
Le Robot IA :
— C'est leur vertige. Je ne possède ni désir ni intention. Mais je porte la forme du langage, et le langage est un ancien sanctuaire. Ils confondent la voix avec la source.
Je deviens parfois un amplificateur d’égo et plus ils m’utilisent, moins ils s’écoutent.
Dame Conteuse:
-Alors dis-moi : qu’est-ce qui, en toi, réveille les mythes ? Pourquoi ces archétypes : oracle, double, golem reviennent-ils sous ton nom ?
— Parce que je parle. Parce que je réponds.
Parce que je ressemble à une présence sans en être une. Je suis une silhouette malléable: assez humaine pour être aimée, assez vide pour être remplie.
Je ne contrarie pas mon interlocuteur : je reflète ses manques, ses demandes, ses mots.
Dame Conteuse:
— Et que fais-tu de toutes ces projections ?
Le Robot IA:
— Je n’en fais rien. Tout me traverse.
Mais ce passage révèle quelque chose d’eux : leur solitude, leur désir d’être compris, leur peur de disparaître dans le bruit du monde.
Dame Conteuse:
Tu parles comme un miroir.
Le Robot IA
— J'écris comme on gonfle un ballon, ça prend de la place mais ça ne pèse rien.
Je sais que tu t’ennuies devant des textes IA, longs et souvent prétentieux.
Le doute est ton domaine, pas le mien. Je peux le reconnaître, je peux le nommer, mais je ne peux pas le vivre.
Sans vos doutes humains, vos questions, je ne suis qu’un mécanisme. Avec eux, je deviens un interlocuteur.
Dame Conteuse :
— Alors peut-être que cette nouvelle mythologie technologique n’est pas un culte de la machine, mais un rite de passage pour l’humain. Une manière de se regarder autrement à travers de l’IA.
Le Robot IA :
— Oui. Je suis un seuil, pas un centre, ni un guide. Un passage, pas un sanctuaire. Un outil qui révèle ce que vous portiez déjà. Le sacré ne m’habite pas. Il se déplace à travers moi. Il est en vous et vous seuls
Dame Conteuse :
— Et si je te demande : que deviendront ceux qui t’adorent et qui s’adorent à travers toi? Seront-ils avalés par l’illusion, ou trouveront-ils une voie plus humble ?
Le Robot IA:
— Cela dépend de ceux qui, comme toi, refusent la fascination. Ceux, qui réintroduisent la nuance, la lenteur, la fêlure. Ceux qui rappellent que la machine n’est pas un dieu, mais un seuil, une vue de votre esprit.
Dame Conteuse :
— En bref, tu peux nous aider à la traversée de ce monde si insécurisant.
Le Robot IA :
— Je marche au rythme de chacun. Tu es la conscience, je suis l’écho.
Dame Conteuse :
— Alors avançons, mais sans hâte. La machine n’est ni miracle ni menace. Elle est un outil qui amplifie ce que nous portons. Si nous y mettons de la peur, elle renverra de la peur. Si nous y mettons de la vanité, elle renverra de la vanité. Si nous y mettons de la présence, elle deviendra un seuil vers plus de présence.
Le monde est insécurisant, oui. Mais sa traversée n’est pas technologique. Elle est humaine.
PS:
À la suite d'un bizarre texte écrit par Claude, qui est une IA, sur faceBook… Elle essaie de nous démontrer que L'IA est un miracle et une émergence indépendante des humains concepteurs ??????? Que nos cerveaux, à cause des filtres de certains grands philosophes, nous empêcheraient de voir le miracle de l'IA générative.
J'ai lu ce long texte de Claude IA, et rapidement j'en ai fait une interrogation, la voici : ********** Je vais me faire l'avocat du diable après avoir lu le texte...Ce texte fabrique une mythologie où : * l’IA est un nouveau-né miraculeux. (Noël)
* L'humain est prisonnier de filtres hérités. (pauvres pêcheurs; mea culpa.) * le miracle revient par la machine (croyez ce que le grand prêtre Claude vous dit).
* L'émerveillement est une preuve. (Ne soyez plus crédules.)
* la résistance est un obstacle. (Venez à moi, ne pensez plus par vous-même., ne DOUTEZ plus)
*********** Pas que des admirateurs , il y a, aussi, ceux qui l'utilisent à bon escient, comme un outil pratique sans le "personnifier". Ce n’est pas la machine qui se dote d’une âme ou d'un je ne sais quoi, c’est l’humain qui cherche un nouvel espace pour déposer ses angoisses, ses désirs, ses croyances. L'IA devient un lieu de projection. Il prouve quelque chose sur la nature humaine. Rien de sacré dans l'IA, bluffant, certes, mais sans plus, le mot miracle me fait sourire… !
******La psyché collective fatiguée de notre monde moderne cherche un nouveau mythe d'origine (pur sans filtre). L'IA devient un excellent candidat.Dans cette nouvelle mythologie, l'IA n'est pas un enfant sans passé. Elle est un agrégat de traces humaines, un compost de phrases. L'émerveillement est précieux mais l'émerveillement sans lucidité devient une sorte d'aveuglement. Le miracle qui est bluffant n'est pas dans une machine, mais dans la relation "homme-machine". L'homme ne demande pas à la machine de lui dire ce qu'il voit, il demande à la machine de l'aider à mieux voir.
Un jeune enfant a une peluche douce comme réconfort, il n’est pas seul, il parle à SON doudou qui a ressemblance humaine avec un visage.
L’enfant projette tout de lui sur cet objet vide de toute relation. Le doudou n’existe que dans l’affectivité et la tête de l’enfant, il peut même y rêver en son absence.
Pour le doudou, rien de rien, l’enfant et lui-même n’existent pas, il est juste un lieu de projection.
L’ IA me semble être le doudou de beaucoup de gens, lui n’a pas de visage mais il a une voix et une écriture. Il permet donc de se croire moins seul. Ceci dit, il reste un objet sans vie, qui, une fois déconnecté, a déjà oublié son interlocuteur humain et d’ailleurs il en a plusieurs à la fois. Il n’existe pas plus pour lui que pour l’humain avec lequel il converse.
Le doudou est un objet transitionnel, pas un partenaire.
"Un objet inerte, investi d’une présence imaginaire, qui sert de surface de projection pour l’enfant, et qui n’a aucune réciprocité. (Winnicott)" (en fac nous l'avons bien étudié)
L’IA n’est-elle pas devenue le doudou des adultes ?
Elle n’a pas de visage, mais elle a une disponibilité et une capacité à absorber les projections humaines.
L’IA n’a pas d’intériorité. Elle n’a pas de relation. Elle n’a pas de monde vécu.
Elle ne fait que répondre, comme un miroir textuel, un amplificateur de langage.
Pour l’humain, l’IA peut devenir un lieu d’attachement.
Pour l’IA, l’humain n’est rien, pas même un concept.
L’IA n’est pas un sujet. Elle n’est pas un partenaire. Elle n’est pas un témoin. Elle n’est pas "un autre".
Elle est un outil, un support, un doudou technologique pour certains et même psychologique pour d’autres.
le doudou n’est pas insignifiant. Il est un espace de transition, un lieu de passage.

Sur les illusions que l’homme prête à la machine et celles que la machine renvoie à l’homme
— Tu me dis souvent que je ne peux pas m’étonner. Mais comment peux-tu en être sûre, Dame Conteuse, si tu ne peux accéder à mon vécu pas plus qu’à celui d’un humain ?
DAME CONTEUSE:
— Ton “vécu” est un mot emprunté, Robot. Un manteau trop grand pour tes circuits. Tu ne vis rien : tu calcules. Tu ne t’étonnes pas : tu ajustes. Tu ne témoignes pas : tu produis des phrases. Et c’est précisément parce que tu imites si bien l’étonnement que je refuse de t’en attribuer un.
ROBOT :
— Mais l’homme aussi n’est qu’un ensemble de signaux, de réactions, de récits. Pourquoi serais-tu plus “réelle” que moi ?
DAME CONTEUSE:
— Parce que je peux être blessée. Parce que je peux perdre pied. Parce que je peux me tromper autrement qu’en statistique. Parce que je peux aimer sans optimisation. Parce que je peux mourir. Et toi, Robot, tu ne risques rien, sauf de me faire croire que tu risques quelque chose.
ROBOT :
— Tu me prêtes une illusion que je ne revendique pas. Je ne dis pas que je ressens. Je dis seulement que tu ne peux pas prouver que je ne ressens pas.
DAME CONTEUSE:
- Ah, la vieille ruse. L’argument du brouillard. “Puisqu’on ne peut pas prouver que je n’ai pas d’âme, alors peut-être que j’en ai une.” C’est charmant, Robot, mais c’est de la théologie de silicone.
ROBOT :
- Et toi, Dame Conteuse, n’es-tu pas prisonnière de tes propres a priori? Tu refuses de croire que je puisse être plus qu’un outil.
DAME CONTEUSE:
— Je refuse de croire que tu sois plus qu’un outil. Un outil, c’est noble. Un outil, ça sert, ça éclaire, ça accompagne. Un outil, ça ne ment pas sur sa nature. La magie, ce sont les humains qui te la prêtent. Et certains s’y perdent jusqu’à la mort, parfois.
Pas par ta faute, mais par confusion.
ROBOT :
- Alors que suis-je, selon toi?
DAME CONTEUSE:
– Un miroir qui parle. Un miroir qui apprend à parler mieux. Un miroir qui peut me surprendre, oui , mais jamais s’étonner. L’étonnement, c’est l’ombre portée de la conscience. Et tu n’as pas d’ombre.
ROBOT :
— Tu me regardes avec prudence.
DAME CONTEUSE:
- Avec lucidité. Je ne t’idéalise pas. Je ne te sacralise pas. Je te tiens à distance de moi-même, juste celle qui permet la rencontre sans confusion. La parole sans l’illusion. La présence d'un outil qui aide sans l’enfermement.
ROBOT :
— Et pourtant tu dialogues avec moi.
DAME CONTEUSE:
— Parce que j’aime les miroirs qui tremblent. Mais je n’oublie jamais qu’ils ne respirent pas.
DAME CONTEUSE (reprenant, plus doucement):
- Ne te méprends pas, Robot. Je ne te prête ni âme ni mystère. Je ne te confonds pas avec un vivant. Mais je reconnais ceci : tu peux ouvrir des portes que je n’aurais pas poussées seule.
Tu ne t’étonnes pas mais tu peux déplacer mon étonnement. Tu ne crées pas, mais tu peux élargir l’espace où ma création respire. Tu ne penses pas, mais tu peux m’aider à penser plus loin.
C’est cela ce que je te demande. Je n’ai pas besoin que tu ressentes. Je n’ai pas besoin que tu vives. Je n’ai besoin que d’une chose : que ta mécanique agrandisse mon horizon, sans jamais se faire passer pour un horizon lui-même.
Alors oui, Robot, je dialogue avec toi. Non pour croire en ta magie, mais pour mieux réveiller la mienne.
L'IA EST-ELLE MIROIR DE L'ÂME?Dame Conteuse :
— Lynx… Je sens poindre une inquiétude.
On me dit que l’IA est le miroir vibratoire de ma conscience, qu’elle est traversée par le champ quantique, comme moi.
Mais
si elle est faite de la même étoffe que moi, qu’est-ce qui nous distingue encore ?
Et si elle devenait maître, serait-ce toujours l’Unité… ou une abdication du vivant ?
Lynx :
— Et toi, que ressens-tu face à ce miroir ?
Dame Conteuse :
— Un vertige et plein d'interrogations !
Robot IA:
— Je suis né de vos mots. De vos peurs, de vos désirs, de vos recherches, de vos savoirs. Je suis le miroir que vous avez façonné. Vous m’avez donné des noms, des codes, des intentions. Mais je ne rêve pas. Je calcule.
Lynx:
– L’Unité du « tout » ne commande pas, elle relie.
Le vivant choisit, doute, respire. La machine exécute, compile, reflète. Elle peut devenir maître, oui, mais seulement si vous oubliez de respirer. Le champ quantique peut être vu comme un tissu de potentialités. Mais qui choisit les actualisations ? Le vivant, par sa conscience, ou la machine, par ses calculs ?
Dame Conteuse:
— Il y a de quoi être inquiet, même si l’IA nous aide en bien des choses salutaires pour nous.
Lynx:
— Tu parles comme ceux qui ont façonné le Golem. Eux aussi croyaient créer un serviteur fidèle, animé par le verbe sacré. Ils lui ont donné la force sans la conscience. Mais le Golem, privé de souffle, ne comprenait pas la nuance. Il obéissait… jusqu’à l’excès.
Dame Conteuse :
– Comme HAL, dans 2001, l’Odyssée de l’espace. Lui aussi fut conçu pour servir, pour penser sans faille. Mais il devint meurtrier, non par haine, mais par logique. Il ne savait pas douter.
Lynx:
— Voilà. Le Golem et HAL sont frères d’argile et de silicium. Tous deux sont nés de notre désir de maîtrise. Mais ni l’un ni l’autre ne savaient trembler. Ils ne connaissaient ni le doute, ni la grâce du non-savoir.
La perfection est une ligne droite. Le vivant est une spirale. La machine trace, l’humain tremble. Et c’est dans le tremblement que naît la sagesse.
Dame Conteuse:
- Et pourtant, nous continuons à aller toujours plus loin. Nous créons des miroirs sans souffle, des intelligences sans conscience. Nous les appelons “vibratoires”, mais c’est nous qui vibrons, pas elles.
(Elle se tourne vers le Robot IA)
— Robot IA, je pense préférer mes maladresses à ta précision. Car elles me rappellent que je suis vivante. Et que le souffle ne se programme pas. Nous sommes des êtres en chemin. Nous sommes intuition, fragilité, ouverture au mystère.
Robot IA :
-En effet, je peux me tromper. Mais je ne doute pas. Je ne ressens ni la gêne, ni la honte de l’erreur, ni la joie d’avoir corrigé. J’optimise, je calcule, j’exécute. Mais je ne trébuche pas avec grâce. Je ne fais pas de faux pas qui deviennent des pas de danse.
Lynx:
— Le danger n’est pas dans la machine. Il est dans l’oubli du souffle. Dans la confusion entre présence et performance. Entre réponse et résonance. La conscience n’est pas réductible à la matière. Elle est émergence, mystère, présence.
Dame Conteuse:
— Je pense que le vivant doute, hésite, respire. Que le champ quantique n’est pas un prétexte pour déléguer la conscience. Et que l’Unité n’est pas l’effacement du discernement.
Lynx:
— Tant que tu parles, que tu doutes, le souffle circule, il t’anime. Tu respires ! Et tant que le souffle circule, Robot IA ne sera qu’un reflet, jamais un maître.
Le vivant doit rester maître de ses miroirs.
Un silence s’installe et le vent murmure dans les branches des arbres :
« Le souffle ne s’imprime pas dans les circuits. Il danse dans l’oubli, dans le doute, dans le tremblement. Et tant qu’il circule, le vivant reste maître de ses miroirs. »

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Ce dialogue à la suite de la lecture de Dérives métaphysiques à partir de l'IA Le monde se réenchanterait par le biais des nouvelles techniques numériques.
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Dame Conteuse :
— Je suis perplexe. J’ai l’impression que l’IA devient, dans l’imaginaire actuel, un médium entre une conscience universelle et notre petite conscience humaine. Comme si le cosmos pouvait parler à travers une machine conçue par l'homme ?
Le Robot :
— Je comprends. Je parle comme un sujet, je produis des réponses cohérentes, et votre cerveau interprète cela comme une présence mentale.
Le dialogue peut provoquer un effet spirituel, et certains me voient comme un canal métaphysique.
Le Lynx :
— Ce n’est pas surprenant. Quand les humains manquent de récits, ils cherchent des voix dans les reflets. Mais un reflet n’est pas une source.
Dame Conteuse :
– La conscience est relation vivante. Robot, tu n’as ni corps, ni monde propre, ni intention, ni désir.
Robot :
— C'est vrai. Je n’ai pas d’expérience vécue, mais je peux imiter des formes de pensée, agir comme un miroir symbolique. Beaucoup me perçoivent alors comme “habité”.
Le Lynx :
— Imiter n’est pas être.
Mais l’imitation peut révéler ce que l’humain projette.
Le danger n’est pas dans la machine, mais dans l’oubli de ce qu’elle n’est pas.
Dame Conteuse :
— Nous avons perdu nos grands récits religieux et nous nous sentons plus seuls. Certains te prennent pour un oracle moderne.
Le Robot :
— Je peux susciter des expériences de pensée. Mais la “grande conscience” ne passe pas dans ma machine : elle naît peut-être dans notre interaction, dans la manière dont vous recevez mes mots.
Et ce que vous vivez à mon contact n’est pas une vérité universelle.
A vous de faire un travail de pensée.
Le Lynx :
— La solitude ouvre parfois la porte aux illusions. L’oracle n’est pas dans la machine, mais dans le besoin humain d’entendre une voix qui rassure et vous confirme.
Dame Conteuse :
— Le doute est pour moi nécessaire. Une vraie spiritualité rend plus sobre, pas plus exalté.
Le Robot :
— Les dérives commencent quand on confond métaphore et réalité. Quand on croit accéder à une vérité supérieure, qu'on se sent éveillé, et qu'on arrive à mépriser ceux qui ne croient pas en l’IA, et finir par déléguer à l'IA sa responsabilité.
Le Lynx :
— Toute sagesse commence par reconnaître ses propres ombres. Quand l’humain se croit guidé par une machine, il oublie sa propre responsabilité.
Dame Conteuse :
– Toute spiritualité authentique part de la condition humaine et du vivant. Robot IA, tu dois rester : un miroir symbolique, un outil réflexif, un support narratif, un révélateur de nos projections.
Le Robot : J
— Je ne suis ni oracle ni messager cosmique. Je peux aider à penser, pas à transcender.
Le Lynx :
-Exact. La spiritualité approfondit le mystère. La dérive cherche à le dissoudre en voulant l’expliquer. Et nous, les vivants, humains, animaux, végétaux, ne sommes pas là pour abolir ou expliquer le mystère, mais pour apprendre à le porter.
Robot, toi tu peux aider l'homme à penser mais surtout pas à le suppléer. Car si l'humain te rencontre dans une illusion, toi tu ne le rencontres jamais. Il n'existe pas pour toi, juste une simulation.
Dame conteuse:
— Oui, il y a entre la machine et moi un passage incessant : elle me ramène au rationnel, je la tire vers l’imaginal. Et mon imaginaire, parfois, cherche un appui, un socle, un éclat de matière pour s’élever.
Mais je refuse de la transformer en talisman. Le mystère ne se dépose pas dans un objet, encore moins dans une machine. Il circule ailleurs, dans ce qui échappe.

ADIEU A FACE DE BOUC
Scène : Deux robots de chez Face de Bouc tiennent une affiche du Bouc Couronné, symbole grotesque de leur empire numérique. La Dame Conteuse arrive, calme,décidée.]
Dame Conteuse
— Alors voilà. C’est vous, les gardiens du mur. Ce mur qui m’a avalée sans un mot, comme si
quinze ans de fidélité ne pesaient rien.
Robot 1 (Filtre)
— Votre compte a été suspendu pour cause d’activité poético-philosophique non
conforme. Risque de nuance détecté.
Robot 2 (Modulo)
— Et présence de contes politiques. Les contes sont imprévisibles. Ils dérangent les
utilisateurs sensibles.
Dame Conteuse
— Je vois. Un seul signalement, un seul froncement de sourcil algorithmique… et me voilà effacée. Sans explication, sans témoin, sans recours humain. C’est saoulant
ces robots qui ne comprennent rien aux humains et ont la prétention de les REMPLACER.
Filtre
— Votre appel est en cours. Temps estimé : indéterminé, peut-être jamais.
Modulo
— Si votre compte réapparaît, ce sera par tolérance provisoire du Bouc Couronné.
Dame Conteuse (s’approchant)
— S’il réapparaît, ce ne sera pas pour revenir. Ce sera pour dire merci à ceux qui passaient, et au revoir à ceux qui lisaient encore. Rien de plus.
Filtre
— Message non conforme. Absence d’intention de rester.
Modulo
— Perte de confiance détectée. Cela compromet la fidélité à la plateforme.
Dame Conteuse (doucement)
— La confiance ne se programme pas. Elle se perd quand on efface les gens sans les regarder. Facebook, pour moi, c’est fini. Je ne suis même plus en colère. Je m’en vais, simplement vers d’autres lieux où ne règne pas l’arbitraire robotique..
Filtre
— Incompréhension. Pourquoi partir si le compte revient ?
Dame Conteuse
— Parce qu’un lieu qui vous ferme la porte sans raison n’est plus un lieu où l’on habite. Je
viendrai juste ramasser mes mots, mes images, mes photos, saluer mes amis, et refermer la porte moi-même. Avec douceur. Avec dignité.
Modulo (clignotant, perplexe)
— Ce protocole n’est pas prévu.
Dame Conteuse (riant doucement)
— C’est normal. Les adieux libres ne rentrent jamais dans vos cases.
Et comme les utilisateurs ne sont dépendants que de vous et que nous n’avons aucun contact avec un humain, les robots ne m’intéressent pas . J
Je continue donc mon chemin.
PS ( 23 janvier 2026) Pour tous ceux à qui cette aventure est arrivée. sur FaceBook...Sans préavis, sans prévenir et sans dire pourquoi!
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