PHOTOS et IMAGINAIRE
RÊVERIE
La photo "représente" la réalité du monde captée. Des éléments matériels, mais vivants avec des cycles plus ou moins lents selon l'être de chacun. Je clique sur du réel, mais en même temps je sens mon imaginaire titillé qui se met à vagabonder car nous sommes faits du même tissu, certains disent de la même poussière d'étoile. À partir de là, j'imagine sur des tout petits détails du monde. Réalité + imaginaire donnent du piquant à mes balades dans les sous-bois. La photographie est comme une sorte de seuil, où le réel et l’imaginaire se rencontrent. Capter la matière, feuilles, mousses, insectes : dans un geste, qui ouvre une brèche vers l’invisible. Bref, une façon de ne pas m'ennuyer et de rester en éveil pendant les mêmes balades sur les mêmes chemins forestiers qui ne sont pourtant jamais identiques. Le réel m’offre la texture, la densité, la présence, l’imaginaire m’offre l’inattendu, la poésie. L'imaginaire est à la portée de tous.
Remise depuis peu à la photo ; je piste le petit détail de la nature, les détails parlent mais ils parlent aussi de moi… Le détail devient un miroir, mais un miroir sans intention, sans morale, sans récit. Juste un fragment du monde qui me renvoie à ma propre présence. Comme si la nature me disait : « Je te vois dans la manière dont tu me regardes. » L'imaginaire n'est pas le premier en cette affaire ; mon attention doit juste regarder, pister, être à l'affût et laisser faire le vagabondage de la pensée, quand la "proie" est découverte. C’est l’attention qui ouvre la porte à l'imaginaire.
Haïkus, tankas et haïbun accompagnent les photos.
Le haïbun est une composition littéraire mêlant prose et haïku.
Libellule en méditation
« Se raccrocher aux branches »
Deux samares brunes pendent encore à la branche, le vent les secoue, les tente à laisser tomber. Leur destin est de tomber, de tournoyer, de chercher un sol où germer.
Savent-elles qu'elles sont des graines ? Pour l’instant, elles restent là, obstinées, agrippées à leur fil de bois pâle.
Les deux samares pendent comme deux pensées au bord d’un choix.
Elles ne savent pas si la chute est une perte ou une naissance.
Nos pensées souvent polarisées sont peut-être comme des samares.
Dans la lumière du matin, mon imaginaire les voit en effet comme deux pensées hésitantes, deux décisions qu’on retarde, deux peurs qu’on garde au chaud.
Comme ces deux graines ailées qui disent au vent "pas maintenant, merci."
Alors je comprends que « se raccrocher aux branches » n’est pas un aveu de faiblesse. C’est parfois une manière de différer la chute pour mieux accueillir ce qu’elle peut ouvrir. La sagesse n’est pas toujours dans le lâcher‑prise ; elle est parfois dans la tenue légère, dans ce presque‑rien qui nous relie encore. Parfois, c’est un geste de survie, un instant gagné contre la chute, un temps pour survivre à ce que l'on croit être. Les samares attendent le moment juste, ni trop tôt, ni trop tard, pour se laisser aller au vent.
Haïku
Dernier fil de bois la graine hésite encore avant de s’envoler.


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