PHOTOS ET POÉSIE ( 2025)
Un beau privilège de la vie que de m'accorder les bois et la mer… Je vis dans la nature, que cela soit en Île-de-France ou dans le Calvados… Un regret parfois pour la garrigue, mais elle devenait trop fatigante et anxiogène pour moi.
Je suis contente de m'être remise à la photo… Les balades deviennent une chasse, un pistage de l'élément à prendre, une observation accrue et un repos mental car on ne peut pas être à l'affût et avoir mille pensées en tête. J'avais besoin de relaxer mon cerveau. Mes balades deviennent des marches rituelles, le regard en écoute, et le monde en murmure à saisir. De plus, sur les éléments capturés, j'accroche des émotions dessus, d'où les tankas, haïkus et haïbuns....Je me surprends à aimer ce que je photographie. J'aime la forêt, mais là, j'aime ses détails qui sont des fragments du monde… Nous marchons indifférents sur les feuilles mortes, mais si je me penche sur seulement UNE de ces feuilles, elle a des choses à me dire…
La photo "représente" la réalité du monde captée. Des éléments matériels, mais vivants avec des cycles plus ou moins lents selon l'être de chacun. Je clique sur du réel, mais en même temps je sens mon imaginaire titillé qui se met à vagabonder car nous sommes faits du même tissu, certains disent de la même poussière d'étoile. A partir de là, j'imagine sur des tous petits détails du monde. Réalité +imaginaire donnent du piquant à mes balades dans les sous-bois. La photographie est comme une sorte de seuil, où le réel et l’imaginaire se rencontrent. Capter la matière, feuilles, mousses, insectes : dans un geste, qui ouvre une brèche vers l’invisible. Bref, une façon de ne pas m'ennuyer et de rester en éveil pendant les mêmes balades sur les mêmes chemins forestiers qui ne sont pourtant jamais identiques. Le réel m’offre la texture, la densité, la présence, l’imaginaire m’offre l’inattendu, la poésie. L'imaginaire est à la portée de tous.
Haïkus, tankas et haïbun accompagnent les photos.
Le haïbun est une composition littéraire mêlant prose et haïku.
LAISSE MER
(à la fois ce que la mer abandonne et ce que le rêveur recueille.)
Sur la grève, les pierres me parlent. Elles ne me disent pas ce qui est, car elles sont, mais ce qui a été traversé.
Le géologue nomme, classe, mesure. Il lit les strates comme un archiviste du réel.
Le rêveur cherche leur mémoire, ce qu'elles ont traversé.
La vérité factuelle est une carte : utile, précise, mais toujours à distance. Elle dit : « Ceci est un granite, formé il y a 300 millions d’années. »
La vérité existentielle est une blessure : elle dit "je suis passé par là, et ici encore", et parfois "je ne sais pas comment j’ai survécu".
Je me penche. Une coquille brisée, un éclat de verre poli par la mer. Rien d’exceptionnel. Pourtant, je sens que quelque chose me regarde. Pas un œil, mais une mémoire qui veille. Une mémoire sans langage, offerte à qui sait rêver..
Marée descendante le galet garde le poids du pas
Il y a des jours où l’espace ne se mesure pas en mètres, mais en silences, en sensation d'ouverture.. Le sable sous mes pieds ne m’appartient pas, mais il m’accueille. Chaque empreinte est une négociation entre le poids ,le vent et mon désir. Je marche sans destination, seulement pour éprouver la distance entre moi et ce qui m’entrave.
La liberté n’est pas un drapeau, ni une revendication. Elle est ce moment où le ciel ne demande rien, où le corps cesse de se défendre. Elle est dans le retrait, dans le refus de répondre à l’appel des formes. Respirer devient alors un acte de résistance douce ,une manière de dire oui sans se soumettre.
Je pense aux oiseaux qui ne cherchent pas à fuir, mais à habiter l’air. Leur vol n’est pas une conquête, mais une offrande. Peut-être que la vraie liberté est là : dans le consentement à l’invisible, dans l’accord avec ce qui ne se possède pas.
Vent sur la plage
le monde s’élargit
à chaque soupir
PS: Une de mes photos de la plage où je devrais être si les contraintes de la vie ne m'obligeaient pas à être en forêt. J'espère pouvoir y aller en janvier, me vider la tête et le cœur et retrouver mes goélands. La forêt est un milieu où chaque détail te parle de la vie et la mort et ils sont là à chacun de tes pas. La mer , ce sont ses plages immenses et presque vides où tu ressens le sens du mot : liberté ! Ce sont deux régimes d’existence, deux manières de respirer le monde.
Sable vivant
Le vent a tout balayé. Les empreintes, les cris, les déchets.
Il ne reste que le sable, ce désert miniature, granuleux et sans mémoire. Et pourtant, surprise, etonnement,une pousse.
Une pousse verte, charnue, obstinée. Elle ne devrait pas être là. Le sel, le vent, l’absence d’eau tout conspire contre elle. Mais elle est là. Elle s’élève sans bruit, sans drame, comme si la vie n’avait besoin que d’un soupir pour recommencer.
Je m’accroupis. Je touche la plante du bout des doigts. Elle ne fuit pas. Elle ne réclame rien. Elle est. Et dans son être, elle dit : "je suis née ici, dans le refus du possible."
Je pense à tous les lieux que l’on dit stériles.
Les cœurs fermés, les terres salées, les mémoires vides d'être trop pleines. Et je me demande : peut-être que la vie cherche la faille pour une promesse.
Sable sans racines une feuille verte s’élève silence fécond.
Sur le sable, elle repose, translucide et bleue, comme un fragment de ciel tombé dans l’eau.Elles n'ont pas de carapace, le venin des méduses est leur seule protection. Les enfants s’en approchent, puis reculent, effrayés. Les adultes la maudissent, parlent de brûlures, de venin, de vacances gâchées. Echouée, innofensive j'y vois une offrande. Une présence venue d’un autre monde, sans cri, sans défense, sans mensonge. Elle ne chasse pas, elle ne fuit pas. Elle a pulsé. Elle est.
Méduse échouée
la beauté qui pique
la mer qui rêve..
Ils sont là, massifs, muets, échoués comme des cétacés fossiles sur les plages de l’histoire. Les blokaus, abris de guerre, portent encore les cicatrices du siècle. Béton armé, angles morts, mémoire enfouie. Et pourtant, sur leurs flancs rugueux, des couleurs jaillissent. Des cœurs, des chats, des signes, des cris. L’art brut s’y faufile, s’y accroche, s’y invente.
Un dinosaure aux yeux en cœur veille sur les ruines. Une silhouette noire, bras ouverts, semble dire "je suis là", entourée d’une aura jaune comme un soleil intérieur. Les ankhs, les yin-yang, les nuages naïfs : autant de talismans jetés contre l’oubli.
Ce n’est pas un musée. C’est un palimpseste. Un lieu où le chaos devient chant, où le béton devient rêve. L’art brut ne cherche pas à plaire. Il cherche à survivre.
Béton tatoué
le silence des bombes
devient murmure de jeunes
*Éclats du ciel sur la terre
Sur le sol , une plume blanche repose, constellée de gouttes minuscules. Chaque perle d’eau retient un monde, un ciel inversé, une mémoire de pluie. Un silence comme si la terre elle-même retenait son souffle pour ne pas effrayer la légèreté. La plume ne vole plus, mais elle scintille. Elle est devenue un diamant d’humilité.
Je pense à l’éphémère, à ce qui ne tient qu’un instant avant de se dissoudre. À la beauté qui ne s’impose pas, mais qui s’offre , discrète, tremblante, presque invisible. Le sol va recueillir plume et diamants..
goutte sur la plume
le poids du monde
devient lumière
Reflets dans l’étang
les rennes ne bougent plus
mais le cœur galope
La nuit s’est faite écrin. Le parc, s’est métamorphosé en théâtre d’étoiles. Deux rennes figés dans leur course tirent un traîneau de lumière, suspendus au-dessus de l’eau comme un rêve qui hésite à se réveiller. Chaque guirlande, chaque contour lumineux semble murmurer une histoire ancienne, celle que les enfants devinent sans la connaître, celle que les adultes oublient en grandissant.
PS à la photo:
C'est beau ! C'est la copropriété qui gâte petits et grands. Chaque année je mesure mon détachement et ma difficulté à me plonger dans ses fêtes… Peut-être trop axé sur la consommation et moins sur le fond de cette fête. Peut-être que mon âge et l'expérience m'éloignent de l'enchantement des lumières de Noël ? Pour moi, c'est la rencontre du père Hiver et du bébé Printemps ! Ce que les mythes anciens savaient : au cœur de la nuit la plus longue, quelque chose recommence à respirer. Le vieux monde, fatigué, glacé, accueille une promesse minuscule. Pas un triomphe, pas un miracle spectaculaire, juste une naissance fragile, discrète. Je regrette les crèches car elles nous parlaient de ce bébé , en dehors de toute croyance religieuse, mais d'une intuition métaphysique et mythologique. Je ne m'éloigne peut-être pas de Noël, mais je m'éloigne de son travestissement.
Une pierre qui fut mer
Ce coquillage fossilisé est une trace du vivant marin, certainement un bivalve, un fragment d’un monde vivant fluide devenu solide. Il a vu les marées, les tempêtes, les silences. Et maintenant, il repose, pierre parmi les pierres, mais avec en lui le souvenir du sel, du mouvement, du chant des vagues.PS:Vous avez tous, enfin je pense, vu ce genre de coquillage presque fossilisé en bord de mer…Cela m'a toujours intriguée…La pierre, notre ancêtre sur terre…Et Fan rêve.....
Haibun – Le point vert
Les gardiens de la forêt ont peint un point vert sur l’écorce.Une sentence, l'arbre est malade, il doit être abattu . L’arbre ne sait pas encore qu’il va tomber. Le lierre, lui, s’accroche. Il grimpe, il enlace, il croit encore à la verticalité. Ensemble, ils forment une alliance ancienne, un pacte de sève et d’ombre. Mais le vert n’est plus celui de la chlorophylle , c’est celui du verdict.
Je marche dans la forêt comme on traverse un cimetière avant l’heure. Chaque tronc marqué est un futur silence. Et pourtant, le lierre persiste. Il ne connaît pas la logique des hommes, ni leurs diagnostics. Il croit à la lenteur, à la résilience, à l’étreinte. Il grimpe comme on prie.
Point vert sur l’écorce
le lierre ignore
la langue des hommes.
RÊVE DE PIERRE
Le dernier souffle du champignon
Le champignon s’est ouvert, comme une bouche qui expire. , il s’est creusé. Sa peau se ride, se durcit, se tache. Il
ne respire plus, mais il semble tenir encore. Comme une pierre qui aurait connu
le frisson de la vie.
La lumière glisse sur sa surface rugueuse. Ce n’est
plus tout à fait du vivant. Ce n’est pas encore du minéral. C’est un entre-deux.
Un seuil. Il ne pourrit pas il se
fossilise. Il ne disparaît pas il
devient trace.
Champignon fané
la pierre en lui s’éveille
au souffle éteint.
RÊVE DE PIERRE
La pierre et le souffle
Sous mes doigts, la pierre ne cède pas. Elle résiste,
compacte, silencieuse. Pourtant, elle n’est pas morte. Elle est lente. Elle est
mémoire sans nerfs, sans sang, mais mémoire tout de même. Chaque fissure,
chaque veinure, chaque éclat raconte une pression, une chaleur, une durée que
le vivant ne peut contenir sans se briser.
Et si la pierre était notre sœur plus lente, plus
dense, plus patiente ? Nous, chair et souffle, passons vite. Elle, elle attend.
Elle ne pousse pas, elle ne respire pas, mais elle se transforme. Elle
s’effrite, elle se dissout, elle devient sable, puis sol, puis humus. Elle entre
dans le cycle du vivant par la porte du temps.
Pierre immobile
le souffle d’une randonneuse
la traverse en rêve.
Le trou dans l’écorce
Il y a des arbres qui s’ouvrent comme des paupières. Celui-ci, fendu par le temps, laisse entrevoir un monde en retrait : feuilles mortes, sol humide, murmure des choses oubliées. Le trou n’est pas une blessure, mais une invitation. .
Je m’approche. Le bois craque sous mes pas. Ce n’est pas une porte, ni un abri. C’est un seuil. Un lieu où le dehors devient dedans, où le visible se retire pour laisser place à l'ombre.
Un tunnel de bois et de silence.
Je pense alors au "passage"
Un couloir sombre entre deux lieux.
Une nuit privée d'étoiles (Thomas Merton)
La nuit obscure de l'âme (Jean de la Croix)
Un corridor entre deux souffles.
Trou dans l’écorce
le vent s’y glisse,
sans demander
L’ombre
et le réel
Je marche
dans l’herbe jonchée de feuilles mortes. Le soleil bas étire mon ombre, longue
comme un souvenir. Elle me précède, me suit, me traverse. Preuve que je suis là
, mais sans poids, sans froissement. , cette ombre ne pèse
rien sur le sol. Elle ne plie pas les brins d’herbe, ne froisse pas les
feuilles
Elle existe sans exister. Pourtant, s’il y a ombre, il y a corps.
Voir le réel et vouloir voir la fiction
La « pensée désirante » voudrait nier cette rugosité, cette réalité du corps, abolir sa contingence, inventer sa présence sans limite. Contraindre le corps et la réalité à l’impossible Mais la réalité ne se plie pas. Elle est humble, offerte. Mon corps n’est pas ce que je veux qu’il soit: Il est ce qui fait ombre.
Ombre sur l’herbe
sans bruit, sans poids, sans matière.
le corps réel s’avance
Sur le tapis de mousse, une feuille hésite. Elle n’est plus tout à fait verte, pas encore tout à fait morte. Elle porte en elle les strates d’un passage : chlorophylle en retraite, brunissement en marche, et ce blanc qui s’infiltre comme une mémoire fongique. Elle est métisse, non par origine mais par devenir ,un devenir qui ne choisit pas, qui accueille.
Verte ou orange. ni l’une ni l’autre, ou les deux à la fois. Un tremblement entre les couleurs, le chant discret de la transition.
Feuille trouée
entre vert et rouille
le vent ne tranche pas.
Tronc éventré
la lumière s’attarde
sur les cernes muets.
Dernier souffle sec
les graines tombent en silence,
l’aube germe en creux.
Dans l’ombre du tronc
Souffle d'autres corps
abri partagé
Tanka
Dans ce labyrinthe
Sentier d’ombres et de spores
les pattes hésitent
chaque creux devient passage
pour qui ne pèse qu’un souffle
la robe d’un bal sylvestre
frémit sous la mousse
Haibun : Le pacte silencieux
Sur l’écorce d’un arbre tombé, un lichen s’étale. Ni plante, ni mousse, ni moisissure , il est autre. Une cohabitation entre deux règnes : champignons et algues. Une alliance ancienne, un pacte entre deux solitudes : le champignon et l’algue. Ensemble, ils deviennent un être tiers qui a en premier colonisé la terre. Non pas fusion, mais cohabitation. . Le lichen ne prétend pas engendrer le monde végétal. Il se souvient seulement d’un temps où la lumière et l’ombre ont appris à vivre ensemble.
lichen sur le bois
le premier souffle du monde
n’était pas une plante
Haibun : Le gel passe
Sur le tronc noirci d’un arbre tombé, un bouquet de champignons s’est risqué à naître. Ils ont percé l’écorce, frêles et bruns, portés par l’humidité et la promesse d’un automne clément. Mais la nuit a trahi leur espérance. Le gel, brutal et sans appel, a figé leur croissance, ridé leurs chapeaux, rompu leurs tiges. Ils n’ont pas résisté.
Ainsi va le vivant , il surgit, il tremble, il s’efface. Non pas dans le fracas, mais dans le frémissement. Les catastrophes naturelles ne hurlent pas toujours. Elles passent dans l’indifférence du ciel.
Champignons flétris
le gel n’a pas crié,
il a juste passé.
Sur un tapis d' automne
Elle aurait dû plonger, s’enfoncer dans la terre tiède, rejoindre les racines, s’endormir dans l’humus. Mais la voilà là, perchée sur un lit de feuilles mortes, exposée au vent, au regard, à l’inattendu. Une baie rouge, minuscule, éclatante comme une parole oubliée. Elle ne comprend pas. Pourquoi elle ? Pourquoi ici ? Le sol est tout proche, mais elle ne l’a pas touché.
Feuilles en berceau
la graine rouge attend
un miracle de vent.
PS:Les feuilles vont l'entrainer avec leur pourrissement à faire ce qu'une graine doit faire…
Si les circonstances le veulent car la Nature est généreuse en graines, mais peu de graines aboutiront à leur mission… Comme dans le texte d'Évangile : "Beaucoup d'appelés et peu d'élus."Se fondre pour un champignon:
Haïku
Gouttes de givre
diamants sur sa robe verte,
l’aube la caresse.
Tanka
Sous le givre clair,
la feuille tremble en silence
demoiselle nue,
parée d’un souffle glacé,
éphémère et souveraine.
Haïbun
Ce matin-là, lun rayon de lumière glissait comme un murmure sur les feuillages. Une petite feuille, rouge et verte, se tenait là, offerte au froid. Chaque goutte de givre semblait taillée dans le cristal, suspendue entre chute et éternité. Elle ne disait rien, cette demoiselle plante, mais son silence brillait plus fort que les mots. Je me suis arrêté, retenu par sa beauté fragile, comme si le monde entier tenait dans cette pause.
Gouttes de givre
la plante devient princesse
pour un seul matin.
PS;En PHOTO, parfois je rage car la notion d'instant s'y fait très fort… La lumière, le coup de vent, la goutte qui tombe, l'insecte turbulent qui refuse de se poser, tout est l'affaire de cet instant si fugace… Il faut faire vite et pas trop de temps pour régler l'APN sur le réglage adéquat (je suis une humble amatrice)…… C'est peut-être cela la beauté et la frustration de la photographie : l’instant décisif. C’est ce moment fugace où tout s’aligne, lumière, mouvement, sujet, et où il faut être prêt à déclencher sans hésiter. C’est une lutte permanente entre la spontanéité et le réglage ( j'utilise un compact avec des programmes préréglés mais il faut vite trouver le programme adéquat et la bonne distance). Une chance, en rentrant de ma balade, j'utilise mes logiciels de retouches photos afin de sublimer la vue et de retrouver mon émotion au moment du clic. Enfin, j'essaie !
HUMOUR
La forêt, ce matin, est haute couture.
Dans la clairière, c’est l’effervescence.
Les arbres frémissent, les champignons de toutes classes murmurent : la collection automne-hiver est arrivée.
Deux robes somptueuses, signées "Maison Ganoderma", s’élancent sur le podium de bois décadent. Noires et brillantes, elles évoquent les robes de divas gothiques sorties d’un opéra. Le jury composé d’un corbeau, d'un rouge-gorge, d’une araignée et d’un vieux chêne est conquis.
Moi aussi!
Haibun :
Fractale de mousse
Sous mes pas, un tapis de mousse
s’étend, humble et silencieux. Je m’accroupis. À hauteur d’œil, le monde
bascule : des tiges fines dressent leurs capsules comme des arbres en veille.
Chaque sporophyte devient un pin, chaque goutte de rosée un lac. Le paysage se
replie sur lui-même, se démultiplie.
Une forêt dans la forêt, un monde
dans le monde.
Je pense alors aux fractales, ces formes qui se répètent à l’infini, et que j'ai tant travaillées dans le passé. Comme si la nature elle-même écrivait des poèmes mathématiques. Le chaos devient ordre, Fractales où le minuscule devient cosmos, où la mousse devient forêt. Une contemplation qui évoque la sensation d’infini dans le détail,
forêt miniature
la mousse rêve en spirale
d’un monde sans fin
Je me désagrège
La grains du sol me recouvre
Je deviens terre.
Haibun :
L’indice mycélien
Il n’y a pas de panneau, pas de sentier. Seulement un tronc fendu, couvert de mousse, et ce liseré blanc, le champignon, comme une lèvre entrouverte, indique l’endroit. Les feuilles mortes bruissent sous mes pas. Je m’arrête. Le palais des nains ne se montre qu’à ceux qui savent lire les signes. Ce n’est pas une porte, c’est un passage. Et le champignon, discret, désigne sans insister.
Sous l’écorce sombre
Le doigt blanc du champignon
Entrée des secrets.
LE TROU MYSTERIEUX
Je m’arrête devant le tronc tombé, comme devant une bouche ouverte. Le trou n’est pas un simple creux : il aspire le regard, le silence, les pensées. Il semble dire : « Je suis ce que vous ne voulez pas voir. Autour, la mousse s’accroche comme une mémoire verte, et le champignon, large et pâle, veille. Ce trou n’est pas vide. Il est peuplé d’ombres, de racines mortes, de murmures. Il pourrait être la porte d’un monde souterrain. Je n’ose y glisser la main. Pourtant, quelque chose m’appelle. Une peur ancienne, celle des cavernes, des tanières, des commencements et des finitudes.
Tronc
fendu, silence
le champignon garde
le
seuil des disparus.
Haiku:
lac
dans une feuille
le bois pourrit en silence
sous
la pluie d’automne
Matrice éclatée
Le fruit est rose, tendu, prêt à éclater.
La capsule colorée s’ouvre pour révéler les graines.
Elle aussi s’ouvre, comme un ventre qui cède sans violence.
Et là, dans l’interstice, une graine marron pointe. Elle n’a pas encore chuté, mais elle est déjà autre.
Elle porte la couleur de la terre, du bois, du monde à venir.
Ce n’est pas une naissance spectaculaire. C’est une venue discrète, presque secrète, comme si le monde voulait préserver l’intimité du passage.
Je pense à la maternité en regardant ces capsules du fruit du fusain.
Graines en cocon
Le monde attend sans
hâte
Silence de mère
(photo novembre 2021)
Masque de vent
Sur le sentier oublié, accroché au grillage, un visage me
regarde. Non pas humain, mais tissé de filaments, de graines en attente. L’herbe
aux gueux a pris l’apparence d’un masque non pour cacher, mais pour révéler. Chaque
plume blanche est une pensée en suspens, chaque filament, un souvenir que le
vent n’a pas encore emporté.
Je m’arrête. Le masque me murmure en silence que la beauté
ne se montre pas, elle se laisse deviner. Que le monde ne se conquiert pas, il
se traverse. Et que les graines, même légères, portent en elles des forêts
entières.
Masque de silence
Le vent sème des graines
Dans les feuilles tombées
(clématites sauvages, et plus précisément de Clematis vitalba, aussi appelée “vigne blanche” ou “herbe aux gueux”.Attention : toute la plante est toxique, notamment en cas d’ingestion ou de contact prolongé.)
champignon farceur
Sur le tronc noirci, une forme s’étale, rousse et veinée,
mimant à s’y méprendre une feuille de chêne tombée. Mais la peau est trop
rêche, trop vivante dans sa lente digestion du bois. Ce n’est pas une feuille,
c’est un champignon, un artisan de la décomposition qui joue à se fondre dans
le décor automnal. Il ne tombe pas : il pousse. Il ne meurt pas : il
transforme.
Je m’accroupis. Le vent soulève une vraie feuille, légère,
craquante. L’autre reste, incrustée dans l’écorce, comme une mémoire fossile.
Le champignon ne veut pas être vu pour ce qu’il est.. Il est le masque et le
festin.
Feuille ou champignon ?
Le bois ne dit plus rien
Sauf l’odeur du temps
REFUGE INTERIEUR
La pluie a fini de tambouriner sur les feuilles, mais dans l’abri d’une corolle, le monde ralentit. Là, à l’ombre d’un pétale nacré, des vies minuscules s’abritent, une vraie caverne d'Ali Baba. On ne les voit pas toujours. L’insecte, fragile et tenace, trouve son sanctuaire dans l’éphémère. Et nous, qui croyons devoir bâtir des murs, oublions qu'il y a des jours où le monde semble trop vaste, trop bruyant, trop sûr de lui. Alors, petit, minuscule ou grand, on cherche un repli. Chacun porte en soi une caverne d’Ali Baba. On y entre sans fracas, sans clé. Le seuil est fait de souvenirs, de poussière dorée, de choses inutiles mais essentielles. Là, le tumulte s’apaise. Là, les objets parlent. Là, le cœur retrouve sa taille d’origine. Dehors, il pleut !
Pluie sur les pétales
un peuple d’ailes cachées
attend le soleil.
Tanka
Feuille ou champignon
le vivant se travestit
pour durer un peu.
Même la mort devient masque
dans la danse des saisons.
Sur le dos d’un vieux tronc, un corps
se défait. Il ne lutte pas. Il s’ouvre, se livre, se laisse disparaître par des
mains invisibles. Une scène de lente
décomposition, tissée de soie et de silence, où le champignon devient témoin et
acteur d’un cycle.
Soie sur bois pourri
le souffle d’un champignon
tisse
l’oubli lent.
Baignoire d’oubli
Ce matin, dans le sous-bois, les citrouilles
ne jouent plus à faire peur. Leur peau s’est affaissée comme une vieille
promesse. Elles s’ouvrent en deux, offertes, baignoires pour les insectes et
les oiseaux qui n’ont plus peur des masques terrifiants. C’est une fête
silencieuse, une orgie de fin de règne. L’Halloween est passé, le carnaval des
ombres s’est tu. Reste la pulpe, le sucre fermenté, la lente offrande au sol.
Elle devient terre, elle devient eau. Elle devient ce que nous refusons de
devenir : poreuse, inutile, généreuse.
Citrouille fendue
Des feuilles s’y baignent
Sans demander pardon
Le Monstre du Chêne
Je marchais dans les bois, l’esprit en chasse, l'APN en main, quand soudain… un rugissement muet. Enfin presque!
Là, sur le flanc d’un vieux tronc, trônait une excroissance digne d’un bestiaire médiéval. Un champignon ? Non. Une mandibule fossilisée ? Une bouche ouverte sur le néant, prête à avaler les randonneurs distraits et les philosophes trop bavards.
Sa surface blanche, lisse comme une porcelaine de grand-mère, contrastait avec sa gueule brune, rugueuse, crevassée, Je m’approchai. Il ne bougea pas. Mais j’ai senti son jugement. Ce champignon avait des opinions.Je l’ai salué, lui ai promis de revenir avec des biscuits. Il n’a pas souri, mais m'a montré les crocs! Brrrrrr!
Trône de bois fendu
le champignon juge en silence.
nos vies trop pressées.
Haibun
Le tilleul bougon
Chaque
automne, il râle. Le vieux tilleul du chemin forestier se plaint de tout : du
vent, des pies, et surtout des
cueillettes.
"Encore
vous ? Vous n’avez pas assez bu de moi l’année dernière ?" Il marmonne, il
craque, il laisse tomber ses feuilles comme des lettres de rupture.
Mais nous, fidèles, nous revenons. Car ses feuilles, même ridées, même un peu jaunies, ont ce goût de sieste et de souvenirs.
Dans la tasse, il devient philosophe. On
l’écoute infuser ses pensées de vétéran de la forêt.
Tisane
fumante
Le tilleul
raconte
ses
rhumatismes
Haibun
« La bouche du monde ».
Dans la
forêt, rien ne repose. Le sol est une bouche, les racines des langues, les
spores des promesses. La mouche , le champignon, eux aussi seront mangés.
La vie ici
ne s’excuse pas. Elle mange, elle est mangée. Et dans ce festin sans fin, il
n’y a ni cruauté ni grâce, seulement la transmission.
Mouche sur champignon
Le vent
soulève les spores,
d’un festin ancien.
Haibun
Le Nom du Champignon
Je marche dans la forêt après la pluie. Le sol est gorgé de silence et d'eau. Sur un tronc tombé, un bouquet de champignons s’élève, comme une offrande. Leurs bords frangés, semblent écouter. Je ne connais pas leur nom. Peut-être n’en ont-ils pas. Ou peut-être que leur nom est ce que le bois murmure quand il se décompose : un souffle, une mémoire, une lente digestion du monde.
champignons sans nom
il pousse là où l’arbre
a cessé de dire
Feuilles en tapis,morts dorés sur sol humide .Mousse obstinéesurgit d’un dernier soupir.L'automne pleure en beauté.
X devant la mer"C'est beau, hein !Y répond : "oui;On mange quoi ce soir ?"
LE serpent ( pareidolie)
Souche
ancestrale,
le souffle
d’un vieux serpent
hante les
racines.
Haïku
Sous l’eau paisible
le grand glisse sans orgueil
frères en silence.
Tanka
Le grand koi
s’avance, sans trouble ni vanité.
Les petits l’entourent,
sachant qu’il ne cherche rien
que n’être poisson, lui aussi.
MÉDITATION :
Sous l’écorce morteDes chapeaux frêles s’élèventSouffle de l’automne.Chaque tige est un soupir
Que le vent n’ose briser.
Haïbun : ( Prose+ haïku)
Dans le sous-bois, les baies
blanches brillent comme des perles oubliées. Elles semblent pures, intactes,
mais certaines sont fendues, offertes aux becs, aux mandibules, aux faims
invisibles. La lumière les caresse comme si elle ignorait leur destin. Tout ici
est calme, mais tout se mange. Même la beauté.
Il court, léger vent,vers l’appel bleu de la mer.Ses pas dans le sable,s’effacent comme un secretque l’enfance confie au ciel.
Mes bois de ballades
Haibun ; Le dernier lien
Elle ne sait plus si c’est le vent ou le temps qui l’érode.
Suspendue à une branche qui ne la nourrit plus, elle sent le monde s’éloigner doucement. Ce n’est pas une chute, c’est une offrande.
Elle se détache peu à peu, non par oubli, mais par fidélité à ce qui fut.
Être feuille, c’est accepter de tomber sans bruit.
Après s’être nourrie, elle nourrit la terre à son tour, humble passage, sans retour.
Soleil déclinant,les goélands en silencedans l’onde paisible.Le monde semble s’arrêter,tout est calme, suspendu.
Cyclamens dressés,dans l’humus qui les nourritsans bruit ni témoinElles regardent la Terre.libres sous le ciel d’octobre.
Tanka
Sous l’ombre des feuilles
elles brillent comme des perles
douce illusion
le poison se fait beauté
dans le silence des bois
Haibun
En marchant dans le sous-bois, je vois ces baies noires, si parfaites qu’elles semblent sculptées. Leurs reflets captent la lumière comme des gemmes. L’enfant en moi voudrait goûter. Mais je me souviens que certaines beautés ne sont pas faites pour la bouche. Elles parlent au regard, à l’instinct, à la mémoire, à l'imagination, mais le corps s'en méfie.
Baies de velours noir
le merle chante, moi je doute
goût de cendre en bouche
Fleur
sans racines,
sur
l’écorce qui s’efface,
elle
tisse sa délicatesse .
Dans
chaque fibre qui cède,
un
murmure de passage















































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