PHOTOS FAN et POESIE JAPONNAISE (2025)

 PHOTOS ET POÉSIE ( 2025)


Un beau privilège de la vie que de m'accorder les bois et la mer… Je vis dans la nature, que cela soit en Île-de-France ou dans le Calvados… Un regret parfois pour la garrigue, mais elle devenait trop fatigante et anxiogène pour moi.

 Je suis contente de m'être remise à la photo… Les balades deviennent une chasse, un pistage de l'élément à prendre, une observation accrue et un repos mental car on ne peut pas être à l'affût et avoir mille pensées en tête. J'avais besoin de relaxer mon cerveau. Mes balades deviennent des marches rituelles, le regard en écoute, et le monde en murmure à saisir. De plus, sur les éléments capturés, j'accroche des émotions dessus, d'où les tankas, haïkus et haïbuns....Je me surprends à aimer ce que je photographie. J'aime la forêt, mais là, j'aime ses détails qui sont des fragments du monde… Nous marchons indifférents sur les feuilles mortes, mais si je me penche sur seulement UNE de ces feuilles, elle a des choses à me dire…

La photo "représente" la réalité du monde captée. Des éléments matériels, mais vivants avec des cycles plus ou moins lents selon l'être de chacun. Je clique sur du réel, mais en même temps je sens mon imaginaire titillé qui se met à vagabonder car nous sommes faits du même tissu, certains disent de la même poussière d'étoile. A partir de là, j'imagine sur des tous petits détails du monde. Réalité +imaginaire donnent du piquant à mes balades dans les sous-bois. La photographie est comme une sorte de seuil, où le réel et l’imaginaire se rencontrent. Capter la matière, feuilles, mousses, insectes : dans un geste, qui ouvre une brèche vers l’invisible. Bref, une façon de ne pas m'ennuyer et de rester en éveil pendant les mêmes balades sur les mêmes chemins forestiers qui ne sont pourtant jamais identiques. Le réel m’offre la texture, la densité, la présence, l’imaginaire m’offre l’inattendu, la poésie. L'imaginaire est à la portée de tous.

De plus, je comprends mieux les animaux sauvages qui ne font que cela, être sur leur garde.


Haïkus, tankas et haïbun accompagnent les photos.

Le haïbun est une composition littéraire mêlant prose et haïku.



ÉPHÉMÈRE NEIGE
Le matin s’est levé sur une branche givrée. Elle pendait scintillante, offerte au vent. Ça brille, oui , mais pas comme l’or. Plutôt comme une larme qui hésite à tomber. Le givre ne dure pas. Il se retire sans bruit, laissant derrière lui une mémoire humide, une trace sans plainte.
Je marche dans ce jour qui fond.
Chaque pas est une négociation avec l’instant : faut-il retenir ou laisser filer ?
Le monde est fait de choses qui pendent guirlandes, promesses, regrets. Et de choses qui brillent , regards, éclats, mensonges. Mais rien ne dure.
Même le désir de durer s’efface, parfois, dans la beauté d’un effondrement doux, et ce matin liquide.

La neige sur la branche
tremble avant de tomber.
Je retiens mon souffle.


La neige est partie.
Le vent a soufflé.
Le ciel pleure.


*UNE BELLE RENCONTRE
Le plus petit passereau d'Europe… le roitelet huppé.

Ce matin j'ai fait une belle rencontre avec cet oiseau qui volait à 70 cm de moi , sans jamais avoir peur de moi .... Il s'en fichait complètement.


*RUPTURE
La forêt ne crie pas quand un arbre se rompt. Il y a un craquement, puis le silence. Le tronc gît, fendu, exposé au regard de tous. Le géant est rompu.
Je regarde cet arbre brisé et je songe à nos jours brutaux, où, sans annonce, quelque chose se brise en nous. Pas une fissure douce, mais une cassure nette, comme si le fil de l’être avait été tranché par un vent invisible.

L’arbre rompu gît
le lierre, fidèle au corps,
renonce au ciel bleu.


LAISSE MER 

(à la fois ce que la mer abandonne et ce que le rêveur recueille.)

Sur la grève, les pierres me parlent. Elles ne me disent pas ce qui est, car elles sont, mais ce qui a été traversé.
Le géologue nomme, classe, mesure. Il lit les strates comme un archiviste du réel.
Le rêveur cherche leur mémoire, ce qu'elles ont traversé.

La vérité factuelle est une carte : utile, précise, mais toujours à distance. Elle dit : « Ceci est un granite, formé il y a 300 millions d’années. »
La vérité existentielle est une blessure : elle dit "je suis passé par là, et ici encore", et parfois "je ne sais pas comment j’ai survécu".

Je me penche. Une coquille brisée, un éclat de verre poli par la mer. Rien d’exceptionnel. Pourtant, je sens que quelque chose me regarde. Pas un œil, mais une mémoire qui veille. Une mémoire sans langage, offerte à qui sait rêver..

Marée descendante le galet garde le poids du pas


Il y a des jours où l’espace ne se mesure pas en mètres, mais en silences, en sensation d'ouverture.. Le sable sous mes pieds ne m’appartient pas, mais il m’accueille. Chaque empreinte est une négociation entre le poids ,le vent et mon désir. Je marche sans destination, seulement pour éprouver la distance entre moi et ce qui m’entrave.

La liberté n’est pas un drapeau, ni une revendication. Elle est ce moment où le ciel ne demande rien, où le corps cesse de se défendre. Elle est dans le retrait, dans le refus de répondre à l’appel des formes. Respirer devient alors un acte de résistance douce ,une manière de dire oui sans se soumettre.

Je pense aux oiseaux qui ne cherchent pas à fuir, mais à habiter l’air. Leur vol n’est pas une conquête, mais une offrande. Peut-être que la vraie liberté est là : dans le consentement à l’invisible, dans l’accord avec ce qui ne se possède pas.

Vent sur la plage

 le monde s’élargit

 à chaque soupir

PS: Une de mes photos de la plage où je devrais être si les contraintes de la vie ne m'obligeaient pas à être en forêt. J'espère pouvoir y aller en janvier, me vider la tête et le cœur et retrouver mes goélands. La forêt est un milieu où chaque détail te parle de la vie et la mort et ils sont là à chacun de tes pas. La mer , ce sont ses plages immenses et presque vides où tu ressens le sens du mot : liberté ! Ce sont deux régimes d’existence, deux manières de respirer le monde.



Sable vivant

Le vent a tout balayé. Les empreintes, les cris, les déchets.

Il ne reste que le sable, ce désert miniature, granuleux et sans mémoire. Et pourtant, surprise, etonnement,une pousse.

Une pousse verte, charnue, obstinée. Elle ne devrait pas être là. Le sel, le vent, l’absence d’eau tout conspire contre elle. Mais elle est là. Elle s’élève sans bruit, sans drame, comme si la vie n’avait besoin que d’un soupir pour recommencer.

Je m’accroupis. Je touche la plante du bout des doigts. Elle ne fuit pas. Elle ne réclame rien. Elle est. Et dans son être, elle dit : "je suis née ici, dans le refus du possible."

Je pense à tous les lieux que l’on dit stériles.

Les cœurs fermés, les terres salées, les mémoires vides d'être trop pleines. Et je me demande : peut-être que la vie cherche la faille pour une promesse.

Sable sans racines une feuille verte s’élève silence fécond.


Sur le sable, elle repose, translucide et bleue, comme un fragment de ciel tombé dans l’eau.Elles n'ont pas de carapace, le venin des méduses est leur seule protection.  Les enfants s’en approchent, puis reculent, effrayés. Les adultes la maudissent, parlent de brûlures, de venin, de vacances gâchées. Echouée, innofensive j'y  vois une offrande. Une présence venue d’un autre monde, sans cri, sans défense, sans mensonge. Elle ne chasse pas, elle ne fuit pas. Elle a pulsé. Elle est.

 

Méduse échouée

 la beauté qui pique

 la mer qui rêve..



Ils sont là, massifs, muets, échoués comme des cétacés fossiles sur les plages de l’histoire. Les blokaus, abris de guerre, portent encore les cicatrices du siècle. Béton armé, angles morts, mémoire enfouie. Et pourtant, sur leurs flancs rugueux, des couleurs jaillissent. Des cœurs, des chats, des signes, des cris. L’art brut s’y faufile, s’y accroche, s’y invente.

Un dinosaure aux yeux en cœur veille sur les ruines. Une silhouette noire, bras ouverts, semble dire "je suis là", entourée d’une aura jaune comme un soleil intérieur. Les ankhs, les yin-yang, les nuages naïfs : autant de talismans jetés contre l’oubli. 

Ce n’est pas un musée. C’est un palimpseste. Un lieu où le chaos devient chant, où le béton devient rêve. L’art brut ne cherche pas à plaire. Il cherche à survivre. 

Béton tatoué 

 le silence des bombes

devient murmure de jeunes


RÊVE de BIO-MINERAL
Sur la plage, les coquillages vides jonchent le sable .
Un monde qui s’arme à l’extérieur. Leur calcification, leur spirale, leur éclat nacré, tout cela est défense, parade. Ils portent leur maison sur leurs chairs fragiles.
Les goélands attendent ceux qui sortent de la mer.
Et nous, mammifères, cachons nos os sous la chair, comme si la structure ne devait jamais être vue.
Je ramasse un fragment de coquillage. Je pense à nos côtes, à nos vertèbres, à ce que nous ne montrons jamais. Sommes-nous plus fragiles parce que nous avons retourné la carapace ? Ou plus souples, plus aptes à plier sans rompre ?
Coquille sans cri
la mer s’est retirée
d’un corps oublié



 *Éclats du ciel sur la terre

Sur le sol , une plume blanche repose, constellée de gouttes minuscules. Chaque perle d’eau retient un monde, un ciel inversé, une mémoire de pluie. Un silence  comme si la terre elle-même retenait son souffle pour ne pas effrayer la légèreté. La plume ne vole plus, mais elle scintille. Elle est devenue  un diamant d’humilité.

Je pense à l’éphémère, à ce qui ne tient qu’un instant avant de se dissoudre. À la beauté qui ne s’impose pas, mais qui s’offre , discrète, tremblante, presque invisible. Le sol va recueillir plume et diamants..

goutte sur la plume  

le poids du monde

 devient lumière

 


Reflets dans l’étang 

 les rennes ne bougent plus

 mais le cœur galope


La nuit s’est faite écrin. Le parc, s’est métamorphosé en théâtre d’étoiles. Deux rennes figés dans leur course tirent un traîneau de lumière, suspendus au-dessus de l’eau comme un rêve qui hésite à se réveiller. Chaque guirlande, chaque contour lumineux semble murmurer une histoire ancienne, celle que les enfants devinent sans la connaître, celle que les adultes oublient en grandissant.

PS à la photo:

C'est beau ! C'est la copropriété qui gâte petits et grands. Chaque année je mesure mon détachement et ma difficulté à me plonger dans ses fêtes… Peut-être trop axé sur la consommation et moins sur le fond de cette fête. Peut-être que mon âge et l'expérience m'éloignent de l'enchantement des lumières de Noël ? Pour moi, c'est la rencontre du père Hiver et du bébé Printemps ! Ce que les mythes anciens savaient : au cœur de la nuit la plus longue, quelque chose recommence à respirer. Le vieux monde, fatigué, glacé, accueille une promesse minuscule. Pas un triomphe, pas un miracle spectaculaire, juste une naissance fragile, discrète. Je regrette les crèches car elles nous parlaient de ce bébé , en dehors de toute croyance religieuse, mais d'une intuition métaphysique et mythologique. Je ne m'éloigne peut-être pas de Noël, mais je m'éloigne de son travestissement.






RÊVE de GRAINES
Le rêveur qui sème
Il marchait sans hâte, les mains pleines de fatigue et de rêves. Ce qu’il portait n’était pas un message, mais une promesse une floraison qui ne lui appartenait pas. Il avait marché longtemps, portant dans ses paumes ce qui ne pouvait être dit. Non pas un secret, mais une forme, une manière de tenir le monde sans le serrer. Il savait que le moment viendrait où il faudrait le déposer, là, entre les feuilles mortes, dans le creux d’un silence assez vaste pour accueillir la suite. Faire seulement ce geste : ouvrir les paumes, laisser les rêves s’échapper comme des graines portées par le vent.
Il ne cherchait pas à voir ce qui naîtrait. Il savait que les rêves ont leur propre sol, leur propre saison. Il s’est retiré doucement, comme la brume qui cède au soleil, laissant derrière lui une trace invisible : le tremblement d’un possible.
Le vent se lève.
la graine s’échappe
plus de trace du semeur


RÊVE DE PIERRE

Une pierre qui fut mer

Ce coquillage fossilisé est une trace du vivant marin, certainement un bivalve, un fragment d’un monde vivant fluide devenu solide. Il a vu les marées, les tempêtes, les silences. Et maintenant, il repose, pierre parmi les pierres, mais avec en lui le souvenir du sel, du mouvement, du chant des vagues.
PS:Vous avez tous, enfin je pense, vu ce genre de coquillage presque fossilisé en bord de mer…
Cela m'a toujours intriguée…
Et ces fichus champignons qui deviennent comme de la pierre en vieillissant ?
La pierre, notre ancêtre sur terre…
Et Fan rêve.....

Haibun – Le point vert

Les gardiens de la forêt ont peint un point vert sur l’écorce.Une sentence, l'arbre est malade, il doit être abattu . L’arbre ne sait pas encore qu’il va tomber. Le lierre, lui, s’accroche. Il grimpe, il enlace, il croit encore à la verticalité. Ensemble, ils forment une alliance ancienne, un pacte de sève et d’ombre. Mais le vert n’est plus celui de la chlorophylle , c’est celui du verdict.

Je marche dans la forêt comme on traverse un cimetière avant l’heure. Chaque tronc marqué est un futur silence. Et pourtant, le lierre persiste. Il ne connaît pas la logique des hommes, ni leurs diagnostics. Il croit à la lenteur, à la résilience, à l’étreinte. Il grimpe comme on prie.

Point vert sur l’écorce

 le lierre ignore

 la langue des hommes.


RÊVE DE PIERRE

 Le dernier souffle du champignon

Le champignon s’est ouvert, comme une bouche qui expire. , il s’est creusé. Sa peau se ride, se durcit, se tache. Il ne respire plus, mais il semble tenir encore. Comme une pierre qui aurait connu le frisson de la vie.

La lumière glisse sur sa surface rugueuse. Ce n’est plus tout à fait du vivant. Ce n’est pas encore du minéral. C’est un entre-deux. Un seuil. Il ne pourrit pas  il se fossilise. Il ne disparaît pas  il devient trace.


Champignon fané 

 la pierre en lui s’éveille

au souffle éteint.

RÊVE DE PIERRE


 La pierre et le souffle

Sous mes doigts, la pierre ne cède pas. Elle résiste, compacte, silencieuse. Pourtant, elle n’est pas morte. Elle est lente. Elle est mémoire sans nerfs, sans sang, mais mémoire tout de même. Chaque fissure, chaque veinure, chaque éclat raconte une pression, une chaleur, une durée que le vivant ne peut contenir sans se briser.

Et si la pierre était notre sœur plus lente, plus dense, plus patiente ? Nous, chair et souffle, passons vite. Elle, elle attend. Elle ne pousse pas, elle ne respire pas, mais elle se transforme. Elle s’effrite, elle se dissout, elle devient sable, puis sol, puis humus. Elle entre dans le cycle du vivant par la porte du temps.


Pierre immobile 

le souffle d’une randonneuse

la traverse en rêve.


Le trou dans l’écorce

Il y a des arbres qui s’ouvrent comme des paupières. Celui-ci, fendu par le temps, laisse entrevoir un monde en retrait : feuilles mortes, sol humide, murmure des choses oubliées. Le trou n’est pas une blessure, mais une invitation. .

Je m’approche. Le bois craque sous mes pas. Ce n’est pas une porte, ni un abri. C’est un seuil. Un lieu où le dehors devient dedans, où le visible se retire pour laisser place à l'ombre. 

Un tunnel de bois et de silence. 

Je pense alors au "passage"

Un couloir sombre entre deux lieux.

Une nuit privée d'étoiles (Thomas Merton)

La nuit obscure de l'âme (Jean de la Croix)

Un corridor entre deux souffles.


Trou dans l’écorce 

 le vent s’y glisse,

 sans demander




 L’ombre et le réel

Je marche dans l’herbe jonchée de feuilles mortes. Le soleil bas étire mon ombre, longue comme un souvenir. Elle me précède, me suit, me traverse. Preuve que je suis là , mais sans poids, sans froissement. , cette ombre ne pèse rien sur le sol. Elle ne plie pas les brins d’herbe, ne froisse pas les feuilles Elle existe sans exister. Pourtant, s’il y a ombre, il y a corps.

Voir le réel et vouloir voir la fiction

La « pensée désirante » voudrait nier cette rugosité, cette réalité du corps, abolir sa contingence, inventer  sa  présence sans limite. Contraindre le corps et la réalité à l’impossible  Mais la réalité ne se plie pas. Elle est humble, offerte. Mon corps n’est pas ce que je veux  qu’il soit: Il est ce qui fait ombre. 


 Ombre sur l’herbe

sans bruit, sans poids, sans matière.

le corps réel s’avance




Métissage:

Sur le tapis de mousse, une feuille hésite. Elle n’est plus tout à fait verte, pas encore tout à fait morte. Elle porte en elle les strates d’un passage : chlorophylle en retraite, brunissement en marche, et ce blanc qui s’infiltre comme une mémoire fongique. Elle est métisse, non par origine mais par devenir ,un devenir qui ne choisit pas, qui accueille.

Verte ou orange.  ni l’une ni l’autre, ou les deux à la fois. Un tremblement entre les couleurs, le chant discret de la transition. 


Feuille trouée

 entre vert et rouille 

 le vent ne tranche pas.



LE GÉANT ABATTU
Je m'approche en silence. Comme vers un endroit sacré.
Devant moi, le tronc gît, massif, veiné de siècles.
Il fut roi ici, dominant les frémissements de la canopée, abritant les chants et les secrets. Maintenant, il repose, tranché net, une vie interrompue. Ses branches le tiennent encore loin du sol...Pour combien de temps?
Les herbes hautes frôlent sa carcasse, les ombres dansent sur ses anneaux, témoins d’un temps que nul ne comptera plus. Et pourtant, une branche, encore dressée, défie la chute. Comme un bras levé, elle refuse l’effacement.

Tronc éventré 

la lumière s’attarde

sur les cernes muets.


Dernier souffle sec 

 les graines tombent en silence, 

l’aube germe en creux.


Dans l’ombre du tronc

Souffle d'autres corps 

 abri partagé


Tanka

Dans ce labyrinthe

Sentier d’ombres et de spores

 les pattes hésitent

 chaque creux devient passage 

pour qui ne pèse qu’un souffle


Frous frous sur l’écorce 

la robe d’un bal sylvestre 

frémit sous la mousse


Haibun : Le pacte silencieux

Sur l’écorce d’un arbre tombé, un lichen s’étale. Ni plante, ni mousse, ni moisissure , il est autre. Une cohabitation entre deux règnes : champignons et algues. Une alliance ancienne, un pacte entre deux solitudes : le champignon et l’algue. Ensemble, ils deviennent un être tiers qui a en premier colonisé la terre. Non pas fusion, mais cohabitation. . Le lichen ne prétend pas engendrer le monde végétal. Il se souvient seulement d’un temps où la lumière et l’ombre ont appris à vivre ensemble.

lichen sur le bois 

le premier souffle du monde 

 n’était pas une plante

Haibun : Le gel passe

Sur le tronc noirci d’un arbre tombé, un bouquet de champignons s’est risqué à naître. Ils ont percé l’écorce, frêles et bruns, portés par l’humidité et la promesse d’un automne clément. Mais la nuit a trahi leur espérance. Le gel, brutal et sans appel, a figé leur croissance, ridé leurs chapeaux, rompu leurs tiges. Ils n’ont pas résisté. 

Ainsi va le vivant , il surgit, il tremble, il s’efface. Non pas dans le fracas, mais dans le frémissement. Les catastrophes naturelles ne hurlent pas toujours. Elles passent dans l’indifférence du ciel.

Champignons flétris

 le gel n’a pas crié,

 il a juste passé.





Sur un tapis d' automne

Elle aurait dû plonger, s’enfoncer dans la terre tiède, rejoindre les racines, s’endormir dans l’humus. Mais la voilà là, perchée sur un lit de feuilles mortes, exposée au vent, au regard, à l’inattendu. Une baie rouge, minuscule, éclatante comme une parole oubliée. Elle ne comprend pas. Pourquoi elle ? Pourquoi ici ? Le sol est tout proche, mais elle ne l’a pas touché.

Feuilles en berceau

la graine rouge attend

un miracle de vent.


PS:Les feuilles vont l'entrainer avec leur pourrissement à faire ce qu'une graine doit faire…

Si les circonstances le veulent car la Nature est généreuse en graines, mais peu de graines aboutiront à leur mission… Comme dans le texte d'Évangile : "Beaucoup d'appelés et peu d'élus."
Les images de Jésus ne sont pas décoratives : elles traduisent une pensée enracinée dans la terre, dans le rythme des saisons, dans la fragilité et la fécondité du vivant. Jésus philosophe en poète, en témoin de la nature comme miroir de l’esprit. Je pourrais dire que ses paraboles sont une écologie spirituelle : elles relient la sagesse à la graine, au vent, à la lumière, comme si la nature était le premier livre à lire.



Se fondre pour un champignon:

DISPARAITRE
Se fondre pour un champignon dans son environnement.
"En fin de vie, je ne cherche plus à être vue.
Je ne bouge plus dans les feuilles tombées et les herbes.
Mon manteau prend la couleur de l’humus, mes pensées celle des racines.
Le monde ne me regarde plus, et c’est bien ainsi.
Je deviens forêt, je deviens pluie, je deviens ce qui passe sans trace."


Haïku

Gouttes de givre 

 diamants sur sa robe verte,

 l’aube la caresse.


Tanka

Sous le givre clair,

 la feuille tremble en silence 

 demoiselle nue,

 parée d’un souffle glacé,

 éphémère et souveraine.


Haïbun

Ce matin-là, lun rayon de lumière glissait comme un murmure sur les feuillages. Une petite feuille, rouge et verte, se tenait là, offerte au froid. Chaque goutte de givre semblait taillée dans le cristal, suspendue entre chute et éternité. Elle ne disait rien, cette demoiselle plante, mais son silence brillait plus fort que les mots. Je me suis arrêté, retenu par sa beauté fragile, comme si le monde entier tenait dans cette pause.

Gouttes de givre

 la plante devient princesse 

pour un seul matin.


PS;En PHOTO, parfois je rage car la notion d'instant s'y fait très fort… La lumière, le coup de vent, la goutte qui tombe, l'insecte turbulent qui refuse de se poser, tout est l'affaire de cet instant si fugace… Il faut faire vite et pas trop de temps pour régler l'APN sur le réglage adéquat (je suis une humble amatrice)…… C'est peut-être cela la beauté et la frustration de la photographie : l’instant décisif. C’est ce moment fugace où tout s’aligne, lumière, mouvement, sujet, et où il faut être prêt à déclencher sans hésiter. C’est une lutte permanente entre la spontanéité et le réglage ( j'utilise un compact avec des programmes préréglés mais il faut vite trouver le programme adéquat et la bonne distance). Une chance, en rentrant de ma balade, j'utilise mes logiciels de retouches photos afin de sublimer la vue et de retrouver mon émotion au moment du clic. Enfin, j'essaie !



HUMOUR

La forêt, ce matin, est haute couture.

Dans la clairière, c’est l’effervescence. 

Les arbres frémissent, les champignons de toutes classes murmurent : la collection automne-hiver est arrivée

Deux robes somptueuses, signées "Maison Ganoderma", s’élancent sur le podium de bois décadent. Noires et brillantes, elles évoquent les robes de divas gothiques sorties d’un opéra. Le jury composé d’un corbeau, d'un rouge-gorge, d’une araignée et d’un vieux chêne est conquis.

Moi aussi!




Haibun : 

Fractale de mousse

Sous mes pas, un tapis de mousse s’étend, humble et silencieux. Je m’accroupis. À hauteur d’œil, le monde bascule : des tiges fines dressent leurs capsules comme des arbres en veille. Chaque sporophyte devient un pin, chaque goutte de rosée un lac. Le paysage se replie sur lui-même, se démultiplie.

Une forêt dans la forêt, un monde dans le monde.

Je pense alors aux fractales, ces formes qui se répètent à l’infini, et que j'ai tant travaillées dans le passé. Comme si la nature elle-même écrivait des poèmes mathématiques. Le chaos devient ordre, Fractales où le minuscule devient cosmos, où la mousse devient forêt. Une contemplation qui évoque la sensation d’infini dans le détail,

 

forêt miniature

 la mousse rêve en spirale

 d’un monde sans fin



RETOUR A LA TERRE:


Je me désagrège

La grains du sol me recouvre

Je deviens terre.

Haibun :

L’indice mycélien

 Il n’y a pas de panneau, pas de sentier. Seulement un tronc fendu, couvert de mousse, et ce liseré blanc, le champignon, comme une lèvre entrouverte, indique l’endroit. Les feuilles mortes bruissent sous mes pas. Je m’arrête. Le palais des nains ne se montre qu’à ceux qui savent lire les signes. Ce n’est pas une porte, c’est un passage. Et le champignon, discret, désigne sans insister.

 

Sous l’écorce sombre

 Le doigt blanc du champignon

Entrée des secrets.



LE TUNEL

LE TROU MYSTERIEUX

 

Je m’arrête devant le tronc tombé, comme devant une bouche ouverte. Le trou n’est pas un simple creux : il aspire le regard, le silence, les pensées. Il semble dire : « Je suis ce que vous ne voulez pas voir. Autour, la mousse s’accroche comme une mémoire verte, et le champignon, large et pâle, veille. Ce trou n’est pas vide. Il est peuplé d’ombres, de racines mortes, de murmures. Il pourrait être la porte d’un monde souterrain. Je n’ose y glisser la main. Pourtant, quelque chose m’appelle. Une peur ancienne, celle des cavernes, des tanières, des commencements et des finitudes.

 

Tronc fendu, silence

 le champignon garde

le seuil des disparus.



Haiku:

 lac dans une feuille

le bois pourrit en silence

 sous la pluie d’automne

Matrice éclatée

Le fruit est rose, tendu, prêt à éclater.
La capsule colorée s’ouvre pour révéler les graines.
Elle aussi s’ouvre, comme un ventre qui cède sans violence.
Et là, dans l’interstice, une graine marron pointe. Elle n’a pas encore chuté, mais elle est déjà autre.
Elle porte la couleur de la terre, du bois, du monde à venir.
Ce n’est pas une naissance spectaculaire. C’est une venue discrète, presque secrète, comme si le monde voulait préserver l’intimité du passage.

Je pense à la maternité en regardant ces capsules du fruit du fusain.


Graines en cocon

 Le monde attend sans hâte

 Silence de mère



(photo novembre 2021)


Masque de vent

Sur le sentier oublié, accroché au grillage, un visage me regarde. Non pas humain, mais tissé de filaments, de graines en attente. L’herbe aux gueux a pris l’apparence d’un masque  non pour cacher, mais pour révéler. Chaque plume blanche est une pensée en suspens, chaque filament, un souvenir que le vent n’a pas encore emporté.

Je m’arrête. Le masque me murmure en silence que la beauté ne se montre pas, elle se laisse deviner. Que le monde ne se conquiert pas, il se traverse. Et que les graines, même légères, portent en elles des forêts entières.

 

Masque de silence

Le vent sème des graines

Dans les feuilles tombées

(clématites sauvages, et plus précisément de Clematis vitalba, aussi appelée “vigne blanche” ou “herbe aux gueux”.Attention : toute la plante est toxique, notamment en cas d’ingestion ou de contact prolongé.)




champignon farceur

 

Sur le tronc noirci, une forme s’étale, rousse et veinée, mimant à s’y méprendre une feuille de chêne tombée. Mais la peau est trop rêche, trop vivante dans sa lente digestion du bois. Ce n’est pas une feuille, c’est un champignon, un artisan de la décomposition qui joue à se fondre dans le décor automnal. Il ne tombe pas : il pousse. Il ne meurt pas : il transforme.

Je m’accroupis. Le vent soulève une vraie feuille, légère, craquante. L’autre reste, incrustée dans l’écorce, comme une mémoire fossile. Le champignon ne veut pas être vu pour ce qu’il est.. Il est le masque et le festin.

Feuille ou champignon ?

 Le bois ne dit plus rien

 Sauf l’odeur du temps



REFUGE INTERIEUR

La pluie a fini de tambouriner sur les feuilles, mais dans l’abri d’une corolle, le monde ralentit. Là, à l’ombre d’un pétale nacré, des vies minuscules s’abritent, une vraie caverne d'Ali Baba. On ne les voit pas toujours. L’insecte, fragile et tenace, trouve son sanctuaire dans l’éphémère. Et nous, qui croyons devoir bâtir des murs, oublions qu'il y a des jours où le monde semble trop vaste, trop bruyant, trop sûr de lui. Alors, petit, minuscule ou grand, on cherche un repli. Chacun porte en soi une caverne d’Ali Baba. On y entre sans fracas, sans clé. Le seuil est fait de souvenirs, de poussière dorée, de choses inutiles mais essentielles. Là, le tumulte s’apaise. Là, les objets parlent. Là, le cœur retrouve sa taille d’origine. Dehors, il pleut !

Pluie sur les pétales

 un peuple d’ailes cachées

 attend le soleil.



MIMÉTISME
Sur le chemin forestier, une forme attire mon regard : nervurée, tachetée, brune comme une feuille tombée. Mais elle respire autrement. C’est un champignon, mimant la feuille morte avec une précision troublante.
Pourquoi ce mimétisme ? Pour échapper aux prédateurs ? Ou simplement pour se fondre dans le grand théâtre de la forêt, où rien ne crie sa présence, où tout se glisse dans le rythme lent de la décomposition et du renouveau. C'est l' automne.
Le mimétisme n’est pas seulement une stratégie : c’est une manière de dire « je suis là, mais je ne dérange pas ». Une manière de survivre en se taisant, en empruntant la forme de ce qui fut ou disparait.

Tanka

Feuille ou champignon 

 le vivant se travestit 

pour durer un peu. 

Même la mort devient masque

 dans la danse des saisons.



Sur le dos d’un vieux tronc, un corps se défait. Il ne lutte pas. Il s’ouvre, se livre, se laisse disparaître par des mains invisibles. Une scène de lente décomposition, tissée de soie et de silence, où le champignon devient témoin et acteur d’un cycle.

Soie sur bois pourri

le souffle d’un champignon

 tisse l’oubli lent.



Baignoire d’oubli

Ce matin, dans le sous-bois, les citrouilles ne jouent plus à faire peur. Leur peau s’est affaissée comme une vieille promesse. Elles s’ouvrent en deux, offertes, baignoires pour les insectes et les oiseaux qui n’ont plus peur des masques terrifiants. C’est une fête silencieuse, une orgie de fin de règne. L’Halloween est passé, le carnaval des ombres s’est tu. Reste la pulpe, le sucre fermenté, la lente offrande au sol. Elle devient terre, elle devient eau. Elle devient ce que nous refusons de devenir : poreuse, inutile, généreuse.

Citrouille fendue

Des feuilles s’y baignent

Sans demander pardon



Le Monstre du Chêne

Je marchais dans les bois, l’esprit en chasse, l'APN en main, quand soudain… un rugissement muet. Enfin presque!

Là, sur le flanc d’un vieux tronc, trônait une excroissance digne d’un bestiaire médiéval. Un champignon ? Non. Une mandibule fossilisée ? Une bouche ouverte sur le néant, prête à avaler les randonneurs distraits et les philosophes trop bavards.

Sa surface blanche, lisse comme une porcelaine de grand-mère, contrastait avec sa gueule brune, rugueuse, crevassée,  Je m’approchai. Il ne bougea pas. Mais j’ai senti son jugement. Ce champignon avait des opinions.Je l’ai salué, lui ai promis de revenir avec des biscuits. Il n’a pas souri, mais m'a montré les crocs! Brrrrrr!


Trône de bois fendu 

 le champignon juge en silence.

nos vies trop pressées.



 Haibun 

 Le tilleul bougon

Chaque automne, il râle. Le vieux tilleul du chemin forestier se plaint de tout : du vent, des pies, et surtout des cueillettes.

"Encore vous ? Vous n’avez pas assez bu de moi l’année dernière ?" Il marmonne, il craque, il laisse tomber ses feuilles comme des lettres de rupture.

Mais nous, fidèles, nous revenons. Car ses feuilles, même ridées, même un peu jaunies, ont ce goût de sieste et de souvenirs. 

Dans la tasse, il devient philosophe. On l’écoute infuser ses pensées de vétéran de la forêt.

Tisane fumante

Le tilleul raconte

ses rhumatismes



Haibun 

 « La bouche du monde ».

Dans la forêt, rien ne repose. Le sol est une bouche, les racines des langues, les spores des promesses. La mouche , le champignon, eux  aussi seront mangés.

La vie ici ne s’excuse pas. Elle mange, elle est mangée. Et dans ce festin sans fin, il n’y a ni cruauté ni grâce, seulement la transmission.

Mouche sur champignon

Le vent soulève les spores,

 d’un festin ancien.


Haibun 

 Le Nom du Champignon

Je marche dans la forêt après la pluie. Le sol est gorgé de silence et d'eau. Sur un tronc tombé, un bouquet de champignons s’élève, comme une offrande. Leurs bords frangés, semblent écouter. Je ne connais pas leur nom. Peut-être n’en ont-ils pas. Ou peut-être que leur nom est ce que le bois murmure quand il se décompose : un souffle, une mémoire, une lente digestion du monde.

champignons sans nom

           il pousse là où l’arbre

            a cessé de dire


Encore suspendue,
la feuille morte s’accroche
au fil du connu.
L’arbre ne dit rien du vent
ni du pas vers l’invisible.


Feuilles en tapis,
morts dorés sur sol humide .
Mousse obstinée
surgit d’un dernier soupir.
L'automne pleure en beauté.


 


X devant la mer
"C'est beau, hein !
Y répond : "oui;
On mange quoi ce soir ?"

 


LE serpent ( pareidolie)

Souche ancestrale,

le souffle d’un vieux serpent

hante les racines.





Tanka
Sur l’épine verte 
la plume s’imagine feuille,
 tremblante, fixée. 
Mais le vent lui chuchote :
 « Ton destin est de voler. »


 Haïku

Sous l’eau paisible

le grand glisse sans orgueil

frères en silence.

 

Tanka

Le grand koi

s’avance, sans trouble ni vanité.

Les petits l’entourent,

 sachant qu’il ne cherche rien

 que n’être poisson, lui aussi.


MÉDITATION : 

Il s'appelle "Gros Bleu", je le connais bien… Ce koï est une carpe non carnivore et qui laisse donc les autres poissons tranquilles. Je les observe souvent et ils me sont sujets à des méditations sur le mot "ensemble". Ils forment des bancs de poissons et il y a toujours des solitaires qui ne suivent pas le chef de file ....ENSEMBLE ne signifie pas chez eux l’uniformité, mais la proximité dans la différence.
Il ne suppose pas l’alignement, mais la capacité à nager côte à côte, même si certains choisissent la marge.
Il évoque une chorégraphie fluide, où les solitaires ne sont pas exclus, mais simplement en dialogue oblique avec le groupe. Les solitaires sont-ils les rêveurs, les résistants, les distraits ?Ou bien les éclaireurs, ceux qui cherchent d’autres courants, d’autres profondeurs ?Leur présence rappelle que l'ensemble ne se mesure pas à la synchronisation, mais à la capacité d’accueillir l’asymétrie.



Sous l’écorce morte
Des chapeaux frêles s’élèvent
Souffle de l’automne.
Chaque tige est un soupir 
Que le vent n’ose briser.

 

Q
LES CHOSES ET LES ÉVÉNEMENTS

Les choses sont là, elles existent…
Par contre les évènements n'existent pas, ils surgissent, se produisent, adviennent, apparaissent et changent le cours des choses… Certainement que ce sont les évènements qui créent notre espace/temps ?
Je n'irai pas rencontrer Goéland cette semaine comme prévu, mais l'humain a ce don extraordinaire de rêver à ce qui n'est pas. L’événement n’existe pas comme chose, mais il existe comme transformation des choses.


Vent m'a arraché.
Terre m'ouvre sa mémoire.
Je redeviens source.





Haïbun : ( Prose+ haïku)

Dans le sous-bois, les baies blanches brillent comme des perles oubliées. Elles semblent pures, intactes, mais certaines sont fendues, offertes aux becs, aux mandibules, aux faims invisibles. La lumière les caresse comme si elle ignorait leur destin. Tout ici est calme, mais tout se mange. Même la beauté.

Baies éclatées
la vie s’y perd en silence,
Pour bouche affamée








Kiki est présent.
Chaque fois que je passe
Semblant en attente



Il court, léger vent,
vers l’appel bleu de la mer.
Ses pas dans le sable,
s’effacent comme un secret
que l’enfance confie au ciel.


 

Mes bois de ballades


Haibun ; Le dernier lien

Elle ne sait plus si c’est le vent ou le temps qui l’érode.

 Suspendue à une branche qui ne la nourrit plus, elle sent le monde s’éloigner doucement. Ce n’est pas une chute, c’est une offrande. 

Elle se détache peu à peu, non par oubli, mais par fidélité à ce qui fut. 

Être feuille, c’est accepter de tomber sans bruit.

Après s’être nourrie, elle nourrit la terre à son tour, humble passage, sans retour.

Dernier matin 
 la lumière traverse
 sa transparence




Soleil déclinant,
les goélands en silence
dans l’onde paisible.
Le monde semble s’arrêter,
tout est calme, suspendu.


 


Cyclamens dressés,
dans l’humus qui les nourrit
sans bruit ni témoin
Elles regardent la Terre.
libres sous le ciel d’octobre.


 


Écorce arrachée,
le vent mord mes dernières forces.
Je me désagrège.







Sous l’écorce morte,
le mycélium s’étend
filaments secrets.
Ce qui meurt nourrit l’ombre.
Et l’ombre enfante la vie.








Trois voix s’accordent.
Mauve, blanc, violet.
Bruyères en bouquet.
Sous les feuilles mourantes
la différence s’embrasse.





Béton oublié,
cailloux et coquillage
l’écho d’un ailleurs.




Feuilles suspendues,
L'arbre d’or retient son souffle.
Tout doit finir.



Mer sans éclaircie
Les vagues frappent les rochers
Dans un ciel de plomb.





Sur l’eau immobile,
des ailes blanches s’étirent
le soir les recueille.



Thème japonisant :
*****************************************************
Un filet de vent
tient le monde suspendu
entre deux souffles.

Un fil d’or dans le vent
tremble sans se rompre.
Je n’ose respirer.
Même le souffle veut
te garder vivant longtemps.


Thème japonisant :
*****************************************************



Laurier-cerise ( contient du cyanure)


Tanka

Sous l’ombre des feuilles

 elles brillent comme des perles 

douce illusion 

le poison se fait beauté

 dans le silence des bois

Haibun

En marchant dans le sous-bois, je vois ces baies noires, si parfaites qu’elles semblent sculptées. Leurs reflets captent la lumière comme des gemmes. L’enfant en moi voudrait goûter. Mais je me souviens que certaines beautés ne sont pas faites pour la bouche. Elles parlent au regard, à l’instinct, à la mémoire, à l'imagination, mais le corps s'en méfie.

Baies de velours noir 

 le merle chante, moi je doute

 goût de cendre en bouche


Tanka
 Sur l’épine verte
 la plume s’imagine feuille,
 tremblante, fixée. 
Mais le vent lui chuchote :
 « Ton destin est de voler. »


COMMENT JE RESSENS LA POLITIQUE ACTUELLE
Ce matin, pendant ma balade, je m'arrête devant des ronces mortes, celles qui ont fini leur vie.
Je pense alors que c'est comme notre politique, un tas de branches mortes, surannées, qui s'entremêlent pour s'illusionner d'être encore en vie.
En regardant de plus près, je vis un petit germe vert… Qui sait , une nouvelle façon de "faire" de la politique va-t-elle naître ?
Le politique semble figé dans ses formes anciennes, ses rhizomes desséchés, attendant qu’un souffle imperceptible cherche à percer.
Un système qui refuse de reconnaître sa propre finitude. Il s’accroche à ses formes, à ses discours, à ses rites, comme les ronces s’accrochent entre elles, formant un enchevêtrement qui empêche la lumière de passer.
Peut-être que ce germe que j'espère n’annonce pas une nouvelle idéologie, mais une autre manière d’être en relation : plus lente, plus incarnée, plus attentive aux interstices. Une politique qui ne cherche pas à dominer, mais à écouter, à relier, à transmettre.






Fleur sans racines,  

sur l’écorce qui s’efface,  

elle tisse sa délicatesse .

Dans chaque fibre qui cède, 

un murmure de passage




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